On y est : BMW Alpina XB7 Manufaktur inaugure officiellement l’ère où Alpina vit sous le toit BMW, avec une série très encadrée. Sous le capot, on retrouve un V8 biturbo 4,4 litres épaulé par une micro-hybridation 48 V, pour une puissance annoncée à 640 ch. Et, comme un clin d’œil à la fois chaleureux et un brin cruel, cette édition sert aussi de chant du cygne à l’Alpina XB7 tel qu’on l’a connu depuis 2020.

Le plus frustrant pour nous, Européens, tient en une phrase : ce BMW Alpina XB7 Manufaktur n’est pas distribué en France à ce jour, ni plus largement sur le marché européen. La production, elle, s’inscrit dans une logique industrielle désormais pleinement assumée par BMW, avec un assemblage réalisé dans l’usine de Spartanburg, un site déjà stratégique pour les grands SUV de la marque. Autant dire que l’objet relève plus du collector que du “produit gamme”.

Reste une question très simple, presque philosophique : quand Alpina devient une “griffe” intégrée, qu’est-ce qui fait encore un vrai Alpina ? La réponse, ici, passe par la matière, le détail, et une manière bien particulière de faire rouler un mastodonte comme un tapis volant.

BMW Alpina XB7 Manufaktur édition limitée 120 exemplaires SUV V8 biturbo 640 ch micro-hybridation 48 V jantes 23 poucesPremier Alpina de l’ère BMW, ce XB7 Manufaktur verrouille la recette : deux teintes Frozen, noir brillant et détails de connaisseurs © BMW
Une série limitée qui dit au revoir

Cette édition spéciale ne joue pas la surenchère d’options à cocher, elle fait l’inverse : une configuration verrouillée, une identité très codifiée, et un volume qui se compte sur les doigts. 120 exemplaires, pas un de plus, tous badgés BMW Alpina XB7 Manufaktur, tous réservés à deux marchés seulement, et avec un choix de personnalisation réduit à l’essentiel. Côté teintes, deux “Frozen” au programme : Frozen Alpina Green ou Frozen Alpina Blue.

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Deux couleurs qui résument bien l’esprit Alpina, ce mélange de tradition et de modernité, avec ces finitions mates qui pardonnent peu à la lumière mais donnent une présence incroyable à l’arrêt. Autour, tout passe en noir brillant : calandre, entourage de vitres, éléments de carrosserie. Les roues, elles, font leur petit effet même sur un gabarit de X7 : jantes forgées 23 pouces au dessin Alpina Classic à 20 rayons, un classique justement, mais transposé ici à une dimension presque déraisonnable.

Sur le flanc, les fameuses bandes Deco-Set reviennent, très discrètes, placées à hauteur de poignées, comme un clin d’œil pour ceux qui savent. Et pour enfoncer le clou, une mention “MANUFAKTUR” gravée au laser sur le montant B rappelle qu’on ne parle pas d’un simple pack esthétique.

BMW Alpina XB7 Manufaktur face avant calandre noir brillant teinte Frozen Alpina Green Frozen Alpina BlueLa face avant joue la sobriété, mais le traitement noir brillant et la peinture mate signent l’édition sans en faire trop © BMW
Un luxe Alpina sans options

À bord, le ton change immédiatement : on quitte le “SUV premium” pour entrer dans un univers plus artisanal, plus signature. Tous les exemplaires adoptent la sellerie Full Merino Tartufo, associée à un habillage Alpina Walnut Nature Black. Marron et noir, donc, une combinaison très Alpina, qui donne de la chaleur et évite le côté clinique que peuvent prendre certains intérieurs ultra-tech. Les appuie-têtes avant reçoivent un logo Alpina brodé, vert ou bleu selon la carrosserie, et la console centrale se pare d’une plaque dédiée indiquant le modèle et le numéro dans la série limitée. Le genre de détail qui ne sert à rien au quotidien, mais qui fait tout quand on parle d’une auto produite à 120 unités.

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Le parti pris le plus intéressant, c’est l’absence d’options. Sur un modèle de ce niveau, on pourrait s’attendre à une liste d’extras longue comme un jour sans essence. Là, non : l’idée consiste à livrer un BMW Alpina XB7 Manufaktur “plein”, sans discussion, comme une pièce finie. L’équipement de série comprend :

  • Sièges “capitaine” en seconde rangée, une configuration typée grand tourisme plus que transport de troupes.
  • Système audio Bowers & Wilkins Diamond en son surround, le genre d’installation qui impose le silence à bord.
  • Deux sacs week-end en cuir brun, réalisés à la main, avec marquage Alpina assorti (vert ou bleu).
  • Dotation complète issue du BMW X7 dont il dérive, sans “trou” de gamme.

BMW Alpina XB7 Manufaktur arrière SUV jantes forgées 23 pouces Alpina Classic 20 rayons Deco-SetEntre jantes 23 pouces et fines bandes Deco-Set, l’arrière assume une distinction plus subtile qu’ostentatoire © BMW

Franchement, le coup des sacs peut faire sourire, mais le message reste clair : on ne vend pas seulement un SUV très puissant, on vend un univers. Et dans un marché où le luxe automobile se résume parfois à un écran plus grand que celui du voisin, cette approche plus “objet” a du charme.

Le revers, on le connaît : à force de figer la configuration, on retire aussi une part du plaisir de commande, surtout à ce niveau. Certains voudront un intérieur plus clair, d’autres une teinte plus vive, d’autres encore une ambiance moins “Tartufo”. Ici, on prend ou on passe. Pour un collector, ça se défend. Pour un client habitué au sur-mesure, la pilule peut coincer.

Un V8 poli, pas domestiqué

Au volant, ce qui distingue un BMW Alpina XB7 Manufaktur d’un BMW X7 “musclé”, ce n’est pas juste la cavalerie, même si 640 ch dans un SUV de ce gabarit impose le respect. Le moteur reste un V8 biturbo 4,4 litres dérivé du bloc BMW S68, associé à une boîte Alpina Switch-Tronic 8 rapports et à une micro-hybridation 48 V via un générateur de démarrage intégré. L’exercice, chez Alpina, a toujours consisté à ajouter de la force sans ajouter de brutalité. Résultat annoncé : 0 à 100 km/h en 3,9 s, mais avec cette sensation de poussée continue, plus “GT” que démonstration. Le travail châssis va dans le même sens. La suspension pneumatique reçoit un réglage complet, avec un gros focus sur la stabilisation active pour contenir le roulis.

BMW Alpina XB7 Manufaktur coffre sacs week-end cuir AlpinaMême le coffre participe au storytelling, avec deux sacs week-end en cuir marqués Alpina assortis à la carrosserie © BMW

Alpina ajoute des barres antiroulis électromécaniques et des silentblocs arrière plus rigides que sur le X7 standard, histoire de réduire l’inclinaison sans transformer l’auto en planche. On connaît la difficulté sur ce type de SUV : trop ferme, on trahit l’idée du voyage au long cours ; trop souple, on se retrouve avec une masse qui “respire” en appui. Là, la promesse, c’est un compromis haut de gamme, celui qui permet d’enrouler vite sans fatigue, et de cruiser sans que la caisse ne se mette à flotter.

Pour nous, Français, l’intérêt reste surtout symbolique : ce premier Alpina “version BMW” montre la direction prise par la marque, entre industrialisation assumée et obsession du détail. Reste à voir si les prochains modèles, plus diffusés, réussiront à conserver cette touche d’orfèvrerie qui faisait qu’un Alpina, même discret, ne se confondait jamais avec le reste du parking.