En raison du mode de scrutin qui rend le dépouillement très long, les résultats définitifs ne seront connus que ce lundi 9 mars. Mais au vu des comptages partiels, plus aucun doute n’est possible. « Die Grünen » obtiennent entre 30 et 31 % des voix (de 55 à 60 sièges). Les conservateurs de la CDU suivent avec de 29 à 30 % (une cinquantaine d’élus).
L’AfD, formation de droite populiste, est créditée de 18,5 % (plus de 30 députés). C’est la débâcle en revanche pour les sociaux-démocrates. Franchissant tout juste la barre des 5 % nécessaire pour obtenir des élus, le SPD conserve une petite dizaine de sièges au parlement de Stuttgart.
A contrario des libéraux du FDP: avec 4,5 %, ils disparaissent de l’hémicycle. La gauche radicale de Die Linke, elle, y rate son entrée: seulement 4,5 % alors que les sondages lui attribuaient un score plus élevé.
Victoire inespérée
Pour les Verts, cette victoire était encore inespérée il y a un mois. Les sondages les donnaient à moins de 25 % contre 35 % pour la CDU. Mais c’était avant que n’éclate le scandale de la vidéo montrant Manuel Hagel, le favori de la CDU, tenant des propos sexistes à l’égard d’une adolescente de 16 ans.
Son rival des Verts, Cem Özdemir a alors opéré une remontée spectaculaire. Les résultats de dimanche soir montrent qu’il a attiré à lui le vote-réflexe « tout sauf Hagel », siphonnant les voix du SPD et du FDP et captant sans doute aussi celles des jeunes de 16 et 17 ans autorisés pour la première fois à participer au scrutin.
Une voiture passe devant des panneaux au bord d’une route pour le Parti libéral-démocrate FDP (Freie Demokratische Partei) et le candidat Cem Özdemir lors des élections au Landtag du Bade Wurtemberg. Photo Antoine Utz
La coalition Verts-CDU sans doute reconduite
Rivaux durant la campagne, écologistes et conservateurs devraient toutefois vite devenir amis. Ou plus exactement, redevenir amis. Car depuis 2016, les Verts et la CDU gouvernent ensemble au sein d’une coalition. Et le résultat de dimanche ne permet aucun autre partenariat.
Mathématiquement, une alliance CDU/AfD disposerait d’une majorité pour gouverner. Mais c’est impensable politiquement. Présent à un meeting de la CDU vendredi dernier à Ravensbourg, le chancelier Friedrich Merz l’a martelé : « jamais les chrétiens-démocrates ne discuteront avec l’AfD ». Par ailleurs, dès 20 h dimanche soir, Cem Özdemir a dit vouloir renouveler la coalition avec la CDU.
Dans la foulée, Manuel Hagel, félicitait son rival pour sa victoire et se disait prêt à discuter. Les « Sondierungen », comme disent les Allemands, c’est-à-dire les négociations, ne devraient donc pas durer très longtemps pour qu’un accord de gouvernement soit noué entre Verts et CDU. Et pour que, dans la foulée, Cem Özdemir soit nommé au poste de « ministre-président » du Bade-Wurtemberg.
Cem Özdemir, nouveau ministre-président
Né à Bad Urach dans une famille turque, Cem Özdemir, 60 ans, dispose d’un énorme capital sympathie. La presse allemande dit de lui qu’il est la personnalité politique la plus populaire du pays. Ancien député européen, ancien ministre de l’agriculture à Berlin, cet homme souriant a la réputation d’être resté proche des gens.
Comme son mentor, le ministre-président sortant Winfried Kretschmann (qui ne s’est pas représenté), il aime, par exemple, parler le dialecte souabe en public. C’est aussi lui qui a porté l’idée d’inscrire le bretzel au patrimoine immatériel de l’Unesco.
Pour la petite histoire, il y a quelques années, en 2017 très exactement, le futur nouveau patron du Bade-Wurtemberg a vécu une expérience bien particulière en Alsace. Les forces de l’ordre l’avaient interpellé parce qu’il prenait des photos et tournait une vidéo à proximité de la centrale nucléaire de Fessenheim. Les gendarmes français avaient alors dit n’avoir pas reconnu celui qui était déjà député européen et chef des verts allemands.