Les élections municipales, c’est dans moins de deux semaines (15 et 22 mars). Après avoir suivi les négociations entre partis et les déclarations de candidature à Saint-Etienne et Saint-Chamond, notre rédaction se penchera ensuite sur les forces en présence dans plusieurs communes du sud Loire, sélectionnées à partir d’un seuil de leur nombre d’habitants. Parallèlement, nous revenons, en détails, sur la composition et le programme des différentes listes stéphanoises et couramiaudes.
Les parutions suivent la logique chronologique des entretiens obtenus avec les têtes de liste, les candidatures ayant été sollicitées en même temps. Cinquième volet donc, à Saint-Etienne, consacré à la liste sans étiquette, issue de la majorité, « Cœur stéphanois », menée par Siham Labich.

« Si je suis élue, les cent premiers jours seront dédiés à un travail poussé, pour identifier toutes les dépenses de la ville de Saint-Etienne, service par service, et faire des économies là où on pourra en faire ». A 45 ans, Siham Labich, adjointe municipale sortante à « la Politique de la ville, ANRU, éducation populaire, laïcité, relations avec les cultes », par ailleurs vice-présidente à la Métropole, a été la dernière à se déclarer dans cette course à la mairie de Saint-Etienne. Une décision qu’elle assure avoir mûrement réfléchie, et qui viendra faire face, entre autres, à celle d’un autre adjoint de la majorité sortante, Marc Chassaubéné. Si elle ne souhaite pas s’étendre sur les conflits internes qui ont entraîné deux candidatures plutôt qu’une, il faudra néanmoins faire avec un héritage à assumer. Dans la continuité donc, mais avec du neuf. Celle qui adhérait au Modem, mais qui n’a pour le moment pas renouvelé son adhésion – le Modem soutient la candidature de Dino Cinieri – mènera donc une liste sans étiquette, « Cœur stéphanois ».
La liste « Cœur Stéphanois »
Pour y parvenir, elle s’est entourée de 59 colistiers d’une moyenne d’âge de 44 ans, dont certains sont des visages connus de la politique stéphanoise, également issus de la majorité sortante (Charles Dallara, Anne-Sophie Riou, Diarra Kane, Thierry Nitcheu, Brigitte Masson, Cyrine Makhlouf, Fanny Rivey, Frédéric Durand, Catherine Grousson, et Gabriel De Almeida). « Tous les âges, et de nombreuses professions sont représentées, autant dans le domaine de l’entreprise que celui du commerce, de l’enseignement comme du juridique, ou de la santé, des étudiants et des retraités aussi. Ce recrutement a été fait sur deux aspects : le premier, qui était indiscutable, ce sont les valeurs humaines. Que ce soient des personnes bienveillantes, à l’écoute, sincères, patientes, en capacité d’entendre les préoccupations des habitants. Je considère que pour être élu il faut des facultés humaines importantes, et savoir faire preuve en parallèle d’un certain recul. Et ensuite, j’ai observé les compétences des uns et des autres pour que cette liste soit la plus variée possible ». Si la liste remporte la mairie, Siham Labich ne fait pas de mystère sur le sujet, elle sera aussi candidate à la Métropole.
Voici des éléments programmatiques de « Cœur stéphanois ». Sans fournir une évaluation financière (fonctionnement / investissement), elle assure faire des propositions qui empêcheront l’augmentation des impôts des Stéphanois.
Ecoles
De par sa profession de directrice d’école, l’éducation est le sujet de prédilection de Siham Labich. Elle projette de lancer une vaste campagne de rénovation des écoles stéphanoises, avec un budget qu’elle estime à 50 millions d’euros. « Depuis pratiquement six ans, l’enveloppe totale d’investissements était comprise entre 50 et 60 millions d’euros. Si on fait la moyenne sur sept ans, cela fait entre 350 et 420 millions d’euros d’investissements sur ce mandat. Donc budgéter 50 millions d’euros pour les écoles c’est faisable, sans augmenter les impôts ou avoir recours à l’emprunt ». La tête de liste y adjoint également les maisons de quartier, les centres de loisirs, et les structures d’éducation populaire.
« Je considère qu’on apprend au-delà des murs de l’école et que nous avons aussi besoin d’avoir des équipements dignes de ce nom pour accueillir les enfants, les familles, les personnes âgées, les seniors, dans de bonnes conditions et que les salariés puissent aussi avoir un outil de travail confortable. Les chantiers prioritaires seront ceux qui ont été engagés à la fin de ce mandat, donc l’école de Centre Deux et celle de Jacquard ». Elle entend également poursuivre la construction en cours de l’école du Soleil, de la Cité du Design. La liste Cœur stéphanois souhaite aussi lancer la rénovation du boulodrome de l’Amicale laïque de Beaulieu, de l’Amicale laïque de Michelet, et de Côte-Chaude. Pour répondre aux enjeux énergétiques, la candidate estime que l’enveloppe devra être plus élevée qu’aujourd’hui, de l’ordre de 25 %.
