Jugé pour complicité de trafic de drogue, le commissaire divisionnaire s’est exprimé pour la première fois aujourd’hui.

La découverte de sept tonnes de cannabis en plein Paris, qui avait éclaboussé en 2015 l’Office des «stups», a représenté une «cassure profonde» pour son ex-patron François Thierry, jugé pour complicité de trafic de drogue et qui assure avoir «tourné la page» des enquêtes judiciaires. Au deuxième jour d’audience devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, il s’est exprimé pour la première fois, évoquant sa personnalité et son parcours.

L’ancien patron de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) est poursuivi avec son principal informateur de l’époque, le trafiquant Sophiane Hambli, soupçonné d’avoir commandité l’acheminement de la drogue retrouvée en octobre 2015 dans des fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans à Paris.


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«Exelmans est une cassure, une rupture profonde, qui va m’amener à quitter l’Office des stups», a relaté François Thierry, costume sombre, cravate grise et écharpe sur les épaules. Son habilitation d’officier de police judiciaire a été suspendue de 2017 à 2019. «Je n’ai pas d’activité judiciaire, je n’en aurai plus jamais (…) Cette page est tournée», a ajouté le policier de 57 ans, qui dirige aujourd’hui le service de la transformation numérique de la police nationale, chargé de la cybersécurité.

Jusqu’à 2015, le commissaire suivait une trajectoire ascendante: PJ de Nantes en 1994, Pointe-à-Pitre en 1997 où il se frotte aux méthodes d’infiltration du FBI et de l’office américain antidrogue (DEA), puis en 2006 le Service interministériel d’assistance technique, où il chapeaute le Bureau central des sources. «Je suis à l’origine de la première version de la charte de gestion des informateurs, afin de coucher sur le papier des recommandations pratiques nées de l’expérience», a plaidé le prévenu.

Opérations Myrmidon

L’accusation lui reproche d’avoir franchi les «limites» dans sa relation avec Sophiane Hambli. Ce policier charismatique prend ensuite la tête de l’Ocrtis, misant sur l’infiltration des filières grâce à son informateur, quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire pour se servir de «livraisons surveillées» afin d’appréhender les têtes de réseau. Les saisies réalisées, importantes, valident son action.

«J’étais au faîte des opérations Myrmidon en 2014. Les années 2013 et 2014 ont donné lieu à beaucoup de satisfecit, de lettres de félicitations du parquet de Paris et j’ai été fait chevalier de l’Ordre du mérite», rappelle-t-il, se disant désormais «figé professionnellement». «Mes perspectives, je n’en ai pas beaucoup. L’avancement est bloqué, je le dis sans acrimonie», concède-t-il. Le procès doit s’achever le 31 mars.