Gregor Townsend se souviendra longtemps de ce succès surréaliste de l’Écosse. Jamais il n’aurait imaginé marquer sept essais à la défense tricolore et atteindre le seuil des 50 points. Une récompense pour celui qui fut critiqué après le premier match face à l’Italie.

Quelles sont vos premières sensations après cet incroyable succès 50-40 ?

Quel jour brillant ! Ce fut un jour brillant, d’abord, pour nos supporteurs. Je ne retiens pas que la beauté de notre rugby, mais notre volonté d’attaquer jusqu’au bout. Beaucoup d’équipes se seraient contentées de jouer petit bras en se retrouvant devant la France au tableau d’affichage. Mais nous savons que la meilleure façon de gagner, c’est de faire ce que nous avons fait aujourd’hui, et c’est ce qui nous a souri. Je croyais en cette équipe. Notre jeu est construit de façon à mettre nos joueurs les plus tranchants dans les espaces, encore et toujours, pour gagner de la confiance. Oui, il y eut des moments difficiles, mais ils forgent le caractère. Le match à Rome en fait partie.

Sincèrement, aviez-vous prévu un tel succès ?

On ne sait jamais comment un match va tourner. J’avais vraiment senti qu’avec les conditions climatiques, et notre état d’esprit, nous aurions des opportunités. L’an passé à Paris, nous nous étions créé des occasions. Alors, je me disais qu’à la maison, nous pourrions vivre de grands moments. Pour l’équipe qui se déplace, c’est difficile de résister quand l’adversaire commence à lui mettre la pression, et nous avons réussi à le faire.

Est-ce la plus belle performance de l’Écosse face à la France ? La plus belle de l’histoire du Tournoi ?

Je vous laisse décider de ça. C’était une journée formidable. Mais ce n’est que la quatrième journée d’un Tournoi, ce n’est pas une fin en soi. Je pense qu’il y a eu plein d’autres matchs importants pour les joueurs, mais celui-ci restera vraiment comme l’un des plus significatifs, même si l’on pense tout de suite au match qui va suivre face à l’Irlande qui peut décider de la victoire dans le Tournoi. Après, je le reconnais, cet après-midi, il y a eu ce score, incroyable : 50-40. On ne pense jamais au score quand on prépare un match, quand on entend les hymnes. Il ne vous tarde qu’une chose, voir si l’équipe va produire ce que vous savez qu’elle peut produire. Aujourd’hui, il y avait une incroyable capacité à avancer, à rester ambitieux, et à être à ce point efficace sur les collisions. Nous avons réussi de belles attaques, mais elles n’étaient pas liées au talent des joueurs, pas liés à la stratégie des entraîneurs. La plupart du temps, la clé, c’était extraire le ballon des zones de rencontre, le mieux et le plus vite possible.

D’accord, mais marquer autant d’essais face à la défense française, c’est extraordinaire, non ?

Les Français évidemment, ont essayé de lutter au sol pour faire des grattages. Les Bleus et les Irlandais sont les équipes qui ont les meilleures statistiques dans ce domaine. Alors, pour nous, être capable de produire le jeu que vous avez vu ce soir face à de tels adversaires, c’est quelque chose de très impressionnant. Et notre pack a une grande responsabilité dans cette victoire. Nous avons su faire des rucks rapides, mais aussi des contre-rucks avec un gros soutien de nos trois-quarts quand ils étaient les premiers sur les points chauds. Mais je voulais aussi rendre hommage à nos avants à propos de leurs avancées dans le jeu courant, dans nos mauls ou dans nos mauls défensifs. Ils ont été énormes. C’est la preuve que nous pouvons rivaliser avec les paquets les plus lourds de la planète. Je pense qu’on ne doit pas toujours juger une équipe en termes de victoires et de défaites. Mais aussi en termes de performance, et l’an passé à Paris, nous avions produit une performance excellente, dans des conditions difficiles face à une équipe qui jouait le titre. Et aujourd’hui, je pense que notre pack a été récompensé du même genre de performances que celle du Stade de France de 2025.