Ce vendredi 6 mars, la cour d’assises de Dijon (Côte-d’Or) a rendu son verdict dans le procès des bébés dans un sac de courses. Sabrina B, la mère, a été condamnée à 6 ans de prison ferme et Zara N., la grand-mère, à 10 ans d’emprisonnement.
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La cour d’assises de Dijon (Côte-d’Or) vient de rendre son verdict et condamne Sabrina B, la mère des deux jumelles nées prématurément, à 6 ans de prison ferme. Une peine de 10 ans de réclusion a été prononcée à l’encontre de la grand-mère, Zara N.
La première peine est conforme aux réquisitions du parquet, pour la mère des jumeaux. Pour la grand-mère de 44 ans, la cour n’a pas suivi les 15 ans de réclusion requis par le ministère public. C’est le point final de cette affaire qui remonte à mai 2020 avec la découverte de deux bébés prématurés au domicile d’une jeune femme de la région dijonnaise.
Les deux femmes ont été déclarées coupables de « privation de soin ayant entraîné la mort d’une des jumelles et compromis la santé de l’autre ». « Par son mensonge et ses omissions, la mère des jumeaux a contribué à la mort de l’une d’entre elles et la mise en danger de l’autre », a déclaré la présidente lors de l’énoncé du verdict. Quant à la grand-mère, la cour a retenu « la totale inaction et les mensonges. »
Les débats ont commencé lundi 2 mars devant la cour d’assises de Dijon (Côte-d’Or) où Sabrina B. et Zara N, une femme et sa mère, étaient jugées pour homicide et tentative d’homicide sur mineur par ascendant. Elles sont accusées d’avoir attenté à la vie de deux bébés venant de naître, des jumelles placées alors dans un sac de courses. L’une d’elles n’ayant pas survécu.
« C’est une tragédie avant tout », confiait Me Chloé Bonnat, l’avocate de la plus jeune des accusées, âgée de 26 ans. Le 24 mai 2020, les secours sont appelés par la jeune femme, qui a perdu beaucoup de sang. Elle vient tout juste d’accoucher à son domicile. Les ambulanciers découvrent deux nouveau-nés, deux jumelles, emmaillotées dans des linges et placées dans un sac de courses. L’une d’elles n’est plus en vie. L’autre sera sauvée : transportée en urgence au CHU, elle parvient à survivre.
Selon le parquet de Dijon qui s’était exprimé à l’époque, aucun acte de violence n’a été commis sur les enfants. La jumelle décédée aurait succombé à la privation de soins que nécessitait son âge et son état.

L’audience se tient à la cour d’assises de Dijon (Côte-d’Or)
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© Guillaume Robin / France Télévisions
Au premier jour de procès, les deux femmes comparaissent libres. Lors de l’audience, la mère des deux bébés réfute toute responsabilité. « J’ai peut-être commis des erreurs, mais je n’ai pas voulu la mort de mes enfants », dit-elle en sanglotant. Sabrina reproche alors à sa mère de ne pas l’avoir soutenue pendant son accouchement. Une mère qui dément avoir été au courant de cette grossesse. Elle ne l’aurait apprise qu’au dernier moment et se défend aussi de toute responsabilité dans cette affaire.
D’après les enquêteurs, Sabrina aurait voulu cacher sa grossesse et son accouchement à son père. La jeune femme aurait alors reçu l’aide de sa mère, Zara. « Ni l’une ni l’autre des accusées se voyaient, l’une grand-mère, l’autre mère. Ces enfants n’étaient pas désirées, n’étaient pas les bienvenues tout simplement », estime Me Didier Pascaud, avocat de la partie Civile.
Le deuxième jour de procès s’est concentré sur les auditions des proches ainsi que des témoins. À la barre, des membres de la famille et des anciens collègues de Sabrina. Deux anciennes relations de travail de la mère des jumelles racontent ainsi que, quelques jours avant la date de l’accouchement, elle leur avait dit avoir subi une fausse couche.
« J’ai trouvé ça bizarre, parce qu’elle avait toujours un gros ventre et elle semblait aller bien », se souvient une des anciennes collègues de Sabrina. Et puis, la cour évoque un autre élément de l’enquête. Des résultats d’analyse d’une prise de sang que Sabrina avait montrés à son entourage professionnel à plusieurs reprises, et sans explication.
Une reconstitution était notamment organisée. Un moment chargé d’émotions. La mère des jumelles a montré comment elle a enveloppé ses enfants dans des vêtements avant de les placer dans un sac de courses. Elle pleure abondamment et replie les manches d’un pull autour d’une poupée en plastique.
Ça montre qu’il y avait une intention à ce moment-là d’obstruer ses voies respiratoires et de ne lui laisser aucune chance de survie
Me Elise Rolet,
Avocate de l’aide sociale à l’enfance, qui s’est constituée partie civile.
Lors du troisième jour, la cour d’assises de Côte-d’Or a entendu la sœur, la tante et le conjoint de Sabrina B. Les déclarations des proches illustrent de nouveau le silence et les non-dits qui pesaient sur la grossesse puis l’accouchement de la jeune femme de 26 ans.
Le portrait de la plus jeune des deux accusées, brossé par une psychologue laisse entrevoir une enfance chaotique. Son beau-père « avait la main lourde » et lui donnait facilement des gifles. Sabrina redoute cette figure paternelle, chez qui la culture et la religion musulmane occupent une place très importante.
« Dans notre communauté, une fille ne doit pas fréquenter des garçons avant le mariage », explique l’accusée. C’est vraisemblablement pour toutes ces raisons qu’elle a décidé de dissimuler sa grossesse.
Au quatrième jour du procès des deux femmes accusées d’infanticide, la cour s’est intéressée à la personnalité de Zara N. (Anciennement appelé Christelle B), la grand-mère des jumelles nées prématurément, avec l’audition d’une psychologue clinicienne venue de Lyon pour établir son profil psychologique. « Un profil d’adolescent plutôt qu’adulte » selon l’experte interrogée par la présidente du tribunal. L’après-midi a été consacrée aux plaidoiries de la partie civile. Selon Me Elise Rolet, avocate, les deux femmes ont conclu un “pacte secret”.