C’est une décision qui pourrait marquer un tournant pour les soignants soumis aux horaires décalés. Le tribunal administratif de Marseille a reconnu que le cancer du sein développé par une infirmière du centre hospitalier de Martigues était imputable à ses conditions de travail de nuit. Dans un jugement rendu le 3 février 2026 et rendu public par communiqué, la juridiction annule la décision prise en 2021 par la direction de l’établissement, qui refusait jusqu’ici de reconnaître ce lien.

La requérante, Sylvie Pioli, a exercé pendant près d’un quart de siècle à l’hôpital martégal. Entre 1991 et 2016, cette infirmière polyvalente a travaillé presque exclusivement de nuit. Des prises de poste à 20h30, des fins de service à 6h30, et environ 140 nuits par an au compteur. En janvier 2014, à 55 ans, un cancer du sein lui est diagnostiqué. Quelques années plus tard, elle engage une démarche pour faire reconnaître la maladie comme liée à son activité professionnelle. Refus de l’hôpital. Elle saisit alors la justice administrative.

Pour trancher, le tribunal s’appuie sur une expertise médicale et sur l’état des connaissances scientifiques autour du travail nocturne. Depuis plusieurs années, des études pointent les effets de la perturbation des rythmes circadiens, cette mécanique biologique qui régule l’alternance jour-nuit. Travailler sous lumière artificielle quand le corps est programmé pour dormir entraîne notamment une baisse de production de mélatonine, une hormone impliquée dans l’équilibre hormonal. Or cette perturbation est suspectée d’augmenter le risque de certains cancers hormono-dépendants, dont celui du sein.

Les effets du travail de nuit sur la santé au cœur de débats scientifiques

Dansns le cas de Sylvie Pioli, les juges relèvent par ailleurs l’absence ou la faiblesse des autres facteurs de risque habituellement identifiés : pas de prédisposition génétique particulière, peu d’éléments hormonaux ou environnementaux susceptibles d’expliquer la maladie. Dans ces conditions, le tribunal estime qu’il existe une probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la pathologie et les conditions de travail nocturne.

La décision annule donc le refus de l’hôpital et enjoint le centre hospitalier de Martigues à reconnaître officiellement l’imputabilité au service du cancer diagnostiqué en 2014. L’établissement devra également régler les frais d’expertise judiciaire, près de 3 800 euros, et verser 2 000 euros à la requérante pour ses frais de procédure.

Présentée comme une première pour une infirmière d’un hôpital public en France, cette décision intervient alors que les effets du travail de nuit sur la santé restent au cœur de nombreux débats scientifiques et sociaux.

Une interview de Sylvie Pioli sera à retrouver dans les colonnes de La Provence Martigues ce vendredi 6 mars.