Une intervention qui divise
Lancée en dehors des clous du droit international, l’attaque israélo-américaine place les Européens dans une situation inconfortable. Et comme souvent, en pareilles circonstances, ils peinent à parler ensemble d’une voix forte. Les Vingt-sept condamnent unanimement les frappes iraniennes menées en représailles contre plusieurs pays de la région, mais restent divisés quant à l’initiative prise par Washington et Tel Aviv. Samedi, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a critiqué une « action militaire unilatérale […] qui constitue une escalade et contribue à rendre l’ordre international plus incertain et hostile », via le réseau social X. « On peut être la fois opposé à un régime odieux et à une intervention militaire injustifiée et dangereuse », a-t-il enchéri dimanche, lors d’une conférence de presse. À l’inverse, le chancelier allemand Friedrich Merz rappelait, samedi, que les condamnations et les sanctions européennes du régime iranien n’avaient produit « aucun effet ». Puis d’ajouter, « ce n’est donc pas le moment de donner des leçons à nos partenaires et alliés. Malgré tous nos doutes, nous partageons bon nombre de leurs objectifs, sans être nous-mêmes en mesure de les atteindre ».
Suite à la réunion en visioconférence des ministres européens des Affaires étrangères, dimanche soir, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a publié au nom des Vingt-sept un communiqué qui ménage toutes les positions. Comme dans la déclaration commune faite, samedi, par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa, les États membres de l’UE appellent « à la retenue maximale », souligne l’importance de respecter le droit international et la charte des Nations unies, mais se gardent de critiquer les États-Unis et Israël pour avoir agi sans mandat de l’Onu.
Pas d’accord sur les objectifs de l’opération
Les Vingt-sept condamnent « les frappes militaires aveugles de l’Iran » contre des pays du Golfe et expriment le souhait que les « aspirations fondamentales » du peuple iranien « à un avenir dans lequel ses droits de l’homme universels et ses libertés fondamentales seront pleinement respectés ». Mais si personne, parmi les Européens, ne pleure la disparition du Guide suprême iranien Ali Kahmenei, tué par une frappe américaine, et que le régime des mollahs ne compte ni allié ni ami dans l’Union, les Vingt-sept ne vont pas jusqu’à réclamer clairement son renversement. En revanche, ils se disent disposés à « contribuer à tous les efforts diplomatiques visant à réduire les tensions et à trouver une solution durable pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ». L’UE était partie des négociations sur le sujet depuis 2003, mais reste à voir ce qu’il adviendra de celles-ci.
Les Vingt-sept sont inquiets face aux risques d' »escalade qui pourrait menacer le Moyen-Orient, l’Europe et d’autres parties du monde, avec des conséquences imprévisibles, y compris dans la sphère économique ». Les Européens multiplient d’ailleurs les contacts avec les pays du Golfe.
L’Union et ses États membres se déclarent par ailleurs prêts à prendre les mesures nécessaires pour « protéger la sécurité et les intérêts de l’UE ». Ce lundi, la Grèce a dépêché deux frégates et des avions F-16 à Chypre, suite à l’attaque d’un drone Shahed visant la base militaire britannique installée à Aktoriti, dans le sud de l’île.
Préparation aux possibles chocs
La présidente von der Leyen a de son côté convoqué lundi après-midi une réunion du « collège de sécurité » de la Commission pour discuter de l’évolution de la situation au Moyen-Orient et anticiper les possibles développements. L’exécutif européen annonce qu’il va accélérer son soutien à l’effort d’évacuation et de rapatriement mené par les États membre, notamment via le mécanisme européen de protection civile et le Centre de coordination de la réaction d’urgence.
La Commission va également surveiller les risques de perturbation du transport dans le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole consommé dans le monde, et que Téhéran menace de bloquer, ainsi qu’en mer Rouge. Dimanche soir, des sources diplomatiques évoquaient également le renforcement de la mission navale Aspides, lancée dans cette dernière, début 2024, pour protéger le trafic maritime en mer Rouge des attaques des rebelles Houthis (alliés de l’Iran) depuis le Yémen.
Confrontée au risque de choc des prix et de l’approvisionnement provoqué par le déclenchement du conflit, la Commission annonce par ailleurs une réunion prochaine de la Task Force Énergie avec les États membres, en liaison avec l’Agence internationale de l’énergie.
Enfin, la Commission accélère la préparation à l’impact que le conflit pourrait avoir sur les flux migratoires, en coopération avec les agences onusiennes et les pays de la région