​Comment l’Université Toulouse Capitole est-elle devenue un centre d’excellence dédié à la politique de réarmement dans les secteurs de l’aéronautique et du spatial ?

Le ministère des Armées a lancé la deuxième édition de ses appels à projet pour la création de centres d’excellence. À la mi-2024, j’ai souhaité, puisque cela faisait plus de 15 ans que je travaillais sur la politique étrangère ​et de défense de la France, y répondre en ​m’appuyant sur les atouts de notre université et de l’écosystème toulousain. D’où le choix d’orienter notre projet sur la défense et l’aérospatiale. Ici, nous avons les ressources pour faire vivre notre centre d’excellence​, le faire prospérer​ en nouant des liens avec tous les acteurs.



Quel est son fonctionnement ?

​Installé depuis janvier 2026 dans les locaux de l’université Toulouse Capitole, il est financé par la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées à hauteur de 1,93 million d’euros sur cinq années.

J’ai réuni une équipe de quinze chercheurs expérimentés en sciences sociales : politistes, juristes, économistes, spécialistes de gestion et de management​​. Jusqu’en 2030, nous allons recruter une douzaine de jeunes chercheurs pour mener à bien notre projet scientifique dont l’objectif est d’analyser les politiques d’armement française et européenne dans le domaine aéronautique et spatial. Et, plus précisément, d’analyser les contraintes qui pèsent sur les différents acteurs publics et privés, parties prenantes de cette politique d’armement française.

Quelles contraintes​ que vous avez identifiées ?

Notre projet part d’un constat : la volonté au plus haut de l’État de se lancer dans une économie de guerre dans un contexte budgétaire contraint, alors même que la concurrence internationale est de plus en plus accrue. Or, il ne suffit pas d’afficher une ligne politique claire, d’avoir un consensus parlementaire, d’avoir des intérêts en commun avec les industriels, de disposer de nouveaux instruments européens ou encore d’augmenter considérablement le budget de la défense pour réussir à mobiliser et soutenir efficacement les industriels et obtenir les gains de productivité et d’innovation que l’on souhaite. Parce qu’ il y a une série de contraintes (politique, administrative, juridique…) et à toutes les échelles (nationale, européenne…) qui pèsent sur les acteurs publics et privés. Notre projet entend analyser, décrire, expliquer ces contraintes pour les surmonter.

​Quels sont vos axes de recherche ?

Nous avons ​identifié des pistes telles que les règles Itar (International Traffic in Arms Regulations) des États-Unis, qui pèsent fortement sur ​les exportations des industriels français et européens. On pense aussi à l’accord pour renforcer l’autonomie européenne dans le cadre d’une Europe de la défense. Cela fait des décennies que le projet est là mais on a du mal à voir les réalisations concrètes, car chaque gouvernement cherche à défendre ses intérêts particuliers. On va donc chercher à comprendre les règles formelles et informelles de ces négociations européennes​ et la place de la France. Nous voulons ​également renforcer les liens entre la Direction générale de l’armement (DGA) et les industriels afin d’identifier leurs besoins pour y répondre.



Quand pourra-t-on lire vos premiers articles ?

​Nous allons mettre en place un comité stratégique qui se réunira une fois par an pour rendre compte des activités de nos recherches et expertises. Nos partenaires (Airbus Defence and Space, Isae-Supaero…) seront présents et pourront nous suggérer des orientations. Les premiers résultats seront rendus au fil de l’eau, le plus vite possible. J’espère aussi organiser des colloques universitaires cette année, des séminaires et des ateliers pour que les acteurs se rencontrent. Car la vocation de ce centre d’excellence est de renforcer les liens entre le monde de l’université, de la défense et de l’industrie.

Propos recueillis par Audrey Sommazi

Photo : « Cette année, trois centres d’excellence ont été labellisés et financés, dont le nôtre », explique Florent Pouponneau, directeur d’Aerods et professeur de sciences politiques à l’Université Toulouse Capitole. Crédit : Hélène Ressayres-ToulÉco.