Inspiré par "Le Cri" de Munch, Wes Craven imagine en 1996 dans le premier "Scream" le très charismatique "Ghostface".Inspiré par « Le Cri » de Munch, Wes Craven imagine en 1996 dans le premier « Scream » le très charismatique « Ghostface ». ©D.R. »Scream », la renaissance du slasher

Alors âgé de 57 ans, le cinéaste n’est pas n’importe qui. C’est un grand nom de l’horreur, qui avait déjà lancé la saga Les Griffes de la nuit, mettant en scène Freddy, mais aussi réalisés des films cultes, tels que La Dernière Maison sur la gauche (1972) et La Colline a des yeux (1977).

Pour détourner le slasher, Craven et son jeune scénariste Kevin Williamson (connu aussi pour la série Dawson) opte pour une brillante mise en abîme, en détournant les clichés du genre. Ici, les personnages en connaissent les codes et s’en servent pour survivre, là où le tueur les utilise pour piéger ses victimes.

Les films d’horreur n’ont jamais eu autant de succès qu’en cette période anxiogène : « La peur récréative est bonne pour nous »

Scream pose en effet un regard critique sur le genre auquel il appartient. Les personnages sont proches du spectateur, car ils possèdent les mêmes références cinéphiliques. Ils évoquent les grands classiques horrifiques et se moquent de leurs stéréotypes. Si Scream était une œuvre inventive, c’est que ce genre de mise en abîme, représentée aussi directement, était encore assez rare à l’époque.

Le tueur n’est plus immortel. Derrière le mythique masque de « Ghostface » (inspiré du Cri de Munch, qui donne son titre au film), qui a tant marqué la pop culture, se cache un être humain lambda, auquel il est possible d’échapper. C’est ce qui le rend plus effrayant : il peut être n’importe qui, même un proche.

Le film fait souvent rire dans sa manière de jouer avec les codes, mais n’oublie pas de faire peur ! L’inoubliable scène d’ouverture où Casey Becker (Drew Barrymore) est brutalement assassinée reste très impressionnante aujourd’hui.

L’immense succès du film révéla une nouvelle génération de comédiens : Neve Campbell, Courteney Cox, Rose McGowan, David Arquette… Et engendrera rapidement la mise en chantier de suites.

ScreamEn 1996 dans « Scream », Drew Barrymore était la première victime du Ghostface Killer. Dans une scène devenue culte. ©D.R.Suites et pas fin

Scream 2 sort à peine un an après le premier volet. On reprend les mêmes et on recommence. Nos héros doivent une nouvelle fois affronter un tueur masqué.

Les stéréotypes de la suite sont ici directement moqués : tout doit être pareil, mais en plus violent et plus fort. Scream 2 respecte ce schéma à la lettre. La scène d’ouverture, dans laquelle un couple se fait assassiner lors de la première de Stab, un film dans le film racontant les événements du premier volet, est bien pensée. C’est malheureusement la seule idée vraiment innovante.

Le réalisateur Danny Boyle explique le succès des film d’horreur: « Plus le monde est insensé, plus ils vous permettent d’échapper à la réalité »

Bien qu’il reste agréable à suivre, Scream 2 n’apporte pas grand-chose de neuf et en est conscient, jouant le jeu de l’autocritique. Notamment dans cette séquence, très parlante, où les personnages plaisantent sur le fait que les suites sont toujours inférieures à l’original. En cela, on pourrait presque dire que le film est délibérément inférieur à son prédécesseur. Ce qui le rend paradoxalement intéressant.

En 2001, sort Scream 3. C’est la thématique des conclusions de trilogie qui est cette fois abordée, où tout ce qu’on a vu précédemment est remis en question. Ce troisième opus est, hélas, moins maîtrisé que les précédents, sa promesse de fin spectaculaire n’est pas réellement tenue. La tragique fusillade du lycée de Columbine en avril 1999, a obligé l’équipe à alléger la violence, afin de ne pas choquer un public, encore très marqué par cet événement. En plus d’être inégal en termes de rythme, le film est donc trop sage par rapport à ses intentions.

Les films d’horreur, bons pour la santé et pour les couples

Scream 3 possède néanmoins quelques atouts. L’action se déroule à Hollywood, sur le plateau de Stab 3 et les abus sexuels que subissent les femmes dans le milieu sont ici frontalement dénoncés, plus de 15 ans avant qu’éclate l’affaire Harvey Weinstein. Lequel était alors… le producteur de la saga Scream, via la société Dimension Films, filiale de Miramax.

