Une étude italienne révèle que les crèches jouent un rôle central dans la constitution du microbiote intestinal des tout-petits. Les interactions entre enfants, mais aussi avec leurs proches et les animaux domestiques, contribuent à enrichir cette colonie de micro-organismes essentielle à la santé.

Les crèches ne sont pas seulement des lieux d’apprentissage et de socialisation pour les tout-petits. Une récente étude italienne, publiée dans Nature, met en lumière un rôle moins connu mais tout aussi crucial: ces lieux favorisent le développement du microbiote intestinal des bébés. Composé de milliards de micro-organismes vivant dans nos intestins, celui-ci joue un rôle clé dans notre santé.

Dès leur premier mois en crèche, les bébés partagent une part significative de leur microbiote avec leurs camarades. Après quatre mois, cette part dépasse même celle qui est héritée de leur famille. Les bébés transmettent également certaines de leurs nouvelles acquisitions à leurs parents, ce qui signifie qu’ils pourraient partager des bactéries avec les parents d’autres enfants fréquentant la même crèche.

Le microbiote, une construction progressive

Le microbiote commence à se former dès la naissance, lorsque les bébés sont exposés aux bactéries vaginales et fécales de leur mère lors d’un accouchement par voie basse. En cas de césarienne, ce sont principalement les bactéries de la peau et de l’environnement qui colonisent l’intestin du nouveau-né. Par la suite, d’autres sources, comme les parents, les frères et sœurs et les camarades de crèche, viennent enrichir cette flore intestinale.

« Le microbiote se développe comme une succession écologique », explique Pascale Vonaesch, professeure assistante au département de microbiologie fondamentale de l’Université de Lausanne et spécialiste du développement du microbiote intestinal pendant les premiers mois de vie. « Certaines bactéries s’implantent en premier et préparent le terrain pour d’autres, jusqu’à ce qu’une communauté complexe et mature se forme entre l’âge de 3 à 5 ans. »

Les interactions intimes, un vecteur de transmission

Les scientifiques ont observé que les bébés ayant des frères et sœurs partagent davantage de micro-organismes avec eux qu’avec leurs parents. Les tout petits échangent également plus de souches bactériennes avec les animaux domestiques avec qui ils et elles cohabitent que ne le font les adultes du même foyer.

Pascale Vonaesch souligne au micro de l’émission CQFD qu’un microbiote sain repose sur plusieurs piliers: la diversité des bactéries, leurs fonctions métaboliques, leur capacité à se régénérer après un déséquilibre et l’équilibre des niches écologiques dans l’intestin. Pour favoriser un microbiote sain, la spécialiste recommande une alimentation équilibrée, qui évite les aliments hautement transformés, un sommeil de qualité et une activité physique régulière.

Le laboratoire de la chercheuse mène plusieurs études sur la constitution du microbiote des bébés, notamment au Laos et au CHUV à Lausanne. Les mères et femmes enceintes intéressées à participer à ces recherches sont encouragées à soumettre leur inscription.

>> Réécouter le sujet de CQFD sur les microbes : Ces microbes qui nous veulent du bien: les microbiotes pulmonaires, vaginaux et urinaires / CQFD / 12 min. / le 25 décembre 2025

Lucia Sillig/lp