À la Fashion Week de Paris, la créatrice belge transforme son show en manifeste participatif. Entre upcycling sophistiqué et modularité des vêtements, elle propose une mode à la fois conceptuelle et profondément pragmatique.
Le mardi 3 mars 2026, la créatrice belge Marie Adam-Leenaerdt présentait son sixième défilé au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris. Une étape supplémentaire pour cette figure montante de la scène européenne, qui a choisi d’ouvrir son show automne-hiver 2026-2027 par une mise en scène aussi simple que révélatrice de son propos. À leur arrivée, les invités ne trouvaient pas le traditionnel plan de salle millimétré. À la place : des tabourets à saisir soi-même pour improviser sa place. Une chorégraphie discrète, presque ludique, qui traduisait parfaitement la note d’intention de la créatrice : « simplifier le processus, DIY, avec une attention portée à la clarté et à l’intention ». Autrement dit, replacer l’action (et la responsabilité) entre les mains de celles et ceux qui participent à l’expérience.
Sur le podium, cette philosophie se matérialise à travers 46 silhouettes construites à partir de tissus récupérés, soigneusement retravaillés par l’atelier. Les matières dialoguent dans un joyeux désordre contrôlé : jupes patchwork mêlant léopard, dentelle colorée et fleurs pastel, sacs ornés d’un vichy délicieusement kitsch, manteaux hybrides où les textiles upcyclés se superposent comme les strates d’une mémoire textile. L’ensemble compose une garde-robe intuitive, presque instinctive, où chemises oversize et blazers carrés s’enfilent sans réflexion excessive. Chez Adam-Leenaerdt, la simplicité n’est pas une réduction, mais une forme d’intelligence structurelle.
Défilé Marie Adam-Leenaerdt
ALESSANDRO GAROFALO
Défilé Marie Adam-Leenaerdt
ALESSANDRO GAROFALO
Le vêtement transformable comme manifeste
Ce qui distingue réellement la proposition de Marie Adam-Leenaerdt, c’est sa réflexion sur la modularité du vêtement. Plusieurs pièces semblent conçues comme des objets transformables, capables de se métamorphoser selon l’usage ou l’humeur. Un manteau en fourrure brun chocolat révèle ainsi une doublure satin rose bonbon et peut se porter dans les deux sens, brouillant la frontière entre intérieur et extérieur. Plus loin, un ensemble en dentelle rose composé d’un top et d’une jupe réapparaît quelques passages plus tard sous la forme d’une robe écrue, comme si la silhouette s’était reconfigurée sous nos yeux. Cette logique traverse toute la collection : un top structuré façon veste de costume porté à l’envers et à même la peau, un haut court prolongé d’un drapé spectaculaire tombant jusqu’aux chevilles à l’avant tandis que l’arrière reste presque crop, ou encore un trench décliné sous toutes ses coutures, parfois épais et architectural, parfois transformé en manteau-peignoir doublé de satin.
Défilé Marie Adam-Leenaerdt
ALESSANDRO GAROFALO
Les contrastes visuels accentuent cette recherche : blazer jaune fluo, micro-doudoune rouge aux manches trois-quarts, ensembles sportswear en velours ou gilet à capuche, silhouettes romantiques en dentelle blanche ponctuées de gants d’opéra. À travers ces variations, Adam-Leenaerdt esquisse une garde-robe mouvante, où chaque pièce contient déjà la possibilité de sa prochaine transformation, une mode qui refuse la fixité et revendique, au contraire, le droit d’être continuellement recomposée.
Défilé Marie Adam-Leenaerdt
ALESSANDRO GAROFALO