• La France est touchée par un épisode de poussières de sable du Sahara.
  • Les concentrations peuvent être, localement, importantes.
  • Avec quelles conséquences ?

Un ciel orangé, de la neige teintée… La France est touchée par un épisode de poussières de sable du Sahara. Un phénomène débuté ces derniers jours et dont la concentration en particules se renforce au-dessus de l’Hexagone ces jeudi 5 et vendredi 6 mars. Présent dans l’ouest et le sud du pays, notamment les Pyrénées, la Provence, la Nouvelle-Aquitaine et jusqu’à la Basse-Normandie, il devrait toucher le nord et l’est vendredi. Et cette arrivée de sable, au-delà de salir vitres et voitures, a aussi des conséquences à la fois pour l’environnement et pour la santé.

Albédo et avalanches

L’une des conséquences les plus importantes touche les massifs montagneux, alors que les Pyrénées et les Alpes sont concernés par l’épisode actuel. « Quand le sable se dépose sur la neige, il a tendance à diminuer son albédo, c’est-à-dire le pouvoir réfléchissant d’une surface par rapport au rayonnement solaire qu’il reçoit », détaille Nemo Pawlowski, prévisionniste chez Météo-France. Cette perte d’albédo entraîne une fonte plus importante et plus rapide du manteau neigeux. 

« Selon la durée des épisodes dans les massifs, les pertes peuvent être importantes, avance le météorologue. Une étude a montré que cela pouvait représenter deux à cinq semaines d’enneigement en moins (nouvelle fenêtre) en montagne en cas de forts épisodes durant l’hiver. » Ainsi durant l’hiver 2015-2016, alors que d’importants dépôts sableux avaient été enregistrés au long de la saison, ils avaient entraîné une perte d’enneigement de trente-huit jours. 

Lire aussi

Revoilà le sable du Sahara : des poussières néfastes pour la santé mais bonnes pour la planète ?

Le dépôt de sable sur le manteau neigeux peut aussi représenter un risque accru d’avalanche. « Lorsque cette couche de sable est enfouie sous une neige humidifiée, notamment via de la pluie, et lorsque cette pluie atteint la couche recouverte de sable, cela peut faire partir toute une plaque de neige qui ne serait pas partie sans la présence de cette couche sableuse », détaille Nemo Pawlowski. Et donc provoquer des avalanches.

Nuages et santé

Les poussières de sable du Sahara ont également un effet sur les conditions atmosphériques et ont tendance à diminuer les températures en journée en absorbant le rayonnement solaire. Elles pourraient aussi jouer un rôle dans la formation de certains nuages et contribuer à augmenter la couverture nuageuse, en favorisant la formation des gouttes d’eau à leur origine. « Pour faire des gouttes d’eau issues de l’évaporation des océans, il faut des températures généralement très basses. Avec les poussières de sable, on gagne quelques degrés, ce qui favorise cette formation », détaille Nemo Pawlowski.

Enfin, ces épisodes peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) estime qu’ils sont « une sérieuse menace pour la santé humaine (nouvelle fenêtre)« . Ils peuvent occasionner des irritations et des problèmes respiratoires, particulièrement pour les personnes les plus fragiles. L’Anses a également appelé, en octobre dernier, à réduire les émissions humaines durant ces épisodes qui font grimper les concentrations de particules dans l’air. Car en s’ajoutant à la pollution atmosphérique existante, ces dernières « peuvent conduire à un dépassement des seuils de qualité de l’air fixés pour protéger la santé humaine », selon l’avis de l’Anses, fondé sur les travaux de comités d’experts. 

Par ailleurs, selon une étude de la revue Epidemiology, ces poussières peuvent contenir des particules comme du nitrate, du sulfate, du phosphore, de l’ammonium, du fer, de l’aluminium, du carbone ou encore du sodium. Des risques qui restent néanmoins à tempérer dans les pays européens qui, contrairement aux États du Moyen-Orient ou d’Afrique fréquemment affectés par les tempêtes de sable, enregistrent des concentrations de particules modérées.

Annick BERGER