Dans une structure ouverte sur les Tuileries et le Louvre, le directeur artistique de la maison française fait défiler sa femme fleur. Très soir, en plein jour.

Voilà au moins vingt ans que, pour le prêt-à-porter femme, Dior défile au jardin des Tuileries, dans l’immensité d’une tente éphémère, marqué du logo de la maison. Surprise, ce mardi, Jonathan Anderson, le directeur artistique à l’œuvre depuis six mois, a décidé d’ouvrir la structure aux quatre vents. Et, re-surprise, quand on pénètre à l’intérieur, on découvre que, toutes ces années, la tente était installée sur un des bassins historiques du jardin. Ainsi, sous la lumière zénithale (et une chaleur que n’avaient pas prévue moult invités en pull ou manteau en cachemire), des genres de serres entouraient le bassin où flottent de magnifiques nénuphars factices.

« Je réfléchissais à cette notion de jardins d’agrément, à ce que les Tuileries représentaient autrefois, un lieu pour se promener, voir et être vu. Et à ce qu’il est aujourd’hui, un parc où les Parisiens se rencontrent, où ils passent du temps ensemble et viennent avec leurs enfants », expliquait Anderson, le matin du show.

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C’est donc l’écrin de sa « femme fleur », inspirée par l’amour de Christian Dior pour les jardins et par « l’obsession du couturier pour le XVIIIe siècle. Il était fasciné par la royauté, et l’aristocratie britannique. Je comprends son attachement à cette période. » On comprend aussi entre les lignes que le jeune quadragénaire n’a pas l’intention de rendre hommage en permanence au New Look. « Cette collection est mon interprétation de la garde-robe Dior, dans la continuité de la collection de l’été (qui a défilé en octobre, NDLR) et des apprentissages de la haute couture (présentée il y a un mois). »

Défilé automne-hiver 2026-2027 Dior.
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En un mot, le Nord-Irlandais installe peu à peu sa patte dans la megabrand. Une patte très habillée, très soir… pour le jour. Ouvrant le show, une fille aux cheveux courts porte un cardigan gaufré à volants serti de strass, sur une chemise à col cassé et un jupon asymétrique piqué de strass à la main. Suivent des néo-Pompadour de tapis rouge, en veste de page fermée de petits boutons exquis, en tulle blanc brodé de fleurs ou en sublime brocard.

Sous les yeux du millier d’invités, dont Charlize Theron, Paul Anthony Kelly (John-John Kennedy de la série Love story), Isabelle Adjani et Pedro Almodovar, s’enchaînent les robes en mousseline en « plissé soleil » prince-de-galles, des jeans pailletés en rideau, des tailleurs minijupe forme corolle en gros velours et une série de manteaux cintrés par la magie des ateliers de l’avenue Montaigne pour lui donner une allure de robe de chambre un peu loose.

Défilé automne-hiver 2026-2027 Dior.
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Si nous disons « patte », Anderson, lui, use et abuse du mot « main » : « Nous essayons de redonner toute son importance à la main, au geste. Nous travaillons à renforcer le tailoring, à investir dans les matières, dans la matérialité des pièces. Avec Delphine (Arnault, la PDG), nous avons passé énormément de temps à repenser la chaîne de valeurs. La qualité définit le luxe. Et cela demande du temps. »

Du temps ? Pourtant, le directeur créatif a enchaîné, depuis juin dernier, cinq défilés, sans compter les précollections et autres capsules que le public ne voit pas. « Ce défilé est un chapitre parmi d’autres et il explore la partie la plus “fantaisie” de ce que les clientes trouveront en boutique. C’est la première fois depuis mon arrivée que je suis serein, car de toute façon il y a encore un autre show en mai pour approfondir mon propos (la collection croisière 2027 qui se déroulera à Los Angeles). »


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« C’est un long cheminement. Dior ne sera jamais une marque avec une seule silhouette. J’ai appris chez Loewe qu’une maison n’a pas besoin d’être fondée sur une formule pour prospérer. Les pièces reconduites de saison en saison ne se vendent plus comme avant. Il faut donc réfléchir à la manière de renouveler les produits pour les garder vivants. Il faut un ethos, pas une répétition mécanique. Il s’agit de se réinventer en permanence. »