Par

Thomas Rideau

Publié le

7 mars 2026 à 9h36

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À quelques semaines du scrutin, la gauche a entériné un accord inédit pour une union (hors LFI) dès le premier tour (15 mars) en se rangeant derrière Emmanuel Grégoire ; la droite apparaît toujours divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi redistribuer les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante ans un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer dans leur vie de tous les jours. Dans ce nouvel épisode de notre série, direction le 20e arrondissement.

« Village », « épargné par la gentrification », « paisible », mais aussi, « sentiment d’abandon »… Il y a des sourires et pas mal de tranquillité sur les visages croisés ce mardi 3 mars 2026, dans le 13e arrondissement de Paris. Peut-être que le soleil joue son rôle de promoteur, mais les habitants de cet arrondissement du sud de la capitale sont ravis de vivre à cet endroit. Et la perspective des municipales, qui approchent désormais à grands pas, ne semble pas obséder particulièrement l’esprit des passants rencontrés durant la matinée.

« Il est apprécié, [Jérôme] Coumet »

Boulevard Arago, à quelques pas de la rue des Gobelins, Nicolas prend le soleil sur un banc, son nourrisson à ses côtés. Lorsqu’il parle du 13e, c’est surtout pour dire à quel point c’est un « quartier paisible ». Il apprécie « la tranquillité des lieux », la « qualité de vie ». Des propos qui font largement écho à ceux de Flavien, jeune actif qui note que « dès qu’on sort des grands boulevards, c’est vraiment très calme. » Pour Nicolas, les élections, on n’y pense pas trop. Son vote ? « Sans doute pour Jérôme Coumet. Je crois qu’il fait du bon travail. »

À quelques pas de là, dans le square René-Le-Gall, c’est l’illustration des propos cités plus hauts. Élodie nous assure que le 13e, « c’est le village dans la ville ». De là à dire que les lieux sont trop calmes ? « En fait, c’est le comme le 20e mais en pas branché », rit Paul, sur la Butte aux Cailles. « Il faudrait se lever tôt pour faire venir des gens du 11e dans le 13e », prend-il en exemple, toujours en souriant.

Originaire de l’arrondissement, il apprécie que le quartier soit « pour le moment », « épargné » par la gentrification. Il dénonce cependant une rupture « au niveau de la place d’Italie ». « Au sud de la place, il y a une concentration de logements sociaux. Ce n’est pas du tout homogène avec le reste de l’arrondissement », pense-t-il. Il regrette aussi « les projets pharaoniques » comme celui de la gare d’Austerlitz, transformée en centre commerciale, qui, d’après lui, porte un coup sévère aux commerces de proximité.

Un sentiment d’abandon « au sud de la place d’Italie »

De son côté, Yann, rencontré sur la place Paul-Verlaine, est assez positif sur ce quartier dans lequel il travaille depuis presque quinze ans. « Il y a plein d’espaces verts, les trottoirs sont larges, il y a un bon esprit », cite-t-il. « Je ne vote pas forcément pour le parti socialiste au niveau national, mais pour la mairie du 13e, je vote pour le maire (présent sur la liste d’Emmanuel Grégoire, du parti socialiste, donc). Il est apprécié, Coumet. »

Deux retraités sont en train de prendre de l’eau au puits artésien installé en plein cœur du quartier de la Butte aux Cailles. Un puits à l’eau rare et appréciée qui attire de nombreux riverains venus remplir les bouteilles. Philippe, qui vient du 11e arrondissement, vit depuis seulement un an dans le 13e (tiens tiens). « C’est moins densifié que le 11e. Ça fait un peu ville de province », assure-t-il en profitant du calme ambiant. « Il y a pas mal de choses faites dans les solidarités… Ce qui est fait politiquement aujourd’hui, ça me va bien. »

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Évelyne, aussi, souhaite surtout que les municipales ne viennent pas altérer la qualité de vie du quartier. « Ça fait 20 ans que j’habite ici. J’apprécie que l’arrondissement soit bien desservi avec les lignes du métro 6, 7 et 14 [et même 5]. » Pourtant, elle pointe du doigt le manque de propreté « flagrant » quand « on quitte les grandes avenues. Ça, c’est vraiment quelque chose à améliorer. »

Le ton change quand on se dirige un peu plus au sud. À quelques centaines de mètres de Maison Blanche, sur la dalle des Olympiades, il y a du dépit et même « un sentiment d’abandon ». Dominique pointe du doigt l’escalator derrière elle, « ça fait trois mois qu’il est en panne. On ne sait même plus à qui parler pour avoir une réparation ». Un phénomène emblématique de la manière dont sont traités les habitants de son immeuble « où il y a quand même trois cents appartements ! »

Un peu plus bas, toujours sur la dalle, Astrid l’affirme : « si on reste sur l’avenue de Choisy ou d’Ivry, on voit que c’est souvent nettoyé. Si on s’éloigne dans les rues perpendiculaires, il y a de la saleté partout. » Bonne joueuse, elle concède tout de même que « ce sont surtout des questions d’incivilité, je ne suis pas sûr que la mairie y puisse y faire grand-chose… »

Un tournant dans la vie municipale

Depuis 1982, les élections municipales se déroulaient (à Paris, Lyon et Marseille) par arrondissement, et non pas à l’échelle de la ville. Les électeurs votaient pour une liste de conseillers d’arrondissement : une partie d’entre eux devenaient conseillers de Paris, et étaient alors chargés d’élire le premier édile. Avec cette réforme, les électeurs devront désigner séparément leurs conseillers d’arrondissement, qui éliront ensuite leur maire d’arrondissement, et leurs conseillers de Paris, qui éliront, eux, le premier édile. Le véritable changement sera en réalité l’abaissement de la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l’issue des municipales. En clair : elle remportera non plus 50%, mais 25% des sièges au Conseil de Paris, le reste des sièges sera réparti quant à lui à la proportionnelle. Les différentes tendances politiques seront mieux représentées, mais la majorité peut s’en retrouver affaiblie.

Dans le 13e arrondissement, onze candidats sont sur la ligne de départ. Le sortant, Jérôme Coumet, maire depuis presque 20 ans (et déjà sur la liste de Serge Blisko, maire au début des années 2000) et réélu confortablement en 2020, devra faire face à Jean-Baptiste Olivier, le candidat de Rachida Dati. Pour la France Insoumise, c’est l’urgentiste Christophe Prudhomme qui a été investi. De l’autre côté de l’échiquier politique, David Dazieu (sur la liste de Thierry Mariani) et Marion Bottou (sur celle de Sarah Knafo) vont tenter de faire mieux qu’il y a six ans, où l’extrême droite n’avait atteint que 2%.

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