Longtemps, Charlotte a coché toutes les cases de la fille parfaite. Bonne élève, souriante, extravertie, entourée d’amis… Le bac en poche, elle excelle dans ses études de médecine, hésite entre devenir oncologue ou chirurgienne orthopédique. « Comme mon grand-père », tient-elle à souligner. Pendant plus de cinq ans elle réussit ses examens haut la main, entretient une relation avec son amour de lycée et profite de la vie parisienne dans son appartement du 5e arrondissement. Une petite vie parfaite et bien rangée. Du moins en apparence.

A cette période, l’étudiante lutte contre l’anorexie. Les crises de boulimie et les épisodes de dépression s’enchaînent tant et si bien qu’elle finit par se séparer de son petit ami. En décembre 2024, après une tentative de suicide qui lui vaut une hospitalisation, la jeune femme fait une mauvaise rencontre : la cocaïne, dont elle dit être tombée « immédiatement amoureuse ». « J’étais en soirée, je voyais ces gens avachis sur le canapé, totalement drogués, ils avaient l’air à côté de la plaque et à la fois tellement heureux, j’avais envie de goûter à ce bonheur ». Un sentiment que Charlotte veut expérimenter encore et encore.

« Je suis devenue la pire version de moi-même »

Les effets sont éphémères mais ont le mérite d’exister. « Avec la cocaïne j’avais enfin confiance en moi, je me sentais vivante, euphorique… », se remémore la jeune femme de 25 ans. Dès le lendemain de son premier rail, elle en consomme tous les jours sans exception. C’est même son premier geste au réveil, vers 6 heures du matin. Encore aujourd’hui, elle est incapable de préciser la dose qu’elle prenait quotidiennement tant les rails s’enchaînaient. « Je prenais ça pour un médicament », insiste-t-elle.

Si elle pose très vite le mot « dépendance » sur son rapport à la poudre blanche, elle ne s’en éloigne pas rapidement pour autant. Elle se sent très fatiguée, peine à respirer. « En trois mois, j’avais la cloison nasale perforée, déplore-t-elle. Mais je n’avais aucune limite, même physique. » Moins de trois mois après sa première prise de cocaïne, vient le temps des partiels. Mais la jeune femme, incapable de tenir plus de vingt minutes sans sniffer, quitte la salle et passe le reste des épreuves à se droguer dans les toilettes de la fac. « J’avais travaillé toute ma vie pour ces études, en un claquement de doigts je n’en avais plus rien à faire ».

Endettée, isolée

D’étudiante brillante, Charlotte devient l’archétype de la camée. Elle perd son job étudiant, ses amis lui tournent le dos. A raison, à l’en croire : elle se décrit elle-même comme étant à l’époque comme une personne « manipulatrice », « menteuse », « méchante » atteinte d’un « complexe de supériorité ». Endettée à hauteur de plusieurs milliers d’euros, elle est même parfois contrainte de se prostituer pour payer ses doses toujours plus importantes.

En avril 2025, la jeune femme fait une nouvelle tentative qu’elle associe directement à son addiction. C’est à cette occasion que ses parents, restés dans le sud de la France découvrent que non seulement leur fille a arrêté ses études de médecine mais a, surtout, sombré dans la drogue. La prise de sang révèle la présence, en plus de la cocaïne, la présence d’héroïne – qu’elle consommait occasionnellement – et de morphine et xanax, ingurgité pour mettre fin à ses jours.

Patiente experte

En cure de désintoxication – elle en fera deux en l’espace de quatre mois – Charlotte rencontre plusieurs patients experts en addictologie. Des rencontres qui ont l’effet d’un déclic. « Ils me parlaient de leurs expériences, de la sobriété, de la vraie vie… Nos échanges étaient très différents de ce que pouvait m’apporter un addictologue ». Tiraillée entre la volonté de s’en sortir et une envie incontrôlable d’appeler son dealer, Charlotte fera trois rechutes.

Son dernier rail remonte au 1er décembre 2025. C’est ce jour-là qu’elle a décidé de ne plus être le « monstre » qu’elle décrit. Depuis, elle se décrit « en rémission ». A la même période, elle s’inscrit à l’université de Nantes au sein d’un cursus « partenariat patient » dans le but de devenir à son tour patiente-experte en addictologie. « Pour la première fois, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma voie, je n’ai jamais été aussi heureuse depuis que ce projet est dans ma tête. » En revanche, même si techniquement elle pourrait reprendre ses études de médecine, elle a tiré un trait sur cette vocation.

« Etre entourée, ça a été la solution »

En parallèle de ce cursus, elle est en train de créer son association dans laquelle elle compte accueillir d’autres patients à travers des groupes de parole et faire de la prévention. Une façon de reprendre le contrôle sur sa propre situation, « tout en aidant les autres. » « Ce qui m’a aidé à guérir c’est de me rendre compte que je n’étais pas seule, que j’étais victime et non coupable, partage-t-elle. Quand tu consommes tu as honte. J’ai brisé ce cycle en créant du lien avec des personnes qui connaissent cette vérité et aujourd’hui je veux faire de même. »

Notre dossier sur la cocaine

Si son combat contre la cocaïne est loin d’être derrière elle, aujourd’hui Charlotte s’accroche à ce nouveau projet. Active sur les réseaux sociaux sur le [email protected], elle partage son histoire en espérant toucher des personnes dans le besoin. Entre Nantes et Narbonne – où réside sa famille – l’étudiante a des idées plein la tête. Mais chaque chose en son temps, « la sobriété, c’est une décision à prendre chaque minute. »