Un matin d’août 2017 à Copenhague. Au commissariat, les inspecteurs égrainent les affaires des dernières heures, et notamment la disparition d’une journaliste. « Elle serait montée à bord d’un sous-marin artisanal pour un reportage » explique un des enquêteurs. Quelques heures plus tard, le sous-marin coule… Le constructeur du véhicule est sauvé. Quant à la journaliste, personne ne sait où elle est.
C’est ainsi que débute la série « L’affaire Kim Wall » ou l’histoire d’une enquête complexe rebaptisée par les médias danois « l’affaire du sous-marin ».
Dans cette fiction tirée d’une histoire vraie, il y a d’abord tout ce que vous ne verrez pas : la victime. Le meurtrier. Les interrogatoires de ce dernier. Les unes des journaux à scandale. Vous ne verrez pas non plus la moindre goutte de sang.
Vous verrez en revanche les visages, en gros plan, de Jens Moller, l’inspecteur en charge de l’affaire interprété par le magistral Soren Malling, de ses coéquipiers, du procureur, du légiste, des parents de Kim Wall…Tous celles et ceux qui ont été touchés par cette enquête.
Le réalisateur Tobias Lindholm a ainsi choisi de se concentrer uniquement sur les rapports humains.
Réalisation esthétique
Quelques heures après la disparition de la journaliste, le coupable présumé reconnaît avoir jeté son corps à la mer. Conversation entre un des enquêteurs qui vient de réaliser l’audition du suspect et Jens. Ce dernier dit : « On l’accuse de meurtre et lui plaide l’accident… C’est ce qu’il compte dire au juge tout à l’heure. Appelle nos collègues en Suède qu’ils préviennent les parents. Il faut qu’ils sachent qu’elle est probablement morte avant que ça fuite dans la presse ».
Pendant des semaines, des questions vont marteler le quotidien de Jens Moller. Comment gérer les médias ? Comment contrer les mensonges du meurtrier ? Comment se servir de la science pour trouver des preuves irréfutables ? Comment informer avec justesse et empathie les parents de Kim Wall… ? Des parents avec qui Jens Moller lie une relation privilégiée, tout en gardant ses distances.
Tobias Lindholm a d’ailleurs impliqué les parents dans la construction de cette série. Parce qu’il s’agissait avant tout de raconter avec précision le déroulement de l’enquête, sans atteinte à la dignité des proches. Et de rendre hommage par là-même à la journaliste. Sur la forme, la fiction est un bijou de réalisation.
Chaque plan est extrêmement travaillé, notamment les lumières.
La musique accompagne les personnages et leurs émotions. Les scènes avec les parents de Kim Wall sont d’ailleurs bouleversantes.
Comme celle de Jens Moller avec sa fille sur le point d’accoucher de son premier enfant. Cette fille qu’il n’a cessé de délaisser pour ses enquêtes.
Au fond, à travers ce récit haletant, il est question de temps.
Du temps de l’enquête, du temps de la justice, du temps médiatique. De ce temps surtout qui rythme nos existences.
Les 6 épisodes de cette série « L’affaire Kim Wall » sont disponibles sur arte.tv