De nouvelles molécules et de grandes attentes pour les patients confrontés à l’obésité. Ozempic, Wegovy, Mounjaro… Apparus il y a une dizaine d’années, ces médicaments ont d’abord fait leurs preuves pour traiter le diabète et, depuis peu, pour favoriser la perte de poids. Avec des résultats parfois spectaculaires, qui ont fait l’objet de milliers de vidéos sur les réseaux sociaux. Outre-Atlantique, des stars comme Kim Kardashian, la présentatrice Oprah Winfrey ou encore le chanteur Robbie Williams ont admis publiquement avoir utilisé l’Ozempic pour maigrir. Quels sont ces traitements ? A quoi doivent-ils servir ? Sont-ils vraiment efficaces ? A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’obésité, mercredi 4 mars, franceinfo répond à sept questions sur ces remèdes présentés comme « miracles » par les influenceurs.
1 Quel médicament pour quelle maladie ?
Ces nouvelles molécules permettent de traiter le diabète de type 2 et/ou l’obésité, deux pathologies qui touchent des millions de personnes. Le diabète de type 2, le plus fréquemment diagnostiqué avec plus de 4,3 millions de Français concernés, se manifeste par une production insuffisante ou une résistance à l’insuline, une hormone qui régule le taux de sucre dans le sang. L’obésité est une maladie chronique « résultant d’interactions complexes entre la génétique, la neurobiologie, les comportements alimentaires, l’accès à une alimentation saine, les forces du marché et l’environnement », selon l’Organisation mondiale de la santé. En France, 18,1% des adultes, soit près de 10 millions de personnes, selon la Ligue contre l’obésité, étaient dans cette situation en 2024.
L’Ozempic est le nom commercial du sémaglutide, une molécule analogue au GLP-1 (pour glucagon-like peptide 1), qui est l’une des hormones de la satiété. Il est produit par le laboratoire danois Novo Nordisk. Ce médicament est le plus connu du grand public. En France, il est uniquement prescrit pour les patients atteints de diabète de type 2. Produit par la même entreprise, le Wegovy, un autre nom commercial pour le sémaglutide, est spécifiquement indiqué dans le traitement de l’obésité. Enfin, le Mounjaro, élaboré par le laboratoire américain Eli Lilly, est le nom commercial d’une autre molécule, le tirzépatide. Il peut être prescrit à la fois pour traiter le diabète de type 2, chez les personnes dont les traitements actuels n’arrivent pas à stabiliser la maladie, et l’obésité.
En France, les sociétés savantes spécialistes de l’obésité rappellent que « les traitements médicamenteux de l’obésité peuvent constituer une option thérapeutique efficace », mais seulement « en complément des mesures diététiques, comportementales, en activité physique et soutien psychologique si nécessaire ». Ils ne doivent être prescrits qu’à « des patients ayant déjà bénéficié d’une prise en charge nutritionnelle, comportementale (incluant la qualité du sommeil et la gestion du stress) et en activité physique (…) sur une durée de six mois, et n’ayant pas atteint leurs objectifs personnalisés ».
2 Comment agissent ces médicaments ?
Ces molécules sont vendues sous forme de stylo au bout duquel se trouve une petite aiguille, pour une injection hebdomadaire. Elles agissent sur la sensation de faim et la satiété en reproduisant l’action de l’hormone GLP-1, présente dans l’intestin. Elles permettent également de réguler le taux de sucre dans le sang.
La différence entre l’Ozempic et le Wegovy réside principalement dans leur dosage, avec 1 mg par semaine pour le premier, contre 2,4 mg par semaine pour le second. Le tirzépatide (Mounjaro), lui, imite l’action du GLP-1, mais aussi du GIP (pour polypeptide insulinotrope glucosé), une autre hormone intestinale qui stimule la production d’insuline et régule l’appétit.
3 Ces molécules sont-elles efficaces ?
Selon une étude publiée dans The New England Journal of Medicine en novembre 2023, le sémaglutide permet de réduire d’en moyenne 15% le poids des patients. Les auteurs de cette étude ont aussi noté que cette molécule réduit le risque d’événements cardiovasculaires indésirables majeurs, comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral (AVC).
« L’efficacité sur le poids, que ce soit pour le sémaglutide ou pour le tirzépatide, est absolument indiscutable », observe Jean-Michel Oppert, chef du service nutrition de la Pitié Salpêtrière, à Paris. « Pour le tirzépatide, on arrive même à une perte de 20% de la masse corporelle initiale au bout de six mois à un an. » Dans une autre publication de cette revue scientifique de référence datée de mai 2025, les chercheurs ont confirmé que les patients traités par tirzépatide perdaient plus de poids que ceux traités par sémaglutide.
4 Pourquoi ces traitements suscitent-ils autant d’espoir ?
Les résultats de ces traitements sont « très intéressants, estime Jean-Michel Oppert, car ils sont de l’ordre de grandeur de ce qu’on peut observer après de la chirurgie bariatrique », que ce soit pour une sleeve (retrait d’une partie de l’estomac) ou un bypass (diminution du volume de l’estomac et court-circuit d’une partie de l’intestin). Or ces méthodes sont beaucoup plus invasives que les médicaments, car elles nécessitent une opération chirurgicale et un suivi médical poussé, souligne la Haute Autorité de santé (HAS).
