Les candidats à la mairie de Strasbourg n’ont jamais été autant sollicités que lors de cette campagne électorale. Médias, associations, centres socio-culturels, chambres consulaires, étudiants, filières économiques les ont invités à s’exprimer comme jamais. Selon les équipes de campagne, depuis décembre, il y aurait eu près de 50 évènements de type débat ou audition individuelle, parfois même plusieurs par jour. Santé, alimentation, transports, patrimoine, économie, logement, culture, numérique, Europe, lectures ; les sujets sont divers, parfois même centrés sur un quartier en particulier.
« Les journées sont rythmées par les rendez-vous du candidat, témoigne Irène Weiss, codirectrice de campagne de Jean-Philippe Vetter (LR), c’est extrêmement prenant. Cela montre qu’il y a un réel intérêt pour les élections ».
Moins d’évènements forts, plus d’ultraproximité
Avec pour conséquence que les équipes organisent elles-mêmes moins d’évènements de campagne. « C’est parfois un peu compliqué parce qu’on a moins d’évènements forts, nous sommes sur des choses plus petites en taille, et dans l’ultraproximité, résume Thierry Sother, codirecteur de la campagne de Catherine Trautmann (PS). Mais nous sommes disponibles et on essaie de répondre à tout le monde ».
« Je trouve ça très intéressant, à une époque où chacun est dans sa bulle, et ses réseaux sociaux, dit de son côté Silvio Philippe, le directeur de campagne de la maire sortante Jeanne Barseghian (Les Écologistes). Il y a une appétence pour le débat, c’est plutôt sain ».
Mais en campagne les tacles ne sont jamais loin. Car pour Thierry Sother ce phénomène serait une conséquence du mandat qui se termine : « C’est peut-être en lien avec l’échec du projet de démocratie locale des sortants. On a assisté entre 2020 et 2026 à la naissance de beaucoup de collectifs, avec une envie de se saisir du débat démocratique ».
Invectives et polémiques
Une hypothèse évidemment balayée par Silvio Philipp e: « Il y a eu surtout beaucoup d’invectives et de polémiques, et peu de temps pour entrer en profondeur dans les sujets et donc aujourd’hui, il y a un souhait d’aller au fond des choses ».
« Il y a aussi une forme d’organisation des groupes d’intérêts, analyse le politologue Sébastien Michon. Il y a un vrai intérêt pour la campagne de la part de personnes qui travaillent avec la municipalité ou qui dépendent des politiques publiques. C’est aussi le signe qu’il y a une incertitude sur le résultat, et beaucoup de listes ».
Parmi les nombreuses sollicitations, il y a également, et c’est dans l’air du temps, des nouveaux médias, blogueurs et autres podcasteurs. La structure d’activités de jour et d’hébergement (Sajh) de l’ association Apedi par exemple, de Schiltigheim, qui accueille des personnes handicapées intellectuelles, s’est associée à Speaker, un média du quartier de la Meinau à Strasbourg, pour un podcast préparé par des personnes en situation de handicap qui ont reçu plusieurs candidats strasbourgeois. La première vidéo avec le centriste Pierre Jakubowicz vient d’être publiée. « Je trouvais que le handicap était particulièrement absent des débats, explique Sarah Boegler, éducatrice à l’origine de l’initiative. On a pensé faire quelque chose à notre échelle. On ne s’attendait pas à un tel engouement de la part des candidats, on a dû refuser des candidats ». Il reste cinq jours de campagne.