L‘Ile-de-France n’est pas épargnée par la problématique des déserts médicaux. Près de 3 millions de Franciliens sont aujourd’hui dépourvus de médecin traitant et plus de 60 % de la population régionale réside en zone d’intervention prioritaire. Face à ces chiffres et à la persistance des tensions qui pèsent sur l’offre de soins, la Région a décidé d’amplifier sa mobilisation.

La collectivité a récemment voté l’« Acte 2 » de sa stratégie de lutte contre les déserts médicaux et pour le soutien de l’offre de soins. Cela va se traduire par la reconduction ou le déploiement de dispositifs visant à attirer de nouveaux soignants (en améliorant leurs conditions d’exercice) afin de « garantir un accès effectif aux soins partout en Ile-de-France » notamment dans les territoires les plus fragiles. Une politique qui a un coût. Malgré un budget contraint, la Région va mobiliser 5 millions d’euros cette année pour financer ce nouveau chapitre de sa politique de santé. Depuis 2016, elle a déjà investi plus de 75 millions d’euros pour soutenir l’offre de soins de proximité.

Bonus à l’installation dans les territoires prioritaires

Pour encourager l’installation de professionnels de santé dans les zones les plus en tension, la Région crée un bonus à l’installation. « Les médecins généralistes, infirmiers, sage-femmes, kinésithérapeutes et autres professionnels de premier recours qui s’installeront seuls dans les territoires ruraux de grande couronne, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, la Seine-Saint-Denis ou les zones fragiles de grande couronne pourront bénéficier d’une aide forfaitaire pouvant aller jusqu’à 10 000 euros », annonce le Conseil régional précisant qu’en grande couronne « ce bonus ruralité de 10 000 euros ciblera les généralistes, les spécialistes de premier recours et les professionnels paramédicaux, notamment les infirmiers et les sage-femmes ».

Aides pour les docteurs juniors dans les territoires sous-dotés

Dans une même logique, la Région met en place de nouvelles aides pour accompagner l’accueil des docteurs juniors, ces jeunes médecins en fin de formation « appelés à jouer un rôle clé dans le renouvellement de la démographie médicale » : une aide à l’aménagement et à l’équipement des locaux médicaux « pour les adapter à l’accueil de ces jeunes praticiens », et une aide aux collectivités proposant une solution d’hébergement (logement à loyer modéré) pour favoriser leur installation. Dès le mois de janvier, 100 000 euros ont été mobilisés pour soutenir le logement proposé à titre gracieux ou à faible coût à ces docteurs juniors, notamment dans les zones rurales, et 100 000 euros seront dédiés au financement de travaux d’aménagement ou d’extension des cabinets médicaux pour les accueillir.

Un prêt à taux zéro pour soutenir les installations

La Région renouvelle également son partenariat avec le réseau Initiative Ile-de-France (réseau associatif d’accompagnement, de financement et d’hébergement des entrepreneurs) pour proposer aux professionnels de santé un prêt à taux zéro pour soutenir, là encore, leur installation. Ce « prêt santé initiative », pouvant aller jusqu’à 50 000 euros remboursables sans intérêt, « permet de couvrir les besoins de trésorerie lors de l’ouverture ou de la reprise d’un cabinet et complète les aides directes à l’installation », indique le Conseil régional. Depuis 2019, il a permis à 271 professionnels de santé de s’installer en Ile-de-France.

Poursuite du déploiement des maisons de santé

Dans le même temps, la collectivité maintient son appui au déploiement des maisons de santé. Depuis 2016, elle a soutenu 517 structures collectives de santé, dont 158 maisons de santé pluriprofessionnelles, réparties sur 356 communes. « Ces structures constituent aujourd’hui le modèle privilégié pour optimiser le temps médical, améliorer la qualité des prises en charge et offrir des conditions de travail attractives aux soignants », motive la Région dont l’Acte 2 du plan santé prévoit un soutien renforcé à la création, à l’extension et à l’équipement de ces maisons de santé, « notamment dans les territoires sous-dotés ».

Sécurisation des cabinets médicaux

Dans un tout autre registre, la Région va soutenir la sécurisation des lieux de soins, car « la sécurité est une condition indispensable à l’exercice serein du métier de soignant et un facteur déterminant d’attractivité des territoires », défend la collectivité. Or, près de 4 000 signalements de violences faites aux soignants ont été recensés en Ile-de-France en 2024. « Principalement des agressions verbales et des menaces visant des médecins généralistes », rapporte le Conseil régional, ajoutant que ces chiffres ne reflètent pas l’ampleur du phénomène, « les associations professionnelles estimant qu’à peine un quart des victimes portent plainte ».

Un nouveau dispositif de la Région va ainsi permettre de financer l’acquisition d’équipements destinés à protéger les professionnels de santé et leurs patients : des portes avec contrôle d’accès, des clés de sûreté, des visiophones ou encore des systèmes d’alarme et de vidéoprotection. Cette subvention sera plafonnée à 15 000 euros pour les cabinets médicaux et à 8 000 euros pour les professionnels exerçant seuls, dans la limite de 70 % de la dépense. Les cabinets municipaux pourront également profiter de ce dispositif. Afin de recenser les besoins, la Région va adresser un courrier à l’ensemble des maires au printemps.