Un visiteur de l'exposition "Sorcières" au musée d'histoire de Nantes

Ce dimanche 8 mars 2026, journée internationale des droits des femmes, est l’occasion de raconter l’histoire de dizaines de milliers tuées parce que considérées comme sorcières. Une grande exposition leur est consacrée au Château des Ducs de Bretagne. 

L’exposition explore, à travers des tableaux, des objets, des films et des cartes, l’une des plus vastes persécutions de l’histoire, de la fin du Moyen-Âge à l’époque moderne. Car oui, cette histoire résonne encore en nous aujourd’hui, souligne Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes : « Il y a beaucoup d’éléments dans l’exposition qui sont des sujets très actuels. Moi-même, quand j’ai commencé à travailler sur cette thématique, j’ai été troublée par cela.

 

 

Cette exposition se double d’un autre discours, celui de l’histoire de la misogynie sur un temps long. Elle nous permet d’aborder beaucoup de questions autour du genre, de la théorie du complot, de la liberté des femmes à disposer de leur corps, de leur droit à vieillir… Toutes ces questions s’emboîtent. Il est indéniable qu’à certains moments de l’histoire de nos sociétés occidentales, les femmes ont été des victimes expiatoires majoritaires et des personnes en fragilité que personne n’est venu défendre ». 

Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de NantesKrystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes

Crédit : Tom Rossi

A la sortie, le pari semble réussi. L’exposition interpelle et questionne. « C’est toujours intéressant de parler de ce que les femmes ont pu subir entre le 15e et le 18e sicèle, pendant la chasse aux sorcières (entre 60 000 et 90 000 victimes), confie Flo. Il y a des cartes qui montrent à quel point les femmes ont été tuées. Elles voulaient juste être indépendantes et libres ».

 

« On rejette toujours la faute sur le corps des femmes, les tentatrices »

 

Pour Cécile, installée à Paris, « l’expo a un écho avec les droits des femmes parce qu’elles ont été visées de façon très négative. C’est très intéressant de voir l’évolution de la perception des femmes. La relation au corps, à la santé, cela interpelle… La religion, le stigmatisme envers les femmes, cela m’a rappelé aussi Ève, ‘mère de toutes les fautes’. On rejette toujours la faute sur le corps des femmes, les tentatrices. Cela a encore un écho aujourd’hui ». 

Flo et Cécile, à la sortie de l’exposition « Sorcières »Flo et Cécile, à la sortie de l’exposition « Sorcières »

Crédit : Tom Rossi

Expo Sorcières à Nantes

Expo Sorcières à Nantes

Crédit : Tom Rossi

« Cette vision négative de la femme a commencé dès l’Antiquité »

 

Quand on s’intéresse aux sorcières, on s’intéresse à la misogynie et à une vision négative de la femme qui traverse les siècles, abonde Krystel Gualdé : « Nous sommes devant la persécution d’individus qu’on associe au diable. Pourquoi plus que les hommes ? Parce qu’on considère qu’elles sont plus faibles, y compris d’un point de vue moral, qu’elles sont plus sujettes à tout ce qui relève de la perversité, du mal et de ce qui serait négatif.

La figure de la sorcière cristallise cela à un moment donné. Cette vision négative de la femme a commencé dès l’Antiquité et on ne peut pas dire qu’elle ait complètement disparu ». 

Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de NantesKrystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes

Les sorcières du 21e siècle 

 

C’est un sujet encore complètement d’acualité, d’autant plus qu’il existe toujours des sorcières aujourd’hui : « Il y a des sorcières dans l’imaginaire, les arts, la pop culture (films, séries, BD, romans). Elles peuvent être maléfiques ou bénéfiques : on a toujours ces deux visions très différentes de la femme qui auraient des pouvoirs magiques.

A côté de cela, il y a des femmes qui se revendiquent sorcières dans le monde réel, dans le cadre de mouvements féministes ou éco-féministes. Cela peut aussi être pour pratiquer des rituels dans le cercle privé. Dans ce cas, on sait relativement peu de choses.

On peut également retrouver de nouvelles sorcières sur les réseaux sociaux avec des rituels magiques. L’image de la sorcière a toujours été très diverse à travers le temps et continue aujourd’hui de montrer beaucoup de diversité« . 

Il est fortement conseillé de réserver un créneau en ligne pour voir l’exposition Sorcières au Châteaudes Ducs de Bretagne à Nantes, jusqu’au 28 juin.

Tous les week-ends de mars sont complets.