Comme chaque année, le printemps arrive et les rumeurs fleurissent sur le programme cannois…

La 79e édition du Festival de Cannes a déjà ses dates – du 12 au 23 mai 2026 – et le président de son jury, le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, un habitué de la Croisette qui a reçu le Grand Prix en 2004 pour « Old Boy », du Prix du Jury en 2009 pour « Thirst, ceci est mon sang » et du prix de la mise en scène en 2022 pour « Decision to Leave ». S’il nous lit – nous n’en doutons pas un seul instant -, nous allons essayer maintenant de déterminer une partie du programme cinéphile – avec les pincettes d’usage, seul le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux a bien sûr le « final cut ».

Film d’ouverture

L’an passé, « Partir un jour » d’Amélie Bonnin avait ouvert le bal. Oui, un premier film français avec un casting français – Juliette Armanet, Bastien Bouillon, Dominique Blanc -, voilà qui ouvre toutes les perspectives. Rappelons que le film choisi doit sortir le jour de sa présentation à Cannes, soit le mardi 12 mai, ce qui écarterait de facto les films américains. De la Berlinale, deux hypothèses étaient lancées : la première était d’un bis français, avec un candidat idéal « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » d’Antonin Baudry, premier volet du diptyque consacré au Général de Gaulle. Bien sûr, ce serait audacieux d’avancer la date de sortie – du 10 juin au 12 mai mais les échos étaient extrêmement flatteurs à Berlin et le film cache de nombreuses cases – gros casting avec de nombreux seconds rôles, projet qui a besoin d’une exposition internationale et sujet d’actualité, l’appel à la Résistance. Une présentation hors compétition n’est pas non lui à exclure.

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L'affiche d'«Amarga Navidad».

L’affiche d’«Amarga Navidad».

© El Deseo

Deuxième possibilité : le film à prestige d’un grand auteur cannois. Et là nous avons aussi le candidat idéal : « Amarga Navidad » du maître espagnol Pedro Almodovar, qui a déjà fait l’ouverture par le passé avec « La Mauvaise éducation ». Président du jury en 2017 avec Park Chan-wook à ses côtés, il ne devrait pas – en toute logique – postuler pour la Palme d’or. Le film sort le 20 mars prochain en Espagne mais ce n’est pas la première fois que cela arrive…

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Les Américains

Quelles stars seront à Cannes cette année ? Pour cela, vous pouvez compter sur le cinéma américain qui devrait être bien représenté. En compétition, on devrait retrouver trois sérieux candidats pour la Palme d’or : Joel Coen en solo avec « Jack of Spades », dont l’action se situe en Écosse, avec Josh O’Connor, Frances McDormand, Lesley Manville et Damian Lewis comme acteurs principaux, James Gray, avec « Paper Tiger », qui réunit Adam Driver, Scarlett Johansson, Miles Teller et enfin… « The Way of the Wind » de Terrence Malick, avec Géza Röhrig, Matthias Schoenaerts et Mark Rylance… Pas d’information précise sur ce projet, juste quelques mots de l’acteur belge en… 2021 : « Ce sera son Opus Magnus. Il y met tout son coeur, toute sa passion, toute sa vie. C’est une expérience très spirituelle de faire partie d’un tel projet. Il va peut-être monter le film pendant encore quatre ans. Il a besoin de ce temps. »

Hors compétition, nous pouvons déjà vous confirmer que « L’Odyssée » de Christopher Nolan et « Dune : Part Three » ne seront pas montrés sur la Croisette, en revanche, tous les espoirs sont permis pour « The Mandalorian and Grogu », qui sort le 20 mai 2026, donc en plein festival mais il se murmure que Disney est échaudé par l’accueil de «Solo», le précédent film de la saga Star Wars présenté sur la Croisette, « Digger » du réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu avec Tom Cruise, Jesse Plemons et Sandra Hüller, même si la date de sortie américaine laisse plutôt pencher pour une présentation à la Mostra de Venise et bien sûr « Disclosure Day » de Steven Spielberg, avec Emily Blunt, Josh O’Connor et Colin Firth. « Spielby » aime Cannes, on croise les doigts, le film est daté au 10 juin mais repose sur un « mystère » qui serait donc éventé à un mois de sa sortie. Pour être complet, nos amis du site Chaos Reign évoquent un nouveau film de David Robert Mitchell, avec Anne Hathaway et Ewan McGregor au casting. Pourquoi pas, mais l’accueil glacial reçu par « Under The Silver Lake » nous semble compromettre sa candidature…

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Les Européens

La liste des prétendants est longue, nous allons commencer par les « habitués », même si Thierry Frémaux déteste le terme. Le Russe Andreï Zvyagintsev pourrait revenir à la compétition avec « Minotaure », l’Ukrainien Sergeï Loznitsa a déjà produit un nouveau documentaire, le Danois Nicolas Winding Refn est prêt à choquer le bourgeois cannois avec un nouveau thriller tourné à Tokyo, « Her Private Hell » avec Sophie Thatcher et surtout le Belge Lukas Dhont (« Close ») a un gros projet sous le bras : un film sur la Première guerre mondiale intitulé « Coward ».

