En poussant la porte d’une
boulangerie, on pense au parfum du pain chaud, pas aux quintes
de toux du fournil. Pour beaucoup d’artisans, respirer les
poussières de farine des nuits entières finit par
irriter le nez, puis les bronches. En France, 10 à 15 % des asthmes
seraient liés au travail, et les boulangers sont parmi les plus
exposés.
Le cas de Mathias Klein,
boulanger depuis des années, illustre cette réalité. « La
farine, c’est comme les poussières banales qu’on trouve à
l’extérieur, c’est très volatile, on continue à en avoir sur nous,
dans nos cheveux. Très récemment, j’ai développé de l’asthme. Et ça
empire de jour en jour », confie-t-il au JT de TF1. Ses difficultés
respiratoires s’accentuent au travail et diminuent loin du fournil,
un tableau typique d’asthme du boulanger.
Quand l’allergie dérape en asthme du boulanger
Avant d’en arriver là, les premiers symptômes passent souvent
pour des détails. Dans un autre métier, la coiffeuse Eva Biersohn
raconte ce glissement progressif : « Moi, ça a commencé par des
démangeaisons au niveau des mains. Ensuite, j’ai perdu la peau de
mes paupières et là, on a vraiment commencé à s’inquiéter. Après,
ça a touché les poumons », explique-t-elle au JT de TF1, cette
rupture de carrière ayant été « vécu comme un échec ». Même logique
pour les boulangers allergiques à la farine : tant que l’exposition
continue, le risque d’asthme augmente.
Le choix de produits présentés comme plus naturels ne protège
pas toujours. « Par souci écologique, on constate une poussée de
produits d’origine naturelle dans de nombreux domaines et en
particulier dans le domaine de la beauté. Or, il est important de
garder à l’esprit qu’une substance, qu’elle soit synthétique ou
naturelle, peut présenter des dangers. Certaines huiles
essentielles, par exemple, peuvent être à l’origine d’allergies
cutanées potentiellement très invalidantes », avertit Annabelle
Guilleux, experte d’assistance-conseil à l’INRS. Pour les
boulangers, la priorité reste d’abord de limiter la poussière de
farine plutôt que de miser uniquement sur de nouveaux
ingrédients.

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Shutterstock/PeopleImages/YuriA
Poussières de farine : un quart des asthmes professionnels chez
les boulangers
La Caisse nationale d’Assurance maladie estime qu’environ un
quart des cas d’asthme professionnel concerne les boulangers. Des
estimations du début des années 2000 parlaient déjà de 10 à 30 % de
rhinite du boulanger et de 7 à 15 % d’asthme dans la profession.
Cette pathologie figure au tableau n°66 des maladies
professionnelles, ce qui ouvre droit, en cas de reconnaissance, à
une prise en charge des soins à 100 %. Toux, oppression thoracique
et sifflements qui s’aggravent au travail et se calment en week-end
doivent donc alerter, médecins traitants comme médecins du
travail.
À Brumath, le boulanger José Arroyo décrit sa nouvelle façon de
fleurir les bacs : « Traditionnellement, lorsqu’on fleure un bac, on
prend la farine dans une main et on la projette comme ça, ce qui
génère un nuage de poussière. Mais maintenant, cette machine,
lorsqu’on pousse le bac, nous permet de faire tomber un rideau de
farine sans projection ».
Subvention Poussières de farine : des
outils pour prévenir l’asthme du boulanger
La prévention a un coût, mais l’Assurance maladie a lancé la
subvention Poussières de farine pour aider les
petites boulangeries. Les entreprises de 1 à 49 salariés peuvent
faire financer à 70 % HT, à partir de 500 €, des pétrins,
diviseuses, farineurs ou aspirateurs homologués par le LEMPA, à
condition de suivre une formation préalable sur les risques,
assurée et souvent cofinancée par le LEMPA, les CARSAT ou les OPCO.
Pour José Arroyo, l’investissement est vite rentabilisé : « Ça vient
aussi régler une problématique d’absentéisme, sachant qu’on a déjà
un peu de mal à recruter ».