GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Rachida Dati, lors de la présentation de son programme le 10 février 2026.
Voilà Rachida Dati officiellement débarrassée du portefeuille de la Culture et pleinement libre de se consacrer à sa campagne. Deux ans après son entrée au gouvernement, l’ambitieuse maire du VIIe arrondissement de Paris a dû faire face à de nombreux déboires : le casse du musée Louvre sous sa tutelle, les affaires judiciaires, le fiasco des rares projets culturels qu’elle a engagés rue de Valois… Autant de difficultés qui auraient pu jouer en sa défaveur, dans la course à l’Hôtel de Ville. Et pourtant, à quelques encablures du premier tour des municipales, la première opposante à Anne Hidalgo a le vent en poupe.
À regarder les publications de Rachida Dati sur ses réseaux sociaux ces derniers mois, rien n’est venu perturber sa campagne. La candidate de la droite apparaît toujours souriante, entourée par ses fidèles, présente sur le terrain. Dans les médias, elle distille son programme, sans oublier d’être toujours virulente à l’égard du socialiste Emmanuel Grégoire, son « seul adversaire », selon ses propres termes.
Une campagne à première vue classique, menée par une personnalité de premier plan et bien partie pour l’emporter. Car selon un sondage Ifop pour L’Opinion et Sud Radio publié le 22 février, à trois semaines du premier tour, Rachida Dati est donné en deuxième position derrière Emmanuel Grégoire au soir du 15 mars. Mais elle y est surtout donnée vainqueur au second, dans trois cas de figure sur quatre : en cas de duel avec le socialiste (53 %), de justesse en cas de triangulaire avec le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel (43 %), et aussi en cas de quadrangulaire avec Sophia Chikirou et Emmanuel Grégoire.
Louvre, commissions et perquisitions : une image écornée en quelques mois
Dans la dernière ligne droite la campagne, ces intentions de vote – qui témoignent davantage d’une tendance à un instant T qu’elles n’ont une vocation à prédire le résultat final – ont de quoi donner le sourire à son équipe de campagne. Surtout après la mauvaise passe traversée à l’automne 2025.
Il y a eu tout d’abord le casse du Louvre en octobre et la série de grèves du personnel qui ont mis en lumière sa gestion peu glorieuse – qui s’est conclue par un changement de président du musée cette semaine. Puis mi-décembre 2025, les perquisitions menées à son domicile, au ministère de la Culture et à la mairie du VIIe arrondissement, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour des soupçons de rémunérations par GDF Suez quand elle était députée européenne. Ce dossier s’ajoute à un précédent, aux conséquences potentiellement dévastatrices : sa mise en examen pour corruption dans l’affaire Carlos Ghosn, qui passera devant la justice en septembre 2026. En cas de victoire à la mairie de Paris puis de condamnation, Rachida Dati sera obligée de quitter l’Hôtel de Ville. Un scénario qu’elle se refuse à imaginer au point de maintenir le suspense sur le nom de son premier adjoint (et donc potentiel remplaçant).
Début février ensuite, la voilà convoquée par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. La séquence est d’autant plus attendue que l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy entendait, à son arrivée au sein du gouvernement Barnier, faire de la réforme de l’audiovisuel public l’accomplissement de son passage rue de Valois. Deux ans plus tard, l’échec est cuisant : le texte n’apparaît pas dans le calendrier parlementaire prévu l’après municipales – une façon polie de signifier son abandon. Pire, l’audition de la ministre par les députés, loin de permettre à la ministre de dresser un bilan de son action, ouvre un nouveau front dans la guerre qui l’oppose à l’émission de France 2 Complément d’Enquête.
Quelques semaines plus tard, c’est pour au sujet du Louvre que Rachida Dati est retournée à l’Assemblée. La commission créée après le casse du musée l’a interrogée à huis clos, une première depuis son lancement. C’est donc hors caméras qu’elle annonce l’abandon de la mission de réorganisation « en profondeur » du monument parisien, censée répondre en partie aux nombreuses failles mises à jour. Un raté de plus.
Édouard Philippe, sauveur de Dati ?
À ces déboires ministériels s’ajoute une campagne en demi-teinte sur le fond – qui ne se ressent donc pas forcément dans les sondages. En effet, si Rachida Dati a bien présenté son programme, aucune de ses propositions n’a véritablement marqué l’opinion : sa volonté de « remettre le beau partout », son insistance sur la sécurité, son souhait d’assouplir l’encadrement des loyers… La faute, peut-être, à son refus catégorique de débattre avec ses adversaires. Rachida Dati s’en est expliquée sur BFMTV le 26 février, arguant qu’elle serait « forcément la cible des autres candidats ». Une décision et un argumentaire qui font tiquer au sein même de ses soutiens. « Elle a peur parce qu’elle fait campagne en lisant les titres de chapitres, elle a du mal à rentrer dans les dossiers », s’épanchait ainsi l’un d’entre eux fin février auprès de Politico.
La candidate n’a pas fermé la porte à un débat à l’entre-deux-tours. Celui-ci sera décisif. Car il n’y a qu’une seule configuration dans laquelle la candidate LR est donnée perdante dans le dernier sondage Ifop : une quinquangulaire avec Emmanuel Grégoire, Sophia Chikirou, Sarah Knafo et Pierre-Yves Bournazel et dans laquelle Emmanuel Grégoire l’emporterait sur le fil avec 33 % des suffrages contre 32 % pour la candidate LR. « Toute dispersion des voix au premier tour conduira à la reconduction de l’équipe Grégoire-Hidalgo, en pire », alerte-t-elle dans une interview au Parisien ce 28 février.
C’est la raison pour laquelle l’ancienne ministre a multiplié les coups à l’égard du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel, qui fut son conseiller à la Chancellerie, et qui martèle vouloir se maintenir coûte que coûte au second tour. « Ça démontre que sa candidature n’est pas une candidature de volonté de l’alternance à Paris, c’est une candidature soit de l’échec, soit de la volonté de reconduire cette gauche qui est une gauche radicale », a-t-elle attaqué sur BFMTV le 26 février. Or dans sa volonté d’alternance, elle a reçu l’appui… d’Édouard Philippe. À rebours de son propre candidat, l’ancien Premier ministre a plaidé pour « un grand rassemblement de la droite et du centre » au second tour. De quoi dégager un peu plus l’Horizon pour Rachida Dati.