L’auteur jeunesse au dessin vif et souple avait cosigné avec Marguerite Abouet les aventures de la jeune Ivoirienne, traduites en dix-sept langues. Également auteur de “Pablo”, avec Julie Birmant, il est mort ce lundi 1ᵉʳ mars, à l’âge de 59 ans.

La dessinateur Clément Oubrerie, en 2022.

La dessinateur Clément Oubrerie, en 2022. Photo Chloé Vollmer-Lo/Gallimard

Par Laurence Le Saux

Publié le 02 mars 2026 à 17h04

Mis à jour le 02 mars 2026 à 19h27

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Son trait a donné vie sur le papier à Pablo Picasso, Isadora Duncan ou Dalí — avec Julie Birmant au scénario —, ou encore à la formidable Aya de Yopougon, avec l’autrice Marguerite Abouet. Clément Oubrerie, 59 ans, est décédé le 1ᵉʳ mars 2026 des suites de la maladie de Charcot. Né en 1966 à Paris, il avait commencé à se former à l’école Penninghen avant d’interrompre ses études pour partir aux États-Unis, où il vécut deux années durant et publia des livres pour enfants.

Au début des années 2000, l’auteur jeunesse rencontre, lors d’un dîner amical, Marguerite Abouet, alors assistante juridique. « J’ai réussi à draguer ce brillant illustrateur jeunesse, et je lui ai parlé de mes histoires », nous précisait cette dernière en 2023. Le duo travaille d’abord sur Akissi, très inspirée de l’enfance de Marguerite, grandie en Côte d’Ivoire. Mais l’éditeur Thierry Laroche, chez Gallimard, les oriente vers un personnage plus adulte. En 2005, Aya de Yopougon, jeune Ivoirienne sensible, droite et bosseuse, désireuse de poursuivre ses études et de se détacher d’une société très patriarcale, naît sous la plume et les crayons du couple. Le premier volume reçoit le prix du meilleur premier album à Angoulême en 2006, et les aventures d’Aya continueront, au fil des ans, de passionner les lecteurs : la série (huit épisodes parus à ce jour) se retrouve recommandée par l’Éducation nationale, traduite en dix-sept langues, adaptée au cinéma en 2013, ou encore reçoit les compliments du New York Times.

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Clément Oubrerie se lance en parallèle dans l’animation, fondant avec Joann Sfar et Antoine Delesvaux le studio Autochenille Production — qui produira Le Chat du rabbin et Aya de Yopougon —, ou réalisant Moot-Moot, avec Éric et Ramzy, élue meilleure série animée au festival d’Annecy en 2008. Son dessin vif et souple se pare de couleurs séduisantes et raconte aussi bien la vie de Django Reinhardt (Jeangot avec son complice Joann Sfar) que celle de Voltaire amoureux. Il se frotte, seul, à Zazie dans le métro, de Raymond Queneau, aussi bien qu’aux épiques Royaumes du Nord de Philip Pullman, qu’il adapte fastueusement avec Stéphane Melchior au scénario.

Extrait du tome 7 de la série  Aya de Yopougon.

Extrait du tome 7 de la série Aya de Yopougon. Illustrations Clément Oubrerie/Gallimard

“Un grand naïf”

Avec sa nouvelle compagne Julie Birmant, l’auteur mène une collaboration artistique de longue haleine. Ensemble, ils revisitent en quatre volumes les grandes figures qui ont inspiré Picasso (Pablo), s’attellent à la vie tourmentée de la danseuse Isadora Duncan (Il était une fois dans l’Est), lance ntune série d’aventures (Renée Stone), ou s’intéressent au surréaliste Dalí tout en évoquant largement sa muse Gala (Dalí). Le style graphique souple de l’artiste se met ainsi, avec grâce et efficacité, au service d’un propos artistique et souvent féministe, basé sur une riche documentation.

« Même si Brassens pense qu’au-delà de quatre, on est une bande de cons, je pense qu’à deux on est meilleur que tout seul, lançait-il en 2023 au micro de France Info. J’aime beaucoup collaborer, je trouve ça plus intéressant, plus facile. Parfois, on dit que le dessinateur illustre : moi, j’apparente ça plutôt à de la mise en scène. » Invité par Télérama en 2013 à réaliser une histoire courte, Clément Oubrerie disait se voir comme « un grand naïf », « nostalgique d’un passé où, une fois franchi le seuil de la maison, on se sentait jeté dans le vide : pas de téléphone, pas de GPS, on pouvait se perdre et l’absence était vécue pleinement ». Cet adepte du crayon s’était mis, il y a quelques années, à l’aquarelle. Il avait pour projet de dessiner une nouvelle histoire, cette fois axée sur l’histoire familiale de Julie Birmant.