« OMG ! » (« Oh my god ! ») s’exclame à plusieurs reprises sur l’une de ces vidéos Hofit Golan, une influenceuse israélienne de bien-être, en montrant un immeuble en feu à proximité de son appartement. Le Britannique Will Bailey tient informé ses abonnés sur Instagram et TikTok en filmant les traces laissées dans le ciel bleu de Dubaï par le passage de missiles ou d’engins destinés à les neutraliser. « J’étais à quelques mètres », affirme-t-il dans l’une de ses vidéos visiblement filmée à proximité de l’hôtel Fermont, touché samedi par une frappe.
« Je me suis faite dessus »
D’autres influenceurs se montrent plus angoissés, à l’image de la Française Maeva Ghennam qui, se filmant avec son passeport à la main, témoigne avoir « crié comme une hystérique » en entendant une frappe. « La France, protège-nous ! Je me suis faite dessus », demande cette jeune femme qui a bâti sa notoriété sur l’émission de téléréalité « Les Marseillais ».
Dans un nouveau message posté dimanche matin sur son site, l’ambassade de France aux Émirats arabes unis a rappelé qu’il n’était pas possible de quitter le territoire, qui a fermé son espace aérien jusqu’à nouvel ordre. Elle exhorte donc les ressortissants à « appliquer strictement les consignes de sécurité : rester chez soi, se tenir éloignés des fenêtres, des portes et des zones ouvertes ».
« Un retour à la réalité »
Les vidéos postées depuis samedi provoquent parfois des réactions moqueuses d’internautes dénonçant « la déconnexion totale » de ce « monde bling-bling » face à la réalité géopolitique du Moyen-Orient. « On assiste à un « retour à la réalité » pour les influenceurs installés là-bas », analyse la journaliste Emma Férey, qui a publié en 2024 « Emirage », un roman sur le milieu de l’influence à Dubaï. Dans ce milieu qu’elle décrit comme « sous-informé » et « où tout semble facile, on doit vendre du rêve », « la bulle commence à se fissurer », estime Emma Férey.
Ces dernières années, Dubaï a séduit un nombre croissant d’influenceurs, d’entrepreneurs et de millionnaires, attirés par l’environnement favorable aux affaires, l’absence d’impôt sur le revenu, et la possibilité d’y mener un train de vie aussi fastueux que décomplexé. Cette mégalopole de près de 4 millions d’habitants, dont 90 % d’expatriés, dispose aussi d’un aéroport parmi les plus fréquentés au monde.
« Parler de géopolitique, c’est un risque de perdre des abonnés »
Dans une vidéo filmée samedi sur une plage où bronzent des baigneurs, Deepti Mallik, qui se présente comme une consultante dans l’immobilier de Dubaï, tente de rassurer : « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Le pays est bien préparé pour une telle situation. » Pour Emma Férey, « on sent de l’inquiétude chez les influenceurs, même s’ils savent bien que parler de politique, et pire de géopolitique, c’est prendre le risque de perdre des abonnés ou de subir une vague de harcèlement ».
La journaliste explique que les créateurs de contenus « engagés contractuellement avec des marques, sont obligés de poursuivre leurs activités ». « Même si c’est pour du shampoing, la vidéo doit passer. C’est ce décalage qui peut paraître indécent aux yeux du public, de continuer à faire son beurre alors que le monde brûle », selon elle.