Une habitante de Zutphen aux Pays-Bas a découvert 35 eaux-fortes originales de Rembrandt dans un tiroir familial pendant la pandémie de Covid-19. Authentifiées par la Maison de Rembrandt d’Amsterdam, ces gravures, conservées pendant un siècle, seront exposées au Stedelijk Museum Zutphen.
L’histoire de Charlotte Meyer, habitante de Zutphen, une ville de l’est des Pays-Bas, tient de l’incroyable : un simple amas de souvenirs laissés par son grand-père s’est révélé être un authentique trésor. Pendant la pandémie de Covid-19, alors qu’elle procédait à un déménagement, elle a redécouvert dans un tiroir de la maison familial ce qu’elle pensait être de simples images : 35 eaux-fortes originales du maître néerlandais Rembrandt van Rijn (1606-1669). Conservées là depuis des décennies, ces gravures ont été soumises à l’examen minutieux de la Maison de Rembrandt d’Amsterdam, qui en a confirmé l’authenticité. Une découverte exceptionnelle qui sera bientôt dévoilée au public lors d’une exposition au Stedelijk Museum Zutphen.
Des œuvres restées en collection privée pendant un siècle
L’origine de ce trésor remonte au début du XXe siècle, lorsque le grand-père de Charlotte Meyer constituait sa collection. Entre 1900 et 1920, l’amateur d’art acquiert plusieurs sortes de gravures. À cette époque, ces œuvres n’étaient pas des objets de collection très recherchés. « Personne ne s’intéressait aux gravures. Elles n’avaient rien d’exceptionnel. Pour quelques florins seulement, mon grand-père en a acheté 35 différentes. Ma grand-mère ne les appréciait pas. Nous les avons gardées, mais personne n’en attendait vraiment quelque chose », a-t-expliqué.
Rembrandt van Rijn, La femme aux crêpes, 1635, Collection Charlotte Meyer © Charlotte Meyer
À la mort de son aïeul, Charlotte hérite de ce qu’elle considère comme un simple dossier poussiéreux. Pendant près d’un siècle, les œuvres demeurent ainsi préservées dans leur intégralité, à l’abri des regards et totalement inconnues des spécialistes de Rembrandt. Ce n’est qu’au cours de la pandémie que leur propriétaire décide d’examiner attentivement son héritage. Elle y découvre plusieurs eaux-fortes de petit format, certaines ne mesurant que dix centimètres sur cinq.
Rembrandt van Rijn, Autoportrait au chapeau de fourrure, 1630, Collection Charlotte Meyer © Charlotte Meyer
Pressentant l’importance de sa trouvaille, elle contacte alors le Stedelijk Museum. La réaction des conservateurs dépasse toutes ses espérances : « Quand ils sont venus voir les gravures, ils ont été complètement époustouflés et m’ont dit : « Charlotte, vous n’imaginez pas ce que vous avez ! » Je me suis dit : « Waouh, je crois que ça vaut une fortune » », raconte-t-elle. Si la propriétaire préfère garder secrète la valeur exacte de l’ensemble, cette redécouverte n’en demeure pas moins unique.
Le marché florissant des gravures de Rembrandt
Côté marché de l’art, les œuvres graphiques de Rembrandt connaissent un intérêt croissant depuis ces dernières années. Entre 2023 et 2025, Christie’s Londres a dispersé la collection de gravures réunies par Sam Josefowitz. Lors d’une vente en décembre 2025, l’eau-forte représentant Arnout Tholinx, Inspecteur (vers 1656) a atteint 3,1 millions de livres sterling (3,54 millions d’euros), établissant ainsi le prix le plus élevé jamais payé aux enchères pour une estampe d’un maître ancien. Si la majorité des autres œuvres ont été adjugées moins de 50 000 euros chacune, cette vente témoigne de l’appétit des collectionneurs pour les œuvres du maître néerlandais. Plus récemment, début février, le dessin Jeune lion au repos (vers 1638-1642) a pulvérisé les estimations chez Sotheby’s avec un prix de marteau de 18 millions de dollars (15,25 millions d’euros).
Rembrandt van Rijn, Jeune lion au repos, vers 1638–1642, craie noire avec rehauts de craie blanche et lavis gris sur papier vergé brun, 115 × 150 cm © Sotheby’s
Une exposition déjà prévue
Depuis cette découverte, Charlotte Meyer a enrichi sa collection, qui compte désormais 70 eaux-fortes de Rembrandt et de ses contemporains. L’ensemble sera bientôt présenté au public, rendant ces gravures accessibles aux Néerlandais pour la première fois depuis 100 ans.
Wim van der Meij, Zutphen, 1911, Collection Stedelijk Museum Zutphen © Stedelijk Museum Zutphen
L’exposition « Rembrandt, van donker naar licht » (« Rembrandt, de l’obscurité à la lumière ») se tiendra au Stedelijk Museum de Zutphen du 21 mars au 14 juin prochain. Au cœur du parcours figureront ces œuvres longtemps préservées dans l’intimité familiale, accompagnées d’autres pièces majeures acquises ultérieurement. Le parcours s’articule au fil des moments clés de l’existence du maître : son enfance, son apogée créatif, sa période de deuil et ses dernières années marquées par la pauvreté. Une occasion de découvrir un pan méconnu de l’œuvre gravé de Rembrandt, révélé après un siècle d’oubli.
Rembrandt’s Lost Portraits Unseen for 200 Years | Christie’s