En 2000, Neve Campbell retrouve son personnage de Sidney Prescott dans "Scream 3".En 2000, Neve Campbell retrouve son personnage de Sidney Prescott dans « Scream 3 ». ©D.R.Mise en abîme

Annoncé comme le chapitre final, Scream 3 ne le sera finalement pas. Dix ans plus tard, en 2011, un Scream 4 verra bel et bien le jour, avec toujours Wes Craven aux commandes.

Le film s’adapte à son temps et se moque de la mode des remakes des classiques de l’horreur, qui ont émergé au début des années 2000. Ici, le tueur veut recréer le massacre du premier volet, en version plus moderne. L’action se situe d’ailleurs dans la même ville. À travers Stab, la saga dans la saga passée à sept films, Craven tourne également en dérision ces franchises sans fin, dont chaque suite pousse un peu plus loin le curseur du ridicule.

Mickey et Winnie l’ourson rassemblés dans un film d’horreur: ils vont semer la terreur ensemble dans la forêt des Rêves bleus

Scream 4 est sans doute le meilleur opus depuis le premier. Son rythme est haletant et on prend du plaisir à retrouver les personnages. Le film est drôle, souvent burlesque, mais parvient à effrayer quand il le faut. Bref, Wes Craven a parfaitement compris comment adapter sa franchise aux années 2010.

Il s’agit également d’une œuvre en avance sur son temps, qui dresse une critique très pertinente de nos rapports aux réseaux et jusqu’où on est prêt à aller pour devenir célèbre et avoir des fans. Bien avant la naissance de Tiktok et ses défis toujours plus excessifs, Scream 4 prédisait la décennie à venir…

scream4Wes Craven, au moment de « Scream 4 ». ©reportersLe décès de Wes Craven

Jusqu’ici, les suites, même si elles sont inégales, possèdent chacune une valeur ajoutée justifiant leur existence. Le décès de Wes Craven en 2015 aurait dû mettre un point final à la saga. Les producteurs en ont décidé autrement.

En 2022, onze ans après Scream 4, sort Scream (qui n’est pas intitulé Scream 5). Le film aborde le concept des « requels », ces suites-remakes façon Star Wars VII ou Creed (dans l’univers Rocky). Il s’agit de sortes de retours aux sources, qui introduisent des nouveaux personnages, qui sont censés prendre le relais des anciens, qui eux, reviennent pour les épauler. Avec un maximum de « fan service ».

5 films d’horreur à (re)voir pour Halloween

À partir de Scream 5, la saga s’essouffle clairement. La mise en abîme était une idée originale en 1996. En 2022, ça ne l’est plus. Le problème est que le film se repose uniquement là-dessus et n’a strictement rien d’autre à raconter. Il s’agit du même schéma que les films précédents, mais en moins bon. Manquant d’épaisseur, ne prenant aucun risque, le film se consomme et s’oublie aussitôt.

scream 6Ghostface et Jenna Ortega dans « Scream », cinquième volet de la saga en 2022. © 2021 PARAMOUNT PICTURES. ALL RIGHTS RESERVED.

Sorti un an plus tard, Scream 6 est le plus mauvais épisode de la saga. Soit une œuvre prétentieuse, qui tente de croire qu’il a quelque chose à dire, alors qu’elle ne maîtrise absolument pas les codes qu’elle tente d’aborder. Tous les pires clichés qu’on peut voir dans les films d’horreur modernes sont ici platement reproduits, sans subtilité. La plupart des films qu’il essaie de tourner en dérision sont d’ailleurs meilleurs que lui !

Tout est ici ridicule : des personnages morts reviennent à la vie, les coups de couteau ne font plus rien aux personnages, qui se rétablissent comme si de rien n’était…

L’homme qui rétrécit : un film d’horreur peu effrayant et avant tout philosophique

En trente ans, Scream est devenu une saga à rallonge, où chaque épisode est moins bon que le précédent. Prophétique, elle a subi le même sort que les franchises qu’elle critiquait…

Reste à voir si Scream 7, réalisé Kevin Williamson, le scénariste des quatre premiers volets, continuera sur cette mauvaise pente… Les nombreux problèmes de production, d’écriture et de casting – la « Scream Queen » des deux derniers épisodes, Jenna Ortega (alias Mercredi dans la série de Tim Burton) a claqué la porte en novembre 2023 quand sa collègue Melissa Barrera a été virée pour avoir critiqué la situation à Gaza – qu’a connu le film semblent indiquer le contraire. Tout comme le fait que Sony a choisi de ne pas présenter le film à la presse en amont de la sortie, ce 25 février en salles…

Scream 7 | Official Trailer (2026 Movie) – Neve Campbell, Courteney Cox - YouTube thumbnailWatch