Le cancer du sein est le plus
meurtrier des cancers chez la femme en France avec près de 12 000
décès par an. Si les causes restent multiples et parfois mal
identifiées, les études scientifiques pointent depuis quelques
années le rôle du travail de nuit dans l’augmentation des risques.
Cette année, une infirmière du centre hospitalier de Martigues a
obtenu gain de cause devant la justice. La cour a reconnu que son
cancer du sein est imputable à son service. Cette
décision pourrait ouvrir la voie à d’autres dossiers similaires et
renforcer la protection des soignants exposés à des rythmes
nocturnes éprouvants.
Une infirmière face à des conditions de travail
éprouvantes
25 ans de travail exclusivement de nuit
L’infirmière concernée a exercé pendant près de
25 ans à l’hôpital de Martigues, exclusivement de nuit, avec une
moyenne de 140 nuits par an. Ce rythme intense a profondément
marqué son quotidien, perturbant son équilibre hormonal et son
rythme biologique. Le tribunal a souligné que cette exposition
prolongée constituait un facteur aggravant,
d’autant plus que les autres risques connus (génétiques, hormonaux
ou environnementaux) étaient faibles, voire absents chez elle,
rapporte L’Indépendant.
Un cancer diagnostiqué en 2014
C’est en 2014 que le diagnostic de cancer du sein est tombé.
Malgré les traitements, l’infirmière a dû faire face à un double
combat, celui contre la maladie et celui pour la reconnaissance de
son caractère professionnel. En 2019, sa demande de
reconnaissance de maladie professionnelle avait
été rejetée, puis en 2021, son employeur avait refusé d’admettre
l’imputabilité de la pathologie au service. Ce
n’est que cette année que la justice lui a enfin donné raison.
Une décision qui annule le refus de l’hôpital
Le tribunal administratif de Marseille a jugé qu’il existait une
probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la
pathologie et les conditions de travail de nuit.
Il a donc annulé la décision du directeur de l’hôpital et enjoint
l’établissement à reconnaître l’imputabilité de la maladie au
service. Cette reconnaissance ouvre droit à une indemnisation et
constitue une victoire symbolique pour les soignants exposés à des
conditions de travail difficiles.
Le travail de nuit reconnu comme
facteur de risque
Des études scientifiques alarmantes
Depuis 2007, le Centre international de recherche sur le cancer
(CIRC), agence de l’OMS, a classé le travail de
nuit comme « probablement cancérogène ». Les recherches
montrent que la perturbation des rythmes circadiens et des
fonctions hormonales chez les femmes entraîne une majoration du
risque de cancer du sein. En
2018, l’Inserm soulignait que travailler de nuit plus de deux fois
par semaine pendant plus de dix ans multipliait le risque par
trois.
Une reconnaissance encore rare
Jusqu’ici, très peu de femmes ont obtenu la reconnaissance de
leur cancer du sein comme maladie professionnelle. La première
décision favorable date de 2023, concernant une infirmière
mosellane exposée aux rayons et travaillant de nuit pendant 28 ans.
La décision de Marseille en 2026 constitue donc une avancée
importante qui pourrait encourager d’autres soignantes à engager
des démarches similaires. En effet, elle met en lumière la
nécessité d’un cadre juridique plus clair pour les professions
exposées à des horaires atypiques, notamment dans le secteur
hospitalier.
Un enjeu de santé publique
Le cancer du sein reste le plus meurtrier des cancers
chez la femme en France. La reconnaissance du rôle du
travail de nuit dans son développement soulève un enjeu majeur de
santé publique. Elle interroge sur les conditions de travail des
soignants, souvent contraints à des rythmes nocturnes éprouvants et
sur la nécessité de renforcer la prévention. Cette décision
judiciaire pourrait inciter les pouvoirs publics à mieux encadrer
le travail de nuit et à développer des dispositifs de protection
adaptés.