Par
Maxime Gil
Publié le
8 mars 2026 à 7h20
C’est un projet lancé il y a plus de trente ans. Trois décennies de débats, de projets, de concertation, de plans… Pour rien ? C’est fort probable. Sur la route entre Nîmes et Marseille, la création d’une nouvelle autoroute est projetée depuis 1994, afin de contourner Arles et de ne plus emprunter la N113. Mais ces derniers jours, le dossier a pris (beaucoup) de plomb dans l’aile. La commission d’enquête a donné un avis largement défavorable à ce projet de chantier, motivé par des arguments financiers, environnementaux et sociétaux. Explications.
Un dossier « indigeste et inabordable »
Menée du 17 novembre au 2 janvier dernier, l’enquête publique a recueilli 1850 contributions de la part des habitants et acteurs locaux. Une mobilisation jugée « exceptionnelle » et « massive », en dépit d’un dossier jugé « indigeste et inabordable pour un citoyen ordinaire. » Et pour cause.
Pour se faire une opinion sur le sujet, 6500 pages étaient mises à disposition : un dossier de 40kg ! Lequel, selon la commission a « transformé la transparence documentaire en une forme d’opacité technocratique. » À ses yeux, le dossier n’était donc pas assez clair et facilement compréhensible. Première réserve. Deuxièmement, l’absence de l’avis du Secrétariat Général pour l’Investissement constitue un « manque majeur » selon ses dires.
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Coût disproportionné par rapport au gain de temps
Mais l’essentiel du problème du contournement d’Arles n’est pas là. Si la commission reconnaît un « bénéfice sanitaire réel pour les 13 500 riverains du centre d’Arles » avec la mise en œuvre de l’autoroute, le gain de temps, estimé à 5-6 minutes rapport à aujourd’hui, est disproportionné au regard du coût du projet : au moins 1,135 milliard d’euros, en sachant que l’estimation a bondi de 18 % en trois ans. D’autant que selon la commission, cela « ne résout pas les nuisances, mais les déplace. »
Le projet détaillé
Le projet prévoit la création d’un tracé neuf de 13km qui partirait de l’actuelle gare de péage d’Arles, passerait par le sud de la ville, et rejoindrait l’actuelle 113 entre l’aire de repos de Trinquetaille et la sortie Raphèle. Ensuite, de l’échangeur de Raphèle jusqu’au péage de Saint-Martin-de-Crau (13km), la Nationale serait réaménagée en autoroute. Sur ces 26km, huit échangeurs seraient créés ainsi que deux aires d’autoroute : une de repos, sans services, au sud de l’hôpital Fourchon ; une seconde, véritable station-services, à Saint-Martin-de-Crau. Surtout, un nouveau pont pour enjamber le Rhône serait conçu.
Un écosystème menacé de disparition
Car le projet prévoit de nombreuses expropriations pour faire passer l’autoroute. Or, cela représente un « déséquilibre critique entre l’utilité de l’infrastructure projetée et le sacrifice d’un terroir national d’exception : La Camargue. »
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L’analyse des documents montre que « l’expropriation entraîne la destruction définitive » de prairies AOP Foin de Crau et de laurons (puits naturels d’eau souterraine).
Par ailleurs, « le projet fait peser un risque inacceptable sur la nappe phréatique de la Crau qui est la ressource en eau potable pour 300 000 habitants et fait craindre une perte de recharge gravitaire liée à la destruction des prairies irriguées. » Le tout, avec une hausse de 5 % des émissions de gaz à effet de serre sur 50 ans.
Rejet de la population
Au-delà de l’aspect financier et environnemental, les observations du public traduisent une mobilisation particulièrement forte et un net rejet du projet, notamment pour les deux premières raisons. Des interrogations subsistent également sur le système de péage flux libre, faute de garanties contractuelles sur la gratuité locale et du risque de report de trafic.
Enfin, relève la commission, « le rejet total par la commune de Saint-Martin-de-Crau (financement, aire de services) crée une fracture territoriale profonde. » Bref, la N113 a encore de beaux jours devant elle, que ne devrait pas voir le contournement autoroutier.
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