Ce passage, principale voie de navigation connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, est « de facto fermé », ont affirmé samedi les Gardiens de la Révolution cités par des médias iraniens.
Publié le 01/03/2026 18:03
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Un navire de la marine iranienne dans le détroit d’Ormuz, le 1er mars 2026. (SAHAR AL ATTAR / AFP)
L’embrasement va-t-il avoir des conséquences sur le commerce du pétrole ? La guerre au Moyen-Orient qui a débuté, samedi 28 février, par les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran menace de perturber l’approvisionnement mondial et de faire flamber les prix du baril. Le risque principal pour le marché pétrolier reste celui d’un blocage du très stratégique détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe à l’océan Indien .
Car l’Iran est l’un des dix plus grands producteurs mondiaux
L’Iran, dont l’économie est largement dépendante des revenus pétroliers, figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux avec environ 3,1 millions de barils par jour (mb/j), selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Le pays produisait nettement plus dans les années 1970, avant la révolution islamique de 1979 et l’imposition de différentes vagues de sanctions économiques américaines, y compris la récente politique de « pression maximale » sur le pétrole iranien voulue par Donald Trump.
Son or noir est relativement facile à extraire, avec « un coût pouvant être aussi bas que 10 dollars » le baril, voire moins, selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Un prix que seuls les pays du Golfe parviennent à concurrencer, quand il faut dépenser entre 40 et 60 dollars pour produire un baril de pétrole canadien ou américain.
Pour cet acteur stratégique, d’éventuelles frappes américaines sur ses infrastructures, en bon état, ne seraient pas sans conséquence. Le pays exporte aujourd’hui entre 1,3 et 1,5 million de barils par jour, avec des débouchés commerciaux déjà très limités, en raison des sanctions. Plus de « 80% de ses exportations aboutissent en Chine », affirme Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank.
Car le détroit d’Ormuz est visé par des frappes
Le risque principal pour le marché pétrolier reste celui d’un blocage du détroit d’Ormuz, qui relie les pays du Golfe à l’océan Indien. Ce passage, principale voie de navigation connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, est « de facto fermé », ont affirmé samedi les Gardiens de la Révolution cités par des médias iraniens.
Environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement en 2024, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), l’équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide. Le détroit est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur (50 kilomètres environ), et de sa profondeur, qui n’excède pas 60 mètres. « Des infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de pétrole brut », estime Jorge Leon, analyste au sein de Rystad Energy, la société de recherche indépendante basée en Norvège.
« Même un simple doute concernant la sécurité dans le détroit pousserait de nombreux navires, pour des raisons d’assurance, à rencontrer des difficultés à le traverser, car les primes augmenteraient fortement », souligne Arne Lohmann Rasmussen. Selon des données partagées par le site spécialisé Marine Traffic, une partie des pétroliers ont fait demi-tour ou se sont arrêtés avant de passer le détroit d’Ormuz samedi.
Deux navires ont été attaqués dimanche au large des Emirats arabes unis et d’Oman dans le détroit d’Ormuz, ont déclaré des agences de sécurité maritimes. Le premier armateur mondial, l’italo-suisse MSC, a ordonné à tous ses navires présents dans le Golfe de « se mettre à l’abri » et a suspendu toutes les réservations de fret vers le Moyen-Orient. Le deuxième armateur mondial, le danois Maersk, a déclaré pour sa part dimanche suspendre tout passage par le détroit d’Ormuz.
Les Etats-Unis ont appelé les navires commerciaux à « rester à l’écart » du Golfe. Mais « dans un délai de quelques jours, la supériorité aérienne et navale américaine pourrait rétablir un niveau de sécurité permettant la reprise du transport maritime commercial » dans la zone, selon Jakob Larsen, responsable de la sûreté et de la sécurité chez Bimco, l’une des principales associations d’armateurs dans le monde.
Car le cours du baril risque de varier dans les prochains jours
A l’issue du week-end, les cours du pétrole risquent de flamber lors de l’ouverture des marchés face au risque de ruptures d’approvisionnement énergétique. Le conseiller économique du Kremlin, Kirill Dmitriev, a imaginé, dans un message publié sur X, le prix du baril grimper « prochainement à plus de 100 dollars » . Un tel niveau n’a pas été observé depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans.
Pour l’Iran, faire bondir les prix du baril constitue un moyen de pression sur Washington, alors que Donald Trump a promis à son électorat des prix de l’énergie bas. Avant le conflit, le cours du baril de brent, la référence internationale de l’or noir, s’affichait à plus de 72 dollars.
L’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’Opep+ ont décidé d’augmenter dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206 000 barils par jour en d’avril, un volume supérieur aux anticipations. « C’est un signal, pas une solution (…) en réalité, la logistique et le risque de transit comptent davantage que les objectifs de production en ce moment », souligne l’analyste Jorge Leon.
Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix de l’or noir pourraient grimper au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional et des ruptures d’approvisionnement. Les pays producteurs de pétrole pourraient quant à eux tenter d’augmenter davantage leur production dans les mois à venir. « Les huit pays se réuniront le 5 avril », a annoncé l’Opep.