En outre, ces molécules nouvelle génération présentent moins d’effets secondaires indésirables. « Les médicament antérieurs entraînaient des pertes de poids bien moindres, de l’ordre au maximum de 6-8% de la masse corporelle. Ils se sont aussi tous révélés avoir des effets indésirables qui ont amené à leur retrait du marché », rappelle Jean-Michel Oppert.
5 Quels sont les effets indésirables ?
Malgré ces résultats encourageants, ces médicaments ne sont pas dépourvus d’effets indésirables. Le plus souvent, il s’agit de troubles gastro-intestinaux, comme des nausées, des vomissements, de la constipation ou de la diarrhée. Il existe aussi des risques de pancréatite, une inflammation du pancréas pouvant mettre en jeu le pronostic vital du malade. Par ailleurs, d’autres effets indésirables graves sont en cours d’étude, précise l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ainsi, les chercheurs examinent des cas d’occlusion intestinale et de gastroparésie (paralysie de l’estomac qui entraîne un retard de sa vidange).
Le gendarme du médicament souligne que ces effets indésirables se retrouvent aussi en cas d’usages détournés de ces médicaments. Au total, l’ANSM a comptabilisé « 36 cas d’effets indésirables liés à un mésusage pour perdre du poids, dont 25 cas graves ». Parmi ces cas, la « majorité » concerne « des médicaments obtenus en dehors du circuit médical (par un proche, à l’étranger ou sur internet) ».
Des carences nutritionnelles « importantes » ont aussi été observées par l’ANSM, notamment une insuffisance en fer (à l’origine de l’anémie) et un « déficit sévère en vitamine B1 » pouvant provoquer « une atteinte neurologique ». L’agence relève également « une perte de masse musculaire potentiellement plus conséquente que lors d’un régime traditionnel ».
6 Leurs bénéfices sont-ils durables ?
Dans une étude parue début janvier, le British Medical Journal montre qu’en moyenne, les personnes retrouvent leur poids initial 19 mois après leur dernière injection. La prise de poids est par ailleurs « plus rapide » qu’après l’interruption d’un régime et d’un programme d’activité physique, notent les auteurs de l’étude. Enfin, au-delà de la perte de poids, les bénéfices observés sur le taux de glucose, le cholestérol ou la pression artérielle, notamment, s’évaporent dans les 16 mois suivant l’arrêt des médicaments.
Ces molécules agissent par « un effet de freinage, donc mécaniquement, quand vous les arrêtez, vous reprenez du poids », explique Jean-Michel Oppert. « Ce n’est pas l’aspirine de l’obésité », renchérit la professeure Karine Clément, qui dirige une unité de recherche sur l’obésité à l’Inserm. « Comme pour le diabète, ces médicaments sont une aide, mais ils ne permettent pas de guérir de la maladie. » Comme les diabétiques, les patients obèses devront-ils donc suivre un traitement à vie ? « C’est un vrai problème parce qu’on n’a pas le recul nécessaire pour savoir ce qu’il se passe après cinq ou sept ans de traitement, contrairement à la chirurgie bariatrique, où nous avons un recul à plus de vingt ans », déplore Jean-Michel Oppert. Une question bien identifiée par les autorités sanitaires, puisqu’en 2024, l’ANSM préconisait de poursuivre « la surveillance d’effets indésirables à long terme, actuellement non connus ou très rares, comme le risque de cancer de la thyroïde ou de cancers gastro-intestinaux ».
7 Combien coûtent ces médicaments ?
En France, une boîte d’Ozempic est vendue 77,60 euros et permet de réaliser cinq injections, selon le ministère de la Santé. Ce traitement n’est remboursé par l’Assurance-maladie que pour les patients atteints de diabète de type 2, sur prescription médicale, ce qui concerne environ 870 000 personnes, selon l’ANSM. Le Wegovy et le Mounjaro, eux, ne sont pas pris en charge par l’Assurance-maladie, bien que la HAS ait émis des avis favorables à leur remboursement en décembre 2025. Pour l’heure, ils sont donc commercialisés à des prix libres, variant entre 250 et 350 euros par mois, selon le Centre de l’obésité et de la nutrition.
« En tant que médecins, nous nous trouvons dans une situation particulièrement inconfortable lorsqu’il faut expliquer à des patients qui en tirent un réel bénéfice que la poursuite du traitement dépend désormais de leur capacité à le financer eux-mêmes », note Karine Clément. Or, le remboursement par l’Assurance-maladie de ces traitements pourrait coûter très cher aux finances publiques. Selon la HAS, l’impact budgétaire à trois ans du remboursement du Wegovy pour 1 888 000 patients serait d’environ 2,8 milliards d’euros. « C’est impossible d’imaginer un remboursement pour tout le monde, ça ferait exploser le budget de la France, reconnaît Jean-Michel Oppert. Travaillant dans le secteur hospitalier public, je vois beaucoup de patients qui n’ont pas les moyens de couvrir les frais du traitement, alors que ce sont probablement ceux qui en ont le plus besoin. »