Objet fin en cuir et métal qui se replie comme un carnet, le
Polaroid SX-70 ne ressemble à aucun autre appareil
photo instantané. Sorti au début des années 1970, il a accompagné
albums de famille, projets d’artistes et souvenirs de vacances,
bien avant les filtres numériques. Cinquante ans plus tard, il
continue de fasciner collectionneurs et photographes en quête
d’instantané vraiment tangible.

Au cœur de cette fascination, il y a la vision d’un inventeur,
Edwin H. Land, obsédé par l’idée de voir une image apparaître sous
les yeux, sans laboratoire ni manipulations compliquées. Une
obsession née d’une simple question d’enfant et qui a fini par
donner naissance à un appareil culte, pensé comme un petit théâtre
chimique de poche.

Polaroid SX-70 : la vision d’Edwin Land devenue instantané
visible

L’histoire commence en 1943, à Santa Fe. Edwin H. Land
photographie sa fille Jennifer, trois ans, qui lui demande pourquoi
elle ne peut pas voir tout de suite la photo. Cette remarque le
lance dans une quête acharnée. « Polaroid travailla pendant
plusieurs années : les colorants, les produits sensibles, les
cristaux et les polymères afin de trouver LA technologie de la
photographie instantanée. Le système de Land nécessite de tout
ré-imaginer : un nouvel appareil photo et de nouveaux films »,
résume Eglantine Aubry sur le blog Analogyou.

Le 21 février 1947, la technologie est prête, présentée à New
York, et les journaux parlent de procédé « révolutionnaire » ! En
1948, le premier appareil, le Model 95, est vendu à Boston, en
rupture de stock dès le premier jour malgré un prix jugé exorbitant
de 950 dollars (environ 880 €). Mais il faut encore tirer,
décoller, jeter des papiers. Le rêve d’une photo vraiment en une
seule étape reste à accomplir.

Un appareil photo instantané culte : design pliant et chimie
cachée

Le 25 avril 1972, lors de l’assemblée générale de Polaroid,
Edwin H. Land sort de sa poche un petit boîtier marron, le déplie,
prend cinq clichés en moins de dix secondes et les montre à la
salle : le Polaroid SX-70 est né. Premier reflex
instantané pliant, il tient replié dans une grande poche, tout en
offrant visée à hauteur d’œil et mise au point précise. Son prix
d’environ 1200 dollars (environ 1100 €) le place alors dans la
catégorie des objets de luxe.

Derrière cette simplicité se cache une mécanique et une chimie
incroyablement complexes : 17 couches entassées dans 2 mm de film,
un petit réservoir de produits qui se brise quand la photo est
éjectée et étale le révélateur. En 1974, Edwin H. Land décrit ce
ballet en écrivant : « Il est intéressant de voir comment toute la
Photographie Absolue en Une Seule Étape peut se produire très
simplement si elle se déroule de manière séquentielle, faisant
intervenir à la fois l’appareil et le film en quelque deux cents à
cinq cents étapes… Quand le film est éjecté, de l’hydroxyde de
potassium dans quelques gouttes d’eau est étalé en une couche de 26
sur 10 000 de pouce d’épaisseur et tout l’enfer se déchaîne, mais
d’une manière bien plus ordonnée que ne le laisse entendre cette
expression. Pendant plusieurs minutes, des réactions chimiques se
produisent rapidement, l’une après l’autre, dans ce mince sandwich
puis cette progression s’arrête lentement. La paix revient et la
photo est terminée », écrivait-il dans The Photographic Journal.

Pourquoi le Polaroid SX-70 est resté
culte et comment l’utiliser encore

Quand le SX-70 arrive sur le marché, il attire autant par son
look que par la promesse : appuyer, voir la photo sortir à la
lumière du jour, attendre quelques minutes en regardant l’image se
révéler. Plus besoin de décoller des feuillets, moins de déchets,
une photo unique, presque impossible à retoucher, qui sert autant
aux familles qu’à la police ou aux assureurs pour figer une scène
avec certitude. « L’aventure couleur commence en 1963 et six fois
plus de films sont vendus dans la dizaine d’années qui suit »,
rappelle encore Eglantine Aubry, et le SX-70 incarne l’apogée de
cette aventure.

Dans les années 1980, Polaroid décline, puis arrête les
appareils à développement en 2007 et les films instantanés en 2008.
Cette même année, trois passionnés lancent Impossible
Project
, reprennent les machines et relancent des films
compatibles SX-70. Devenu Polaroid Originals puis à nouveau
Polaroid, le fabricant propose aujourd’hui des cartouches couleur
ou noir et blanc, autour de 20 € les huit vues, soit environ 2,50 €
la photo. Chaque déclenchement se réfléchit, on replie puis déplie
l’appareil, on cherche la bonne lumière pour son film à faible
sensibilité, et l’on regarde l’image naître, un carré après
l’autre, comme un petit rituel analogique qui continue d’alimenter
son statut d’icône.