En direction du centre-ville de Forbach (Moselle), elle est la première station-service du centre-ville avant d’arriver au cœur des commerces. Un simple regard périphérique suffit à résumer la tendance : la clientèle allemande se rue actuellement sur les pompes à essence en France. Avec pour argument majeur, le prix du litre moins cher. Qu’il s’agisse du diesel ou du super sans plomb, Carlos Porado, 36 ans, l’assure. « Tout le monde sans exception parle de ce sujet actuellement outre-Rhin », précise ce commercial domicilié dans les environs de Sarrebrück, à 10 km de là, en Allemagne.

Dans son confortable véhicule, il parcourt chaque semaine près de 600 km sur les routes à la frontière de l’Allemagne. « On paie cher partout sans trop savoir pourquoi. Mais il faut toujours se priver. C’est la crise, c’est clair. » Son plein hebdomadaire lui coûte chez lui près de 135 euros. A Forbach, les tarifs oscillent entre 1,82 (super sans plomb) et 1,99 € pour le diesel. Alors, s’il peut économiser entre 5 euros et 10 euros dessus, cela justifie selon lui de faire quelques kilomètres depuis son domicile.

Des approvisionnements pour éviter la pénurie

A l’instar de ce trentenaire allemand, ils sont même tellement nombreux à choisir les stations-service de la Moselle-Est, dans les environs de Forbach, que certaines frôlent la pénurie. « De mémoire de pompiste, on n’a jamais vu ça », témoigne Enzo Di Giacomo, affairé à courir à travers les pompes et les cartes bleues pour satisfaire ses clients dans la station Total de la rue Nationale de Forbach.

Déjà, il a fallu à plusieurs reprises ces derniers jours appeler les fournisseurs pour éviter la pénurie de carburant. Le flux est tendu et l’œil rivé sur l’état des cuves. « Le nombre de clients immatriculés en Allemagne n’a jamais été aussi important. Même s’ils ne comprennent pas toujours qu’il faille régler à l’avance, ils viennent chez nous pour dépenser moins ».

Les chiffres des prix à l’essence annoncés par certains consommateurs laissent songeurs. Il est question de 30 centimes d’euro, voire 40 centimes plus cher en Allemagne. Susanna, venue avec son conjoint, évoque même des tarifs « entre 2,40 € et 2,60€ », sans plus de précision sur les commerces concernés. Le contexte nourrit certaines idées fausses, suggère Christophe, 51 ans, un Français de Forbach spécialisé dans le service et l’entretien des ascenseurs. « Certes, d’ordinaire on allait plutôt en Allemagne car les tarifs y étaient moins élevés que chez nous. Mais aujourd’hui, moi qui sillonne les deux côtés de la frontière, je ne trouve pas tellement de différence. »

D’évidence, les consommateurs allemands se sont passé le mot pour cibler la proximité. Quelques kilomètres plus loin, à Oeting, ou chez Esso dans le centre-ville, c’est ainsi moins le rush. « Ces prix, c’est aussi un moyen de remplir les caisses de l’Etat, car la guerre a bon dos quand on sait que les quantités transportées par les bateaux sont déjà payées, croit savoir Christophe. Il faudrait parvenir à obtenir une règle qui mettrait en place un tarif stabilisé en cas de crise. »