© D.R. - Laurent Febvay se produit tous les lundis soirs à la Place des canailles, à Marseille.

© D.R. – Laurent Febvay se produit tous les lundis soirs à la Place des canailles, à Marseille.

Il pleut (encore) sur Marseille en ce mois de février. Depuis des jours, le ciel s’acharne, gris uniforme au-dessus d’une ville qui jure pourtant ne connaître que le soleil. Laurent Febvay arrive trempé, casquette vissée sur la tête, ensemble en jean, collier pendentif qui dépasse de la veste. Il a 43 ans, même si on lui en donne facilement dix de moins.

« On n’en peut plus de ce temps ! » peste-t-il, avant de s’excuser aussitôt de ses quelques minutes de retard à cause des « Marseillais qui ne savent plus conduire avec la pluie ».

La pluie est d’ailleurs devenue matière à sketch. Sa dernière vidéo sur les réseaux sociaux s’ouvre sur une hypothèse absurde : « On est peut-être dans Avatar : La Voie de l’eau ? Je n’ai pas envie de me transformer en crapaud, personnellement. » Chez lui, n’importe quoi devient matière à vanne – ou à faire réfléchir.

Né et grandi dans le 14e arrondissement, à Saint-Gabriel, Laurent Febvay s’apprête à franchir un cap symbolique : jouer au Silo. Pour le gamin des quartiers nord qui imitait ses professeurs et découvrait Les Inconnus devant la télévision familiale, l’affiche a valeur de trajectoire. « Une course de fond »,
dit-il, « plus qu’un sprint. »

Dans une époque qu’il juge polarisée, où « tout est blanc ou noir », l’humoriste revendique la nuance. Sur Instagram, où il fédère près de 200 000 abonnés, il s’attaque aussi bien aux politiques qu’aux certitudes collectives. Toujours avec ce ton mêlé d’insolence et de distance.

© A.A. – Les places pour le spectacle de Laurent Febvay au Cepac Silo sont à partir de 29 €.  Saint-Gabriel, le 14e, une drôle d’école de la vie

Il parle vite. Trop vite, peut-être d’ailleurs. Mais à Marseille, personne ne lui demande de ralentir. « Ici, tu peux envoyer. Les gens comprennent tout. » sourit-il. Le débit, l’exagération, la tradition orale : il voit dans la ville une fabrique naturelle de conteurs. « Tous les Marseillais sont drôles. On grossit tout, on raconte tout. »

À Saint-Gabriel, il a vite capté que les étiquettes ne tiennent pas longtemps. « Les pauvres ne sont pas toujours gentils, les riches ne sont pas toujours méchants. » insiste l’humoriste. 

L’humour, chez lui, n’est pas né d’un plan de carrière. Mais d’abord un réflexe. Une défense. « Je n’étais pas le plus costaud. Alors clasher là où ça fait mal, c’était plus efficace qu’un coup de poing. » Culture rap, goût de la punchline, intolérance face à l’autorité arbitraire : il apprend tôt que la répartie peut désamorcer la violence. Et que poser des questions dérange plus que faire du bruit.

À l’école déjà, il imite les professeurs. Fait rire les camarades. Il se souvient surtout d’un choc fondateur : la découverte des Inconnus. « J’avais l’impression que des adultes se moquaient des adultes. » Révélation. La satire peut renverser les rapports de force. On peut viser plus haut que la simple vanne de cour de récréation.

Les réseaux sociaux pour dénoncer la société

C’est son 2e terrain de jeu après les planches du stand-up. Les réseaux sociaux ont changé sa vie, véritablement. « J’ai acheté ma première voiture neuve grâce à mes sketchs. » 

Longtemps, l’humoriste a jonglé entre petits boulots, scènes confidentielles et galères financières. Et a commencé, surtout, à une époque où les comédie clubs étaient rares à Marseille, et où il fallait payer pour monter sur scène et espérer quelques minutes sous les projecteurs.

Puis les vidéos ont pris. Une caméra, et l’habitacle de sa voiture pour décor, une idée, une punchline. C’est là qu’il affine son ton : réagir à l’actualité à chaud ou détourner une déclaration. Le quarantenaire se souvient d’ailleurs d’une vidéo devenue virale après une sortie de François Bayrou expliquant que la classe moyenne vivait avec 4 000 euros par mois : « Il est ridicule, pouffe-t-il. Je me dis qu’il doit y avoir un truc qui me dépasse, ce n’est pas possible. »

Il refuse pourtant l’étiquette d’influenceur. Les placements de produit ? Oui, mais pas à n’importe quel prix. « Je critique les injustices, la publicité qui vend du rêve ou qui empoisonne les gens. Je ne vais pas devenir un panneau publicitaire. » 

Reste l’envers du décor : l’algorithme. Laurent Febvay en parle avec frustration : « Avant, si ta vidéo était drôle, elle marchait. Maintenant, si tu sors de ta niche, tu fais 10 000 vues. » Une nouvelle forme de contrainte. Non plus celle d’un directeur de salle ou d’un programmateur, mais celle d’une mécanique numérique qui classe, trie, enferme. Il reconnaît la tentation. « Tu te dis : pourquoi me casser la tête à faire de l’acting, mettre des perruques, écrire un truc plus ambitieux, si une vidéo dans ma voiture fait un million de vues ? » 

Le Silo, pas un « accomplissement »

Le 26 septembre prochain, le Marseillais montera seul sur la scène du Cepac Silo. Pas en première partie. Pas en invité. En tête d’affiche. Plusieurs centaines de places ont déjà vendues : « C’est déjà très bien ! On est encore à 8 mois de l’échéance ! » commente-t-il. 

Le comédien a déjà foulé cette scène, en faisant la première partie de Mohammed le Suédois en 2013. Cette fois-ci, c’est son moment. Des années à ramer, à jouer dans des salles confidentielles, à rentrer chez lui après des plateaux mitigés. Il se rappelle d’un dimanche au début des années 2000, dans une petite salle marseillaise, « l’ancêtre du Kev Adams », précise-t-il, pour laquelle il avait payé 10 euros pour s’y produire. Ses amis du quartier étaient pliés de rire. Le public plus âgé, beaucoup moins. « Je suis rentré chez moi, j’avais dit à ma mère : ça décolle, ne t’inquiète pas », sourit-il. La course continue.

Pour se procurer les places de son spectacle L’odeur du basilic, cliquez ici.

Le supplément provençal 

  • Ton endroit préféré à Marseille ? 

Le Vieux Port et l’Escale Borély.

  • Le truc qui t’énerve le plus à Marseille ? 

La saleté et le manque de savoir vivre des gens.

  • Le truc qui te fait rester ?

Marseille, tout simplement.

  • Le mot ou l’expression marseillaise que tu préfères.

« Tarpin ». Avec une exagération derrière !

  • Une expression locale que tu as mis du temps à comprendre ? 

Aucune. Je suis né avec !