Lorsque les Etats-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, la réaction ne s’est pas fait attendre. Depuis lors, le régime des mollahs tire à tout va et attaque des cibles militaires et civiles dans les pays voisins. L’Iran refuse également de laisser passer des navires au large de ses côtes. Le détroit d’Ormuz, ce goulet d’étranglement du golfe Persique par lequel transitent chaque jour 20 % du pétrole commercialisé dans le monde, est de fait bloqué.
Le prix du pétrole a fortement augmenté immédiatement après l’attaque. Les prix de l’essence et du gazole ont également explosé dans les stations-service allemandes. Selon les régions, le sans plomb 95 a temporairement atteint 2,50 euros le litre. Le prix moyen du gazole est actuellement légèrement supérieur à 2 euros, soit 30 centimes de plus qu’avant l’attaque contre l’Iran.
La hausse des prix de l’énergie, un fardeau immédiat
Des flambées de prix encore plus extrêmes ont été observées pour le gaz naturel après l’attaque par drones des installations de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar par l’Iran, entraînant un arrêt de la production. L’Allemagne n’importe pas de GNL directement du Qatar. Ses sources d’approvisionnement sont diversifiées et une quantité importante de gaz est également acheminée via des gazoducs norvégiens. Cependant, le facteur déterminant des prix est le marché de gros européen, qui repose sur le rapport entre l’offre internationale disponible et la demande actuelle et future.
L’Allemagne n’importe pas de GNL du Qatar frappé par les attaques de l’Iran Image : Stefan Sauer/dpa/picture alliance
La hausse des prix de l’énergie affecte non seulement les ménages, mais aussi l’industrie, qui doit faire face à des coûts de production plus élevés. Les secteurs énergivores tels que la chimie, l’acier, le verre et le papier sont particulièrement touchés, de même que les industries automobile et mécanique.
Choc pour le gouvernement de Friedrich Merz
La guerre israélo-américaine contre l’Iran met en lumière, pour l’Allemagne, la vulnérabilité des économies hautement industrialisées en cette période de crise mondiale. Les économistes allemands partagent ce point de vue. Veronika Grimm, l’une des cinq expertes conseillant le gouvernement allemand en matière économique, met en garde contre les risques d’inflation croissante et l’incertitude accrue qui pèse sur les investissements. « Nous devons nous préparer à une période prolongée d’incertitude accrue », a-t-elle déclaré à la presse allemande.
L’inquiétude grandit en Allemagne. Une coalition formée par les conservateurs de la CDU/CSU et des sociaux-démocrates du SPD est au pouvoir depuis dix mois. Le chancelier Friedrich Merz (CDU) avait promis, durant sa campagne électorale et dès sa prise de fonctions, que la relance de l’économie allemande serait sa priorité absolue. Or, la reprise se fait attendre. La légère croissance enregistrée en Allemagne en début d’année pourrait être anéantie par la guerre en Iran.
Les prix de l’énergie en Allemagne ont déjà fortement augmenté depuis l’invasion russe de l’Ukraine. De nouvelles hausses de prix, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et une incertitude mondiale accrue pèsent lourdement sur l’économie allemande.
Outre la crise énergétique, la guerre avec l’Iran accentue les tensions, notamment dans le secteur des transports. Les compagnies maritimes allemandes sont également contraintes d’effectuer de longs détours par le golfe Persique, ce qui perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales et compromet ainsi la sécurité des approvisionnements. Les primes d’assurance pour le transport maritime augmentent, tout comme le prix du carburant. L’espace aérien au-dessus des pays du Golfe est partiellement fermé. Les compagnies aériennes sont obligées de modifier considérablement leurs itinéraires, ce qui allonge les temps de trajet et fait grimper les coûts du carburant.
Les matériaux de construction ont considérablement renchéri ces dernières années, ce qui a des répercussions sur les loyersImage : Florian Wiegand/Eibner-Pressefoto/picture alliance
Comment réagit le gouvernement ?
Chaque jour de hausse des prix de l’énergie accroît le risque d’une nouvelle inflation. En effet, les entreprises sont contraintes de répercuter ces coûts sur les consommateurs en augmentant le prix de leurs produits.
Bien que les responsables politiques reconnaissent les problèmes, leur réaction reste jusqu’à présent discrète. La ministre de l’Economie et de l’Energie, Katherina Reiche, a mis en place une cellule de crise chargée d’analyser la situation au quotidien et d’élaborer des mesures. L’objectif est de surveiller les flambées des prix, de garantir la sécurité d’approvisionnement et d’évaluer l’impact sur les entreprises. Cette initiative fait également l’objet de satires sur les réseaux sociaux.
« Nous évaluons et suivons la situation en permanence », a assuré le porte-parole du gouvernement, Steffen Meyer, vendredi (06.03.26). Un porte-parole du ministère de l’Economie a ajouté que le gouvernement soutenait les mesures visant à accroître la concurrence et la transparence dans le secteur pétrolier. Il serait encore trop tôt pour estimer les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient, soutient ce porte-parole mais « les risques sont évidents ».