Equipements sportifs
« La patinoire fait partie du programme et nous la ferons. Peut-être pas de l’envergure de celle qui avait été posée sur la table, mais il faudra de toute façon relancer un marché puisque le précédent n’est plus valable sur décision de la métropole. Donc pour ma part, je m’engage à la faire, toujours sur le secteur du soleil, certainement sur le même site, mais avec un budget bien moins conséquent puisque c’était pratiquement 20 millions d’euros. Celle qui sera proposée n’aura pas trois espaces pour accueillir des événements, mais sera davantage dédiée à la pratique de loisirs, aux scolaires, au club de patinage artistique et pourquoi pas recevoir aussi une nouvelle équipe de hockey sur glace ». La candidate a en tête un budget de moins de 10 millions d’euros.
Elle proposera également la rénovation des gymnases qu’elle considère comme étant dans un état catastrophique, et la poursuite de l’amélioration des piscines municipales, ainsi que leur ouverture en été. Pour cela, elle entend travailler à trouver des maîtres-nageurs sur cette période. Elle estime qu’il s’agit ici d’un moyen de proposer ce loisir aux familles qui ne peuvent pas partir en vacances, mais aussi de lutter contre les périodes de canicule, notamment lorsque la baignade n’est pas autorisée à Saint-Victor-sur-Loire.
Sécurité
Le discours de Siham Labich en la matière se démarque de ses adversaires. « Nous n’avons pas une ville insécure, c’est un baromètre à l’échelle nationale qui le dit. En revanche, je ferais en sorte de lutter contre le sentiment d’insécurité légitime des Stéphanois ». Alors comment la tête de liste explique-t-elle ce sentiment ? « En fait sur le terrain, c’est toujours la même phrase qui revient, c’est-à-dire de ne pas voir la police, à pied. Et cela met les habitants dans une situation d’insécurité, parfois sur des comportements qu’on peut voir sur la place publique et qui pourraient angoisser. Mais le simple fait d’avoir une police présente, à pied, cela ferait beaucoup ». La candidate constate en revanche une hausse des vols à l’arraché, comme le mettent en avant les chiffres de la Préfecture. « Cela existe, les chiffres sont probants. Mais pour le reste, on ne fait pas partie des villes avec un taux de criminalité important comme d’autres où l’on assiste à des règlements de compte. Je pense à Grenoble, à Marseille notamment. Ça ne veut pas dire que l’on n’a pas des poches d’insécurité, mais que l’on est sur une ville où il est encore agréable de se promener, assez apaisée, dans laquelle la présence sur le terrain doit en revanche être renforcée ». Elle propose aussi d’étendre le réseau de caméras de vidéoprotection, afin de permettre davantage de réactivité et donc d’efficacité des agents de la police municipale.
Selon Siham Labich, lutter contre le sentiment d’insécurité passe aussi par l’éclairage des rues. La municipalité actuelle avait choisi d’éteindre les lampadaires après une certaine heure, puis avait finalement rétropédalée après que plusieurs commerçants soient montés au créneau sur le sujet – ainsi que sur celui du stationnement. « Des études ont montré que ce n’était pas parce que les rues n’étaient pas éclairées que les agressions augmentaient. En revanche, le sentiment d’insécurité est réel, et notamment chez les femmes. Moi-même, je l’ai expérimenté. L’écologie oui, mais pas punitive. Eteindre, cela prive de liberté. A cause de ça, beaucoup de femmes se font raccompagner ou même ne sortent pas après une certaine heure ». Pour pouvoir lier économies d’énergie et sécurité, Siham Labich souhaite aussi poursuivre le remplacement engagé de l’ensemble de l’éclairage de la ville par des LED.

Budget
Comme expliqué en introduction, les cent premiers jours à la mairie de la liste Cœur stéphanois se concentreront sur les possibilités de réaliser des économies, en interne, sur les frais de fonctionnement. Siham Labich cite en exemple le budget alloué à la communication, sans pour autant remettre en question l’utilité du service. « On doit bien évidemment communiquer pour que les habitants soient au courant de ce qu’il se passe à Saint-Etienne. On doit communiquer à l’échelle nationale et internationale pour garantir le rayonnement et l’attractivité de notre ville. Mais, je considère qu’aujourd’hui, on a des outils qui nous permettent peut-être de faire les choses à moindre coût, par rapport à ce que peuvent être les coûts d’aujourd’hui ». En revanche, elle assure qu’aucune économie ne sera réalisée sur ce qui impacte le service public rendu à la population comme la propreté, ou la sécurité. Siham Labich prône davantage d’optimisation et de rationalisation des dépenses.
Concernant le volet « recettes », elle projette de s’appuyer sur les biens que possède la municipalité. « Saint-Etienne a la particularité d’avoir un patrimoine bâtimentaire important, vide, et qui coûte à la ville en matière d’entretien, voire de chauffage. Si nous les vendons demain, cela fera entrer de l’argent. Dans ces cent premiers jours, nous proposons une stratégie de mise en vente de locaux aux entreprises. Nous n’avons pas besoin de tous ces mètres carrés ».
