Les zones inondables ont toujours permis d’acheter moins cher… « Les prix sont entre 11 et 22 % plus bas », précise l’agence immobilière Laforêt à Langon, cité du Sud-Gironde soumis au risque de submersion. Mais le contexte météorologique change. La précédente grande crue de 2021 avait déjà nui au marché immobilier local. « C’est plus compliqué de vendre dans le secteur, s’alarme une agence immobilière de La Réole, ville victime des crues de février. Nous avons déjà connu une telle situation d’inondations. C’est très dévalorisant pour les biens et il faudrait qu’à l’avenir les gens désireux d’acheter oublient et ne se focalisent pas sur ça… »

À Cadillac, en Gironde, la Garonne est sortie de son lit le 16 février 2026.

À Cadillac, en Gironde, la Garonne est sortie de son lit le 16 février 2026.

Claude Petit / SO

Des ventes à perte

Plus au nord de la Garonne, Bouchra Ankour, de l’agence Human immobilier à Cadillac, rappelle que l’épidémie de Covid avait fait monter les prix. « Beaucoup de gens voulaient s’installer chez nous en zone rurale. Ceux qui ont acheté et qui veulent vendre aujourd’hui se retrouvent avec des pertes de 20 %. » Et voilà les inondations qui dégradent la situation des néo-ruraux.

« Cette envie de campagne constatée chez les urbains, c’est fini, confirme Christophe Duportal, président de l’Observatoire immobilier du Sud-Ouest (Oiso). Et il y a des zones qui vont perdre de la valeur avec les inondations, c’est évident. » Concernant le marché des constructions neuves, ce n’est pas mieux. « Les documents d’urbanisme restreignent la constructibilité. Il faut aujourd’hui consommer moins de foncier, artificialiser le moins possible en densifiant l’existant. Le but est de recycler les emprises existantes. »

Assurances et impôts en hausse

Les potentiels acheteurs dans les zones à risque seront aussi refroidis par de nouvelles contraintes financières, prédit l’agence immobilière Laforêt, à Langon. « On se dit que les pouvoirs publics vont devoir faire de grands travaux sur les digues. Et il y a des dégâts à réparer. La force de l’eau a été incroyable, nous avons vu des terre-pleins déplacés, du bitume arraché… Les impôts locaux seront en hausse et ce sera pris en compte par les acheteurs. Sans oublier l’augmentation des assurances habitation… »

À Saintes, 1 040 maisons étaient inondées ce 18 février 2026.

À Saintes, 1 040 maisons étaient inondées ce 18 février 2026.

Séverine Joubert / SO

Celles-ci vont-elles devenir localement hors de prix ? « C’est le groupe qui gère les tarifs, évacue sous couvert d’anonymat un assureur de l’Entre-deux-Mers lié à un grand groupe. Mais, via notre activité de courtage, nous constatons, pour certains coins, que nos partenaires ne veulent plus assurer cartaines habitations… » Globalement, selon l’association France Assureurs, représentative de la profession, « le coût des événements naturels en France en 2024 a atteint 5 milliards d’euros […] En vingt ans, les indemnisations des dégâts des eaux ont augmenté de 134 % du fait de la hausse de la fréquence et du coût moyen des sinistres. Elles représentent le premier poste de sinistres en 2024 en assurance habitation ».

Répétition des catastrophes

Les inondations ne sont évidemment pas une nouveauté. « C’est leur répétition et leur ampleur qui pose problème », soulignent les agents immobiliers du Sud-Gironde. Il y a vingt ans déjà, les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) mettaient les États en garde face au risque de catastrophes naturelles plus fréquentes et intenses… « Au début, on parlait à nos clients de crue centennale, mais il y a eu 2021 et maintenant 2026. Avant, nous les prévenions, maintenant, c’est l’inverse : ce sont les acheteurs qui nous posent des questions sur les zones inondables. »

Me Nicolas Mamontoff acquiesce et rappelle que les données géorisques sont adossés aux actes notariés. « Nous avons obligations de réaliser un état des risques ; un bien qui a subi un sinistre pour catastrophe naturelle doit être indiqué. Au regard des récentes inondations, rapporte le juriste, j’ai eu des dossiers en cours qui ont été annulés. Les acheteurs se sont rétractés. »