Une zone humide de près de 700 hectares au nord de Nantes vient d’être achetée par deux organismes majeurs de la protection de la nature et de l’environnement. Le 24 février 2026, le WWF France (fonds mondial pour la nature) et la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) ont signé devant notaire l’acquisition de 659 hectares dans les Marais de Mazerolles, un site stratégique pour l’eau, la biodiversité et les territoires, se félicitent les deux associations.

Situés dans la Vallée de l’Erdre, au cœur d’une zone Natura 2000, les marais sont en partie séparés de la rivière par une digue de 6 kilomètres de long. C’est l’une de ses particularités : le site compte d’une part un marais endigué de 592 hectares et d’autre part un marais sauvage de 66 hectares dont la gestion sera confiée à la Fondation des espaces naturels de France. Nous avons fait une proposition complète, note Jean Rousselot, responsable des projets eaux douces au WWF France.

La transaction s’est faite sous couvert de la Safer, société spécialisée dans la vente des biens fonciers ruraux, et elle a été rendue possible grâce au soutien financier de l’État, via le Fonds vert et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Ni le WWF ni la LPO n’ont souhaité communiquer le coût de cette opération. Mais selon nos informations, il s’élève à 3,20 M€, soit au-dessus de ce que demandaient les vendeurs, un regroupement familial de plusieurs propriétaires.

C’est un site très riche en termes de biodiversité. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN
Voir en plein écran


C’est un site très riche en termes de biodiversité. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN

« Nous allons travailler avec tous les acteurs locaux »

C’est un site très riche en termes de biodiversité avec la présence d’une avifaune importante et un couloir de migration, explique Jean Rousselot. On est sur des enjeux extrêmement forts, appuie Cédric Marteau, délégué général de la LPO en charge de la protection de la nature. «Nous allons travailler avec tous les acteurs locaux pour la gestion de l’eau et la biodiversité et voir, à terme, les mesures de protection à mettre en place », poursuit le représentant du WWF France. Pour La LPO, les enjeux sont triples : La qualité de l’eau avec la présence d’une station de pompage au cœur des marais ; la question du carbone et la gestion des niveaux d’eau pour arrêter la dégradation de la tourbe ; et la biodiversité pour transformer, de façon naturelle, Mazerolles en cœur de nature pour les oiseaux, comme le butor étoilé, égrène Cédric Marteau. L’idée est d’en faire un véritable territoire d’accueil. La façade Atlantique est une zone de migration très importante. Mais avec le retrait du trait de côte, on peut imaginer que les oiseaux migrateurs entrent un peu plus dans les terres. On veut leur offrir des haltes pour qu’ils puissent se reposer et se nourrir.

La base nautique de Mazerolles se situe dans un écrin de verdure, classé Natura 2000. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN
Voir en plein écran


La base nautique de Mazerolles se situe dans un écrin de verdure, classé Natura 2000. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN

« On va regarder à quoi sert le marais endigué »

La réflexion porte également sur l’utilité du marais endigué. On va regarder à quoi sert le marais en termes de stockage d’eau, comment il protège l’alimentation au nord de Nantes, quelle quantité est reversée en été dans l’Erdre. C’est un projet de territoire et il va falloir faire de la concertation avec tous les acteurs. À terme, les acheteurs voudraient ouvrir le site au public et mettre en place un observatoire. Et à l’avenir, ils ne s’interdisent pas non plus d’acheter l’ensemble du marais endigué. Mais ils le savent : cela prendra du temps pour faire de Mazerolles une vitrine, comme la Camargue ou le Marais poitevin. C’est un investissement lourd mais on ne le voit pas comme une dépense.

L’ambition est également de remettre le marais en prairie. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN
Voir en plein écran


L’ambition est également de remettre le marais en prairie. | PHOTO ARCHIVES PRESSE OCÉAN

Remettre le marais en prairie

L’ambition est également de remettre le marais en prairie, la prolifération de la jussie, une plante exotique envahissante, empêchant à ce jour toute activité agricole. Le déracinement ne marche pas. Il faut donc trouver une méthode pérenne ou une acceptation en limitant sa prolifération. Il faut inventer un nouveau modèle. On sait que si on met des veaux très tôt face à la jussie ils la mangent… Autre espèce envahissante problématique : l’écrevisse de Louisiane en compétition avec les batraciens et les écrevisses à pattes blanches qui sont en très grand danger.

La solution passe peut être par la création d’une filière de l’écrevisse américaine pêchée actuellement par un pêcheur professionnel avec lequel des discussions sont engagées et se poursuivront sur le cas de l’anguille, en grand danger d’extinction au niveau mondial. On a perdu 90 % des stocks sur les 30 dernières années… On est le dernier pays à pêcher la civelle… Les pêcheurs de loisirs demandent un moratoire, à condition que les professionnels ne pêchent plus les civelles… »

«Dans le marais, les anguilles n’ont pas de reproduction spontanée. Je mets des anguillettes. Et comme elles se nourrissent d’écrevisses, je participe à la lutte biologique contre cette espèce invasive, assure Didier Macé, le seul pêcheur professionnel officiant à Mazerolles.