En conférence de presse, l’entraîneur de l’attaque tricolore Patrick Arlettaz fut pour le moins inspiré : il a parlé de la folie populaire autour du XV de France, de la place d’Antoine Dupont au sein de l’attaque tricolore, des progrès à réaliser dans le jeu aérien et de la paire de centres écossaise, qu’il considère comme l’une des meilleures au monde.

Pouvez-vous nous donner des nouvelles de l’effectif tricolore ? Comment vont Matthieu Jalibert, Nicolas Depoortere et Yoram Moefana ?

Ils vont tous les trois très bien. Ils ont participé à l’entraînement. Je ne peux pas vous dire mieux. […] Après la coupure, nous avons globalement retrouvé des joueurs frais et enthousiastes. L’énergie, c’est important dans notre sport.

Face à l’Italie, le style de jeu de votre équipe fut différent des sorties face à l’Irlande ou le pays de Galles. Pourquoi ?

On l’avait prévu, même si nous aurions aimé une structure de match plus aboutie. On n’a pas été surpris par l’agressivité et l’intensité qu’ont mis les Italiens. On a bien répondu là-dessus mais sur cinq ou six coups, on aurait pu faire mieux. Mais je ne ferai pas la fine bouche : gagner 33-8 contre cette équipe d’Italie, ça va, c’est bien.

Quelle impression les Écossais vous font-ils, depuis le début du Tournoi ? Est-ce le match le plus dur de la compétition ?

Le plus dur, je vous le dirai samedi soir. Les Écossais ont réalisé plusieurs matchs aboutis, notamment contre l’Angleterre. On s’attend donc à un match très difficile face à une équipe encore en capacité de remporter le Tournoi.

Y a-t-il des pièges à éviter dans la préparation de ce match contre l’Ecosse ?

Le piège, c’est la petite musique lancinante disant : « Comment ne pourraient-ils pas gagner le Tournoi ? » Mais on a des joueurs qui connaissent ce genre de musique et qui savent que l’Ecosse est capable de nous battre. Il n’y a donc pas de piège particulier.

On fait ça au pif. On met les noms dans un chapeau

Le trophée a brûlé, l’avez-vous vu ?

Oui. Mais le trophée, on ne le garde pas chez nous, hein… Ils vont vite le remplacer, je pense. Moi, de toute façon, je ne suis pas très attaché aux marques. Une réplique m’irait bien.

Anthony Jelonch nous semble un moins gros porteur de balles que Gregory Alldritt. Il est aussi moins présent dans le troisième rideau. Êtes-vous d’accord ?

Un numéro 8 au fond du terrain, c’est désormais très rare. On est aujourd’hui dans des systèmes où treize joueurs sont sur la ligne et deux en troisième rideau, l’arrière et l’ouvreur en général. Pas un gros-porteur de balles, Antho ? Je n’en suis pas certain, quand même… Anthony, c’est un joueur dur, qui casse des plaquages et nous met dans l’avancée.

Comment allez-vous choisir vos centres ? Les retours des Bordelais Moefana et Depoortere changent la donne. Sur quels critères allez-vous vous baser ?

On fait ça au pif. On met les noms dans un chapeau, on prend une main innocente et on en tire deux ou trois. Je plaisante, hein… Chacun des coachs donne son avis et à la fin, c’est Fabien Galthié qui tranche. […] C’est comme ça… Les joueurs de rugby, c’est comme les champignons… Un jour, vous n’en trouvez pas et le lendemain, il en pousse même sous votre lit. Des fois même sur les pieds, ce qui est plus désagréable ! (Rires) Rassurez-vous : samedi, il y aura deux bons trois-quarts centre à Murrayfield face à une paire écossaise qui est actuellement une référence mondiale, Sione Tuipulotu et Huw Jones, ça a de la gueule.

Quel regard portez-vous sur Finn Russell, le maître à jouer écossais ?

Tout a été écrit sur Russell. Il mérite tous ses superlatifs. C’est un magnifique joueur au centre de l’animation écossaise. Les Écossais sont les plus Latins des Anglo-Saxons. Ils n’ont pas un jeu stéréotypé, ce qui les rend d’autant plus dangereux. Regardez leur match au pays de Galles : ils jouent un coup d’envoi rapidement, ce qui ne se fait quasiment jamais, et font basculer la rencontre de cette façon.

Êtes-vous satisfait de la réponse de vos joueurs dans le jeu aérien, depuis le début du Tournoi ?

Oui, je suis satisfait. Nous sommes à 80 % de gains de ballons contre l’Irlande, 75 % contre Galles et 68 % contre l’Italie. Ce sont des scores satisfaisants. En revanche, il y a eu beaucoup trop de claquettes contre l’Italie. Les claquettes, j’aime ça à la plage, pas au rugby.

Quelle est la place d’Antoine Dupont dans ce système offensif, maintenant que vous jouez avec deux ouvreurs, à savoir Thomas Ramos et Matthieu Jalibert ?

Antoine, il ne nous sert à rien… À que dalle ! On est même très emmerdés, il est en plein milieu des deux (Ramos et Jalibert)… Plus sérieusement, il a évidemment un rôle majeur. Contre l’Italie, beaucoup ont vu son numéro de virtuose dans le côté fermé, raffut, crochet, accélération… Moi, j’ai aimé tout le reste : il a été précieux au pied, a été le meilleur défenseur du match… Antoine, c’est le meilleur du monde dans le jeu au pied. C’est aussi le meilleur du monde dans le tempo. Je lui cherche encore une faiblesse.

Il y avait 10 000 supporters français à Cardiff. On en attend 15 000 à Édimbourg ce week-end. Est-ce grisant ou cette folie populaire vous met-elle davantage de pression sur les épaules ?

C’est grisant, enthousiasmant. Je viens d’un endroit de France (Perpignan) où on se déplace beaucoup, je vis donc ça très bien et ce n’est nullement une pression supplémentaire. Au pays de Galles, c’était presque surréaliste d’avoir cette réponse de la part des tribunes alors que nous étions sur le terrain des Gallois. Nos supporters sont fiers et ont plaisir à faire leur match avec les fans des autres équipes. Ça fait partie du charme du rugby et ça augmente notre envie de bien faire. Plus qu’une pression, c’est une responsabilité.