Si Siham Labich ne dénigre pas le bilan de la municipalité précédente, elle entend pour autant repartir d’une page blanche, notamment en ce qui concerne l’image de Saint-Etienne. Elle estime qu’on ne sollicite pas suffisamment les leviers de financement que peuvent être ceux comme le Feder, de la Région, ou encore de l’Europe et entend aller chercher ces financements partout où ils se trouvent. « Administrativement parlant les dossiers à remplir pour ces fonds sont lourds. Je ferais donc en sorte d’avoir une personne référente dans les services, qui s’occupe uniquement d’aller chercher ces financements auprès des fondations, de l’Europe, de l’Etat, de la Région, de l’Ademe, de tous les organismes qui ont des enveloppes budgétaires qui permettent de soutenir les projets exemplaires des collectivités ».
Urbanisme/ commerce
Comme beaucoup de ses adversaires sur ces municipales, Siham Labich considère qu’avoir une friche comme la Charité en plein centre de Saint-Etienne est une opportunité, dont il faut se saisir. Elle souhaite que le site devienne un levier d’attractivité économique, avec du flux, ce qui profiterait aux commerces. Elle y voit une opportunité pour la Ville de faire entrer des recettes via les taxes payées par les entreprises qui pourraient s’y implanter. « Par ricochet, cela peut contribuer à améliorer les alentours, à rehausser la valeur des loyers, et transformer peut-être aussi la rue Antoine Durafour. Pourquoi ne pas dupliquer ce qui a été fait sur la friche Monthieu par exemple ? Ce que je souhaite aussi sur ce site, c’est d’augmenter les capacités hôtelières de Saint-Etienne. Ce serait rendre notre ville encore plus attractive ».
L’élue explique que Saint-Etienne ne peut pas recevoir certains salons, en raison de sa trop faible capacité hôtelière. Elle cite pour exemple le salon Equita, ou encore le Congrès HLM organisé par l’Union sociale pour l’habitat. « Pour ce dernier, ce sont 20 000 visiteurs en quatre jours, des personnes qui consomment sur place. Nous avons proposé de l’accueillir, cela a été étudié par le Conseil d’administration qui nous a dit non parce que Saint-Etienne n’a pas la capacité hôtelière suffisante. On pourrait imaginer organiser ces salons au Zénith, mais il faut pouvoir loger les gens. Le site de la Charité fait plus de 30 000 mètres carrés, il y a de quoi faire ». Elle souhaite pour autant préserver certaines spécificités patrimoniales du site comme la chapelle, mais aussi que l’Anef puisse rester sur place.
Souvent critiqué pour sa complexité, Siham Labich est la seule candidate à vouloir revoir le plan de circulation de la ville, en concertation avec les Stéphanois. « Il va falloir qu’on réfléchisse, pour avoir un centre-ville apaisé, où voitures, bus, vélos, piétons, puissent circuler en toute sécurité. Je ne crois pas au tout piéton. Et tous ces détours cela crée plus de pollution au final. Je veux étudier la possibilité du retour des terminus des bus place Dorian. Désormais il y a des bus qui arrivent partout, avec des ruptures de charge. Ce que les gens attendent ce n’est pas la gratuité des transports. C’est de la facilité, de la rapidité, de la praticité ». En parallèle, elle veut aussi augmenter la capacité de stationnement en centre-ville.
De plus, l’élue entend s’appuyer sur le droit de préemption pour atteindre un objectif sans vitrine vide.
Santé
Siham Labich prévient : c’est avant toute chose aux députés de s’emparer du sujet, et de mettre en place un système de vœux pour les médecins, comme cela existe déjà chez les enseignants, afin de pouvoir avoir un équilibre des territoires. « En attendant qu’il y ait une vraie politique volontariste de leur part, nous proposons de mettre en place des centres médicaux municipaux, qui faciliteraient l’installation de médecins dans des bâtiments de la Ville ».
Logement
La candidate pointe la hausse du nombre de familles recomposées, à Saint-Etienne comme ailleurs. Elle explique qu’en vingt ans, la structure familiale des élèves a profondément évolué et que la majorité d’entre eux ne vivent plus avec leurs deux parents sous le même toit. Cette évolution pose des difficultés concrètes en matière de logement. Les familles recomposées ont besoin de logements plus grands (T4, T5), peu disponibles à Saint-Étienne, où dominent les T2 et T3. Pour elle, il est essentiel de répondre à cette offre, afin de conserver du pouvoir d’achat dans Saint-Etienne. L’objectif proposé est double : garantir la dignité des familles en développant des logements adaptés, et maintenir une mixité sociale permettant de dynamiser l’économie locale. Elle ajoute qu’une attention particulière doit également être portée aux familles ayant des enfants en situation de handicap, qui ont besoin de logements spécifiquement aménagés et prioritaires.