Enfin, trois anciens Palmés d’or pourraient être prêts à temps : le Suédois Ruben Östlund avec « The Entertainment System is Down » et son casting XXL – Keanu Reeves, Kirsten Dunst et Daniel Brühl avec de gros points d’interrogation, le Roumain Cristian Mungiu avec «Fjord» (Sebastian Stan, Renate Reinsve) et l’Italien Nanni Moretti avec « Succederà questa notte », qui réunit Louis Garrel et Jasmine Trinca. Son état de santé lui permettra-t-il de terminer un montage à temps ?

Parmi les nouveaux venus potentiels pour la Palme d’or deux noms s’imposent : l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen (« As Bestas ») avec « El ser querido », qui réunit Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo et Marina Fois pour un drame dans le milieu du cinéma et l’Autrichienne Marie Kreuzer (« Corsage »), avec « Gentle Monster » qui réunit… Léa Seydoux et Catherine Deneuve.

Les Asiatiques

L'affiche de «Sheep in the Box» de Hirokazu Kore-Eda.

L’affiche de «Sheep in the Box» de Hirokazu Kore-Eda.

© Gaga Films

Pour la première fois de l’histoire cannoise, un Sud-Coréen a l’honneur d’être président du jury. Park Chan-wook pourrait découvrir un film de l’un de ses compatriotes, « Hope » de Na Hong-jin (« The Strangers »), avec Jung Ho-Yeon de la série Squid Game et Michael Fassbender. Des rumeurs font état d’un montage compliqué mais wait and see… Trois réalisateurs japonais déjà passés par la case de la compétition sont sur les starting-blocks, tout d’abord Hirokazu Kore-eda avec « Sheep in the Box », daté au 29 mai au Japon, l’histoire d’un couple qui adopte un androïde pour remplacer leur enfant disparu, ensuite Ryusuke Hamaguchi avec « Soudain », son premier film produit par la France, avec Virginie Efira et Tao Okamoto et enfin Kiyoshi Kurosawa avec « The Samurai and the Prisoner », annoncé comme son grand retour.

Lui aussi a tourné en France et avec un casting absolument dément – Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Virginie Efira… Il s’agit de l’Iranien Asghar Farhadi qui, avec « Histoires parallèles », prétend à la Palme d’or, lui qui a obtenu le Grand prix pour « Un héros » en 2021.

Les Français

C’est la foire d’empoigne, bon courage aux comités de sélection pour séparer le grain de l’ivraie. Parmi les projets les plus « excitants », en tout cas pour l’auteur de ses lignes, citons « L’Inconnue » d’Arthur Harari (« Onoda »), adaptation de la bande dessinée « Le Cas David Zimmerman » qu’il a coécrite avec son frère Lucas et qui réunit Léa Seydoux et Niels Schneider. Pathé y croit, le film serait très ambitieux visuellement. Elle aussi n’a jamais connu la compétition mais elle est une réalisatrice et une scénariste confirmée : Léa Mysius a adapté le roman de Laurent Mauvignier « Histoires De La Nuit » avec Hafsia Herzi, Monica Bellucci, Benoît Magimel et Bastien Bouillon. Une belle montée des marches et l’occasion pour le grand public de peut-être découvrir une autrice de talent. Nicole Garcia est elle une habituée de la Croisette. « Milo » pourrait lui permettre de revenir en compétition.

Là encore son casting fait particulière envie, avec Théodore Pellerin, Artus et Marion Cotillard dans le rôle principal, celui d’une femme qui cherche à nouer relation avec un jeune homme. Le film est distribué par StudioCanal. On pourrait retrouver Marion Cotillard dans deux autres films, tout d’abord « Karma » de son ancien compagnon Guillaume Canet et surtout « Roma Elastica » de Bertrand Mandico, cinéaste culte jamais passé par la case compétition. Dans ce film sur le cinéma tourné à Cinécitta à Rome, Marion Cotillard donne la réplique à Noémie Merlant. Quentin Dupieux a bien sûr un film sur le feu, il s’intitule « Full Phil » et a été tourné en langue anglaise avec Woody Harrelson. Autre réalisateur passé par la case compétition, Stéphane Brizé pourrait revenir dans la course à la Palme d’or avec « Un bon petit soldat » et le couple Alba Rohrwacher et Vincent Lindon, une histoire sociale sur fond d’assurances. Parmi les films également pressentis, citons « Banquise » d’Emmanuel Courcol (« En Fanfare »), « Mémoire de fille » de Judith Godrèche et « Des femmes comme les autres » de Dominique Cabrera.

Enfin, mettons en lumière trois projets très particuliers, le premier est le premier long-métrage de Bérenger Thouin entre fiction et documentaire sur le cinéma fait à partir des archives de Gaumont Pathé Archives. Cela s’intitule « L’Âge d’or » : la divine Souheila Yacoub y tient le rôle principal, avec à ses côtés Vassili Schneider, Yile Yara Vianello et Pierre-Antoine Billon. Les deux suivants sont des films d’animation : « Le Corset » de Louis Clichy, avec les voix d’Alexandre Astier, Rod Paradot et Brune Moulin et « In Waves » de Phuong Mai Nguyen, adaptation du roman graphique d’AJ Dungo. Peut-être figure parmi eux le nouveau « Arco »

Bien sûr, nous affinerons ces rumeurs au fil des semaines. Deux gros projets français sont déjà hors course pour des questions de délais : « Changer l’eau des fleurs » de Jean-Pierre Jeunet avec Leïla Bekhti, Matthias Schoenaerts et « Les Misérables » de Fred Cavayé, à moins que le bluff ait parfaitement fonctionné.