À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars
2026, la fiscalité locale est devenue l’un des sujets
centraux du débat politique parisien. Depuis plusieurs années, la
taxe foncière a connu une progression marquée dans certaines
grandes villes françaises. Selon une analyse relayée par plusieurs
médias à partir de données de l’Institut Montaigne, la hausse a été
particulièrement forte là où les finances locales se sont
dégradées. Paris figure parmi les villes les plus concernées, avec
une augmentation d’environ 52 % sur la dernière mandature, aux
côtés de Marseille (+23 %) ou encore Nantes et Bordeaux. Dans ce
contexte, la fiscalité immobilière est devenue un marqueur
politique fort pour les candidats à la mairie de la capitale,
chacun proposant une stratégie différente pour financer les
politiques publiques tout en répondant aux préoccupations des
propriétaires.
Baisser la taxe foncière : les propositions de la droite et du
centre
Plusieurs candidats
positionnés à droite ou au centre font de la
baisse de la taxe
foncière un axe majeur de leur programme. La candidate
Sarah Knafo
(Reconquête) propose ainsi une mesure radicale :
diviser par deux la taxe
foncière parisienne. Pour compenser cette perte de
recettes pour la Ville, elle avance un plan d’économies d’environ
10 milliards d’euros sur
dix ans, incluant notamment des réductions de dépenses
municipales et des cessions d’actifs publics, comme une partie du parc
social.
Dans le camp de
Rachida Dati,
soutenue notamment par des élus de la droite et du centre, la
stratégie est plus progressive. Son entourage évoque
une baisse d’environ 20 %
sur cinq ans, accompagnée de dispositifs ciblés. L’idée
serait notamment d’accorder des
exonérations pour certains logements rénovés, en
particulier ceux qui sortent des classes énergétiques les plus
mauvaises (F ou G). De son côté, le candidat Pierre-Yves Bournazel (Horizons et
Renaissance) met davantage l’accent sur la gestion des
finances municipales et la politique du logement. Parmi ses
propositions figure notamment la fusion de plusieurs organismes HLM
parisiens, afin de générer des économies estimées à
540 millions
d’euros, dans l’objectif de dégager des marges budgétaires
pour la ville.
Maintenir ou augmenter la taxe pour financer l’investissement
public
À gauche, les
positions sont sensiblement différentes. Certains candidats
estiment qu’une baisse massive de
la taxe foncière serait incompatible avec les besoins
d’investissement de la capitale. La députée Sophia Chikirou (La France
insoumise) assume ainsi une ligne inverse :
augmenter la taxe
foncière pour financer un programme social et écologique
plus ambitieux. Elle propose notamment de relever le taux de
20,5 à 23
points, ce qui permettrait d’augmenter les ressources de
la Ville. Son projet prévoit également une hausse du budget
municipal afin de porter les investissements annuels de 1,6 milliard à 2,4 milliards
d’euros. Une part importante de ces dépenses serait
consacrée au logement, avec la création annoncée de
80 000 logements publics
supplémentaires. La candidate souhaite aussi renforcer les
moyens de contrôle de l’encadrement des loyers, en
triplant les effectifs
dédiés, afin de lutter contre les dépassements constatés
sur le marché locatif.
Dans le camp de la gauche non
insoumise, Emmanuel
Grégoire défend également une politique de logement
ambitieuse, avec l’objectif de construire 60 000 logements publics, tout en
maintenant les ressources fiscales nécessaires au financement des
politiques municipales. Le programme de Thierry Mariani
(RN) prévoit, lui, une baisse de 20 % de la taxe
foncière. Selon les estimations avancées par le candidat,
cette mesure représenterait une économie d’environ 205 € pour un
studio, 574 € pour un appartement de 70 m² et 820 € pour un
quatre-pièces.
Taxe
foncière : une équation budgétaire complexe pour la capitale
Au-delà des divergences
idéologiques, la question de
la taxe foncière s’inscrit dans un contexte financier délicat
pour la capitale. La dette de la Ville de Paris est aujourd’hui
estimée entre 9 et 12 milliards d’euros, ce qui
limite les marges de manœuvre budgétaires. Dans ce contexte, toute
baisse importante de la fiscalité locale impliquerait soit des
économies significatives, soit des cessions d’actifs municipaux. À
l’inverse, une hausse de la taxe foncière pourrait
permettre d’augmenter les investissements publics, mais au prix
d’un effort supplémentaire demandé aux
propriétaires. À quelques jours du scrutin, la taxe foncière
apparaît donc comme l’un des principaux marqueurs de la campagne
municipale parisienne, opposant deux visions très différentes de la
gestion financière de la capitale.
EN BREF
- Les élections municipales de Paris se tiendront les 15 et
22 mars 2026, avec la fiscalité locale, notamment la taxe foncière,
au cœur des débats. - Sarah Knafo propose de réduire de moitié la taxe
foncière, tandis que Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel optent
pour des baisses progressives et des économies. - La taxe foncière, enjeu majeur des municipales, oppose
des stratégies divergentes entre baisse pour soulager les
propriétaires et hausse pour financer l »investissement
public.