Solidement arrimé à la première place de ce Six-Nations, avec 15 points pris en trois matchs, le XV de France est en position de force pour la victoire finale – voire le Grand Chelem – avant de se rendre en Écosse, samedi, puis de recevoir l’Angleterre le 14 mars prochain à Paris. Une situation idéale qui tranche avec celle qui était la sienne trois mois plus tôt après la défaite face à l’Afrique du Sud (17-32) et deux victoires larges, mais poussives, face aux Fidji (34-21) et l’Australie (48-33).
Changement de paradigme
À l’heure d’examiner les raisons susceptibles d’expliquer le regain de forme tricolore, il est nécessaire de lister le poids des retours. À commencer par celui d’Antoine Dupont, bien sûr, déjà revenu à son tout meilleur niveau. Mais il est impossible de ne pas citer également la mue qu’a su opérer Fabien Galthié. Un technicien qui a pris des risques jusqu’à présent payants dans ses choix de sélection et qui a également su forcer sa nature, comme ses propres dogmes, pour répondre aux doléances de ses joueurs et de ses adjoints.
Si l’ancien demi de mêlée avait promulgué l’avènement de la politique de l’homme en forme dans l’optique de la Coupe du monde 2027 dès le mois d’octobre dernier – « Pour beaucoup de joueurs, ce sera l’occasion de se révéler » -, il n’a finalement attendu que le mois de janvier pour enterrer réellement le principe du « devoir de mémoire ».
Les mises à l’écart de cadres tels que Grégory Alldritt, Gaël Fickou et Damian Penaud ne sont que les exemples les plus symptomatiques d’un constat dressé à l’issue de la tournée. « On a dû traîner certains cadres qui n’étaient pas au top de leur rugby », observe-t-on en interne. L’effet dopant de cette régénération s’est fait ressentir lors des trois premiers matchs de ce Tournoi. « Si l’équipe de France optimise tout, elle le doit aussi à son potentiel joueur qui fait naturellement monter le niveau », apprécie l’ancien sélectionneur Pierre Berbizier.
« On a retrouvé des entraînements qui ressemblent à quelque chose : les gars se protègent moins »
Cette énergie a été palpable dès le début du rassemblement en amont de la victoire face à l’Irlande. Interrogé sur les raisons du radical regain de forme observé entre novembre et janvier, Fabien Galthié avait d’abord souligné, en creux, le changement d’attitude des joueurs : « La première réponse, ce sont eux. Ça, on l’a senti pendant dix jours de préparation. » Si cela peut sembler nébuleux, cela fait toutefois écho à un constat on ne peut plus concret. « On a retrouvé des entraînements qui ressemblent à quelque chose », apprécie un membre de la délégation tricolore : « Les gars se protègent moins entre eux. »
Le levier du management est important. Ce n’est pourtant pas le seul qu’a su actionner le sélectionneur. Son approche technique a également changé. S’il était resté sourd aux interrogations des joueurs en novembre qui, suite à la défaite face aux Springboks, avait questionné la préparation tactique des matchs, il a cette fois su cette fois leur tendre l’oreille et laisser un peu plus de latitudes à ses adjoints. Cela fait bien sûr écho à des directives arbitrales plus favorables à l’attaque. Mais cet acte d’ouverture tranche avec la manière très verticale dont il exerçait son autorité depuis la Coupe du monde 2023…
« Pour l’instant, je nous trouve assez main dans la main par rapport à nos ambitions »
« Il a dû capter l’air du temps »
Lors des débriefings individuels de la précédente tournée, certains cadres ont répété une fois de plus qu’ils ne se retrouvaient pas dans le jeu proposé par les Bleus. Les voix de Thomas Ramos et Antoine Dupont ont notamment pesé. La répétition de ces observations a fini par ouvrir des interstices dans lesquels les adjoints ont su s’infiltrer. Cela même si Patrick Arlettaz a minimisé le poids des revendications des joueurs dans la très notable « aération » du jeu des Bleus.
« En novembre, on s’est enfermés pour de multiples raisons », observait après l’Irlande le technicien en charge de l’attaque des Bleus : « Peut-être qu’à un moment donné, les joueurs voudront aller encore plus loin et que nous, on ne sera pas d’accord. Mais pour l’instant, je nous trouve assez main dans la main par rapport à nos ambitions. » À nouveau, c’est certain.