« Mon mari et moi sommes restés coincés dans notre chambre pendant huit jours, à partir du 14 février, avec nos deux chiens. C’était interminable », résume Sarah Alleaume, une habitante de Puybarban dans le Sud-Gironde. Sa maison est située à cinq kilomètres du fleuve, en période d’accalmie. Au plus fort de la dernière crue, les eaux boueuses sont montées jusqu’à 1,50 m dans son salon et sa cuisine.
La naufragée remonte le cours du cauchemar humide : la pluie dans les chambres à cause de la tempête Nils (12 février), la lumière des bougies, le bruit des meubles renversés par les flots au rez-de-chaussée, l’odeur de marécage, l’angoisse du lendemain, les mots rassurants du maire qui vient livrer le pain en bateau, l’inexorable montée des eaux. « Le pire, c’est la fausse joie. L’eau est redescendue avant de remonter soudainement. Au bout d’une semaine, les nerfs craquent. »
Coup de cœur en zone rouge
Sarah Alleaume et son mari Jochen ont retrouvé le niveau zéro de leur domicile le 22 février. La Garonne est retournée au lit, le soleil est revenu. Le soulagement ? « C’est là que le plus dur commence », balaye la propriétaire de ce pavillon de 170 mètres carrés, acheté 265 000 euros en décembre 2022. « Un coup de cœur. »

Le 15 février, l’eau est montée au niveau du bâton que tient Sarah Alleaume, propriétaire à Puybarban.
Guillaume Bonnaud / SO
L’agence immobilière et le notaire lui ont bien précisé que le terrain était situé en zone rouge. « Les anciens propriétaires nous ont dit qu’il n’y avait eu que 20 centimètres d’eau lors de l’inondation de 2021. On y a cru… » Quelques mois après la pendaison de crémaillère, les voisins les mettent en garde : la Garonne peut se montrer particulièrement belliqueuse. « Légalement, les vendeurs ont l’obligation de signifier que l’habitation est en zone rouge. Mais ils ne sont pas tenus de préciser les dernières hauteurs d’eau. » La maîtresse d’hôtel venue de Normandie regrette amèrement l’achat de la maison. « Tout était nickel à l’intérieur. » Tout avait été refait après la crue de 2021.
Un cauchemar humide : la lumière des bougies, le bruit des meubles renversés par les flots au rez-de-chaussée, l’odeur du marécage à domicile, l’angoisse du lendemain, les mots rassurants du maire qui vient livrer le pain en bateau, l’inexorable montée des eaux
La propriétaire passe un énième coup de serpillière javellisée et sort son carnet noirci de numéros de téléphone : « J’ai commencé à appeler les artisans pour des devis : portes en bois, volet roulant, insert de cheminée, piscine, cumulus, fosse septique, toiture. Il y en a pour plus de 100 000 euros de travaux. Mais quel intérêt s’il faut tout recommencer à la prochaine crue ? » Pris au piège, le couple veut fuir de cette maison, « quitte à perdre de l’argent » : « Mais comment vendre ? Je ne me vois pas mentir à de potentiels acheteurs. » La sinistrée attend une bouée de sauvetage de la part de l’État : « C’est lui qui a la solution. Nous vivons clairement dans une zone non habitable. »
Limon et paperasse
Un marathon administratif se profile. « Ma voisine m’a conseillé de faire appel à un expert d’assuré pour éviter une sous-évaluation du préjudice de la part de mon assurance. » En attendant, Sarah Alleaume peut compter sur la solidarité de sa famille, de ses voisins et de ses collègues.
« Pour la suite, j’ai prévu de reconstruire le salon et la cuisine à l’étage »
À quelques kilomètres de là, dans le village de Barie, Laurie et Lou évacuent leurs meubles putrides. La mère de famille avait anticipé ce scénario catastrophe : « J’ai acheté en 2025 en toute connaissance de cause. Une grande maison de 250 mètres carrés à un prix abordable : 92 000 euros. » Tarif spécial « zone inondable ». Les pièces du rez-de-chaussée ont été transformées en aquarium pendant une semaine. « Mais les prises électriques étaient en hauteur. Pour la suite, j’ai prévu de reconstruire le salon et la cuisine à l’étage. » À condition que les assurances remboursent les dégâts. « On se demande si elles ne vont pas nous radier ou si elles vont augmenter leurs cotisations. »

À Barie, une déchetterie éphémère a été créée dans un champ au cœur du village.
Guillaume Bonnaud / SO