Dominique de Villepin, ici au Salon de l’Agriculture le 26 février 2026.

SERGE TENANI / Hans Lucas via AFP

Dominique de Villepin, ici au Salon de l’Agriculture le 26 février 2026.

En commençant son propos par un « Ce que j’ai à vous dire ne va pas vous plaire », le ton est donné. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin s’est longuement adressé, vendredi 27 février, à Jean-Luc Mélenchon, lui reprochant dans une lettre ouverte de « légitimer l’extrême droite » par ses « ambiguïtés » sur l’antisémitisme et sa « tactique de la terre brûlée ».

Les propos du chef des Insoumis (LFI) lors d’un meeting jeudi à Lyon sur le nom du délinquant sexuel américain Jeffrey Epstein « relèvent de l’irresponsabilité politique », a déclaré Dominique de Villepin dans un long post sur X. « Les jeux de mots sur les noms de famille à consonance juive rappellent trop de mauvais souvenirs pour laisser les rieurs de votre côté », a pointé l’ancien chef de gouvernement sous Jacques Chirac, pressenti pour se déclarer à la présidentielle 2027.

Il accuse son adversaire politique de « sacrifier la sécurité de nos concitoyens juifs en laissant s’installer des ambiguïtés, des ambivalences ». « On ne joue pas avec des allumettes dans une station-service, même pour un hold-up », a-t-il encore lancé en référence à la montée de l’antisémitisme en France ces dernières années. « Ce meeting de Lyon était le pas de trop, celui qui laisse entrevoir une tactique de terre brûlée, une politique prête à sacrifier jusqu’à la République pour faire triompher, pensez-vous, votre mouvement plus tard », ajoute l’ancien Premier ministre.

Villepin réclame à Mélenchon une « clarification sans appel »

« Aujourd’hui, votre responsabilité est engagée devant l’Histoire (..)  parce que vous risquez de légitimer l’extrême droite au-delà de toutes ses espérances », a martelé Dominique de Villepin, dans une référence à la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours prédit un face-à-face entre un représentant de son camp et l’extrême droite au second tour d’une présidentielle. « Vous aurez sacrifié les principes de la République. Les sacrifier à quoi ? À un calcul hasardeux », juge sévèrement l’ancien numéro 1 du gouvernement.

Il enjoint donc Jean-Luc Mélenchon à procéder à une « clarification sans appel » sur l’antisémitisme, à condamner « toute violence politique » et à rompre avec ceux qui y ont recours, afin de « revenir dans le giron républicain ». « Même si la sensibilité que vous portez n’est pas la mienne, j’ai la conviction qu’elle doit avoir sa place dans le débat démocratique », insiste l’ancien locataire de Matignon.

De plus en plus visible sur la scène nationale depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, Dominique de Villepin s’est, de façon surprenante, attiré les faveurs de la gauche par ses prises de position sur la situation internationale. Le 20 février, il dénonçait une « diabolisation » des Insoumis qui « prépare la prise de pouvoir par l’extrême droite », alors que le parti de Jean-Luc Mélenchon était sous le feu des critiques après la mise en cause d’un assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault dans la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Avec son message de vendredi soir, il a néanmoins rappelé qu’il n’avait pas pour autant rejoint les rangs de LFI.