Depuis l’invasion de l’Ukraine, en 2022, l’économie russe tourne à plein régime pour soutenir la guerre. Si elle semblait jusqu’alors résister à la pression, de premiers signes d’essoufflement sont désormais visibles. Dans plusieurs régions industrielles clés, les difficultés s’accumulent et les entreprises, qui ont bénéficié de la hausse massive des dépenses militaires, implorent maintenant l’État de leur venir en aide. Les sanctions, la chute des revenus énergétiques, l’augmentation du coût des matières et de la vie impactent même des territoires longtemps présentés comme des piliers de l’effort de guerre par Moscou.

Dans la région de Nijni Novgorod, noyau industriel hérité de l’ère soviétique, la situation est source de « vives inquiétudes » pour les usines d’armement et automobile locales, selon des documents consultés par Bloomberg, vendredi 27 février.

Des factures impayées et des employés sur la sellette

Investissements, commandes, profits et production sont tous en net recul. Dans une lettre adressée aux autorités régionales, les entreprises du coin alertent sur des retards de paiement massifs, réclament des prêts bonifiés et des règlements plus rapides, notamment de la part de grands groupes publics du secteur de la défense, tels que la United Shipbuilding Corporation, Roscosmos, Rosatom ou encore Rostec. Plus de 100 milliards de roubles (1,1 milliard d’euros) resteraient encore impayés dans cet oblast.

Pour couvrir les frais, les entreprises concernées sont contraintes de puiser dans leurs réserves ou de recourir à des emprunts coûteux, à des taux dépassant parfois les 20 % depuis la disparition des prêts subventionnés, ce qui érode davantage leur rentabilité. L’association des industriels de Nijni Novgorod joint à sa missive une évaluation et une enquête qui, toutes deux, estiment que près de 20 000 personnes pourraient perdre leur emploi au cours du second semestre si la situation ne s’améliore pas.

La dynamique nationale s’est brisée

Une détérioration surprenante compte tenu des chiffres de l’année passée du Service fédéral des statistiques, qui fait état d’un chômage pratiquement inexistant dans la région de Nijni Novgorod et même de salaires en hausse. Ce cas reflète en réalité de complications plus générales. Le PIB russe est tombé autour de 1 %, contre près de 5 % auparavant, laissant anticiper une année 2026 morose pour le pays, prévient la Banque centrale.

Pour certains observateurs européens, ces tensions économiques pourraient, à terme, affaiblir la capacité militaire du Kremlin. D’autres restent sceptiques face à cette théorie. La politologue Tatiana Stanovaya juge que ces problèmes financiers ne suffiront pas à faire plier le gouvernement de Vladimir Poutine. « Le Kremlin ne fera pas de concessions majeures, même face à une crise économique prolongée », affirme-t-elle. L’économie pèse-t-il vraiment si peu dans les calculs stratégiques ?