À Saint-Aignan de Grand Lieu, Hélène Hazlewood, candidate de la majorité sortante, ne cache pas son agacement de voir sa liste classée divers gauche : La préfecture nous a attribué un nuançage sans nous consulter et nous ne l’acceptons pas, déplore celle qui avait déclaré sa liste sans étiquette, et non plus « divers gauche » comme le maire sortant Jean-Claude Lemasson.

Personne dans notre liste n’est encarté et personne ne souhaite l’être, reprend la candidate, qui a également annoncé ne plus vouloir siéger dans la majorité de gauche à Nantes métropole, mais au sein d’un groupe indépendant. Ce qui nous rassemble, c’est simple : travailler pour l’intérêt général de Saint-Aignan de Grand Lieu […]. Nous souhaitons que ce soit clair, pour que chaque électeur puisse voter en toute connaissance de cause le 15 mars.

Une décision « discrétionnaire » du préfet

À chaque élection, dans les communes de plus de 3 500 habitants, le préfet attribue lui-même une nuance politique aux candidats, selon des règles définies par une circulaire du ministère de l’Intérieur. Celui-ci estime qu’il s’agit d’un préalable essentiel à l’analyse électorale et à la lisibilité des résultats des élections pour les citoyens.

Quid des listes qui ne sont pas soutenues clairement par un parti ? Le préfet décide alors de façon discrétionnaire, en s’appuyant sur un faisceau d’indices concordants et objectifs, notamment le programme du candidat, ses prises de position publiques, et sa trajectoire politique, selon la circulaire.

Dans un contexte politique national qui tient du marasme, de nombreux candidats fuient les étiquettes, devenues selon eux des repoussoirs à électeurs. Mais le ministère a prévenu les préfets : la nuance « divers », à laquelle ces listes aspirent, «  doit être attribuée avec mesure et discernement pour éviter d’altérer la lisibilité des résultats du scrutin en sous-estimant les courants politiques ». Et être réservée aux candidats dont les opinions sont réellement inclassables, catégorielles ou apolitiques. Une façon d’éviter les étiquettes de pure communication, l’échiquier politique ayant encore du sens au regard des valeurs véhiculées, même à l’échelon local.

« Les gens en ont marre de ces clivages »

Ainsi le cas aignanais n’est pas isolé, au sud de Nantes comme ailleurs. Aux Sorinières, la liste de la maire sortante Patricia Hélias se voit elle aussi classée « divers gauche », et non « divers » comme souhaité. Peu étonnant au regard du parcours de la candidate : elle n’a quitté le PS qu’en décembre dernier, et son équipe, qui assumait jusqu’ici son positionnement à gauche, affirme encore qu’elle siégera parmi la gauche métropolitaine en cas de victoire. Son adversaire, David Burnaud, qui se déclare sans étiquette depuis plus de douze ans, a, en revanche, bel et bien obtenu la nuance divers.

À Bouaye, la liste d’Anne-Claire Goyer, opposée à la liste divers gauche du socialiste Freddy Hervochon, se voit affublée d’une nuance divers droite contre son gré. On veut nous mettre dans des cases, alors qu’on réunit des gens de sensibilités différentes, réagit la candidate, qui est soutenue par l’ancienne maire de droite, Marie-France Burgaud. On n’est pas plus divers gauche que divers droite. Un maire doit rassembler, pas diviser. Mais on le voit sur le terrain : les gens en ont justement marre de ces clivages. Ce n’est pas ça qui fera la différence lors de l’élection, mais d’abord le projet et la proximité avec les gens.

« C’est dommage, mais je ne suis pas étonné »

À Saint-Sébastien-sur-Loire, le maire sortant Thomas Boucher subit le même sort, classé « divers droite » en dépit de sa volonté. On s’estimait sans étiquette, tout en sachant qu’on est une liste de centre, centre-droit. Je pense que la préfecture a simplement repris la couleur divers droite qui était assumée par Laurent Turquois (N.D.L.R. : son prédécesseur). Mais j’ai une seule personne encartée dans ma liste, et elle est au centre !

Le choix de la préfecture n’est toutefois guère étonnant : son équipe siège et continuera de siéger en opposition à la gauche métropolitaine. Thomas Boucher ne s’en émeut pas outre mesure : « Peu importe ce qu’on dit, la préfecture fait ce qu’elle veut. C’est dommage, mais je ne suis pas étonné. Au niveau local, je pense que les gens regarderont d’abord le travail qui a été fait et le programme proposé, plutôt que cette nuance. »

Ailleurs dans le Sud-Loire, les nuances respectent globalement les positionnements des candidats. À Bouguenais, la maire de Bouguenais Sandra Impériale est, cette fois, bien classée divers droite, et non plus divers centre comme en 2020. Et à Rezé, la liste d’union de la droite et du centre, menée par Brigitte Dousset, est, quant à elle, confirmée comme « divers centre ».