« Le discours d’Emmanuel Macron constitue une évolution majeure de la doctrine nucléaire française au service d’une sécurité et d’une autonomie européennes renforcées.

Les fondamentaux de la dissuasion font l’objet, dans la continuité de tous les présidents de la Ve République, d’un large consensus national comme l’ont montré les réactions politiques en France. Pilier de la stratégie de défense, la dissuasion nucléaire française est crédible, reconnue et respectée car opérationnelle. Elle est un gage de stabilité et de paix pour notre pays comme pour l’Europe face à la montée des périls que représentent l’expansionnisme et l’agressivité russes, mais aussi au regard des menaces lointaines, venues de l’Asie ou du Moyen-Orient. L’éloignement américain du continent en confirme toute la pertinence.

Le renforcement des moyens de notre dissuasion nucléaire nationale répond aux menaces, à la montée en puissance militaire de nouvelles nations, à la prolifération, tout en rappelant que, d’ores et déjà, un Etat qui s’en prendrait à la France « si puissant soit-il, (…) si vaste soit-il, ne s’en remettrait pas ».

Tous les Etats membres européens se sont lancés dans un réarmement spectaculaire. On pense à l’Allemagne et à la Pologne qui se sont fixés l’objectif de disposer des plus importantes armées conventionnelles. Les institutions communes de l’Union européennes ont pris conscience des besoins de sécurité et les appuient désormais financièrement et politiquement.

La réaffirmation par le président de la République à Brest ce lundi, de l’évidente complémentarité entre les armées conventionnelles et l’arme nucléaire – les spécialistes parlent « d’épaulement » – ouvre de réelles perspectives de coopérations nouvelles de défense sur le continent.

La sécurité d’un pays européen ne saurait s’arrêter à ses frontières

La sécurité d’un pays européen ne saurait s’arrêter à ses frontières. Considérer le territoire du continent comme une « profondeur stratégique » nouvelle permet de renforcer la dissuasion française et la sécurité de tous. C’est une évolution très positive pour notre pays dont la sécurité se trouve appuyée par la solidarité européenne. C’est une excellente nouvelle pour nos partenaires européens de voir la France disposée à évoquer avec eux les grands enjeux stratégiques et les réponses à des menaces précises. Les outils de la dissuasion française sont, avec ceux des Britanniques, les seuls à même de faire obstacle à tout chantage nucléaire éventuel. Le « pouvoir égalisateur de l’atome », quel que soit le nombre d’armes, garantit que nul n’a intérêt à l’utiliser.

D’ores et déjà plusieurs Etats membres ont manifesté de l’intérêt en s’engageant dans les échanges que la France leur a toujours proposés sur ces délicats sujets. A peine le discours présidentiel prononcé, un communiqué franco-allemand annonçait la création d’un groupe de travail de haut niveau sur ces matières sensibles. Si notre proximité en la matière avec le Royaume-Uni est ancienne et renouvelée, le président français a annoncé de nouvelles concertations avec le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique et la Pologne, la Grèce et la Suède.

Ainsi se dessine un renforcement de la sécurité européenne avec des avancées concrètes vers une autonomie qui ne remet pas en cause l’Otan, mais donne à la solidarité européenne une expression de défense jusqu’ici jamais atteinte. Cette évolution française bienvenue pourrait bien, à terme, constituer une véritable révolution européenne.»

Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman. | LEMOUTON STÉPHANE/ABACA VIA REUTERS
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Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman. | LEMOUTON STÉPHANE/ABACA VIA REUTERS

(*) Président de la fondation Robert Schuman.