Jamais l’Ecosse n’avait marqué 50 points aux Français. Sa victoire restera donc dans l’Histoire de ce rugby de tradition qui a su se moderniser. Elle a aussi consacré la science de Greg Townsend, critiqué en début de tournoi et remis à sa juste place par les sept essais marqués par ses troupes.

Ce fut comme un mirage qui aurait saisi tout un peuple. Samedi, l’Écosse avait rendez-vous avec l’histoire, elle a bien marqué sept essais à un XV de France qui visait le grand chelem. Dont un vrai bijou : cette combinaison après touche, prise de Gregor Brown, avec une feinte de maul, passe discrète, magnifique et inversée de Matt Fagerson pour le talonneur Turner qui croise avec son ailier Kyle Steyn, propulsé comme une boule de flipper. Autour de nous, tous les observateurs ont noté ce moment comme la preuve de l’ambition et de la qualité de ces Écossais, se refusant à la facilité de la « pénaltouche ». Le mouvement était évidemment le fruit d’une analyse pointue du staff, et de nombreuses répétitions peaufinées dans le secret des camps d’entraînements, à l’abri des caméras.

La défense française fut ainsi soumise à une série d’attaques irrésistibles. L’Écosse a gagné la bataille du milieu de terrain avec sa paire de centres Jones-Tuipulotu et son numéro 8 Jack Dempsey. Tout a découlé de là.

Jamais le XV du Chardon n’avait atteint la barre des cinquante points face aux Coqs. Il a repoussé ses propres limites pour ce qui restera l’un des sommets de la carrière du sélectionneur Greg Tonwsend. Dire qu’il fut agoni de critiques après la défaite initiale sous la pluie de Rome (18-15)…

La démonstration éclatante de l’efficience du staff de Townsend

Le voilà en position de faire gagner le Tournoi à son équipe : « Oui, ce fut un jour brillant. Pas seulement par le rugby que nous avons joué, mais par notre volonté de continuer à attaquer, quoi qu’il arrive. Beaucoup d’équipes auraient essayé de gérer une certaine avance face à la France. Mais nous savions que la meilleure façon de gagner, c’est d’essayer de produire ce qui nous a réussis en première période. Notre jeu est fait pour mettre nos joueurs les plus tranchants dans les espaces, multiplier les phases et prendre de la confiance. Parfois, il y a des échecs, mais je pense que notre match de Rome fait partie du voyage. On a aussi besoin de moments douloureux pour nous forger. » La qualité de cette Écosse-là pourrait s’apprécier par une série de prismes. Le match aura permis à Darcy Graham, l’ailier d’Édimbourg, de devenir le meilleur marqueur d’essai de l’histoire avec 37 réalisations. « C’était fou, 90 points, qui aurait pu penser ça ? On savait ce que les Français voulaient faire avec tous leurs talents, mais je crois qu’on a su trouver comment les arrêter. Ça restera évidemment un moment spécial pour nous. »

Le petit ailier souriant expliquait que la remontée française des dix dernières minutes s’est faite dans un climat particulier à cause d’une série de blessures qui avaient conduit plusieurs joueurs à jouer à des postes de fortune : Bayliss à l’aile, Darge au centre. « Il a fallu s’adapter c’est sûr, c’était très étrange. » Le capitaine Tuipulotu ne cachait pas son émotion : « Je ne peux pas être plus fier que je le suis aujourd’hui, être à la tête d’une équipe aussi valeureuse après avoir connu un automne difficile et un premier match qui le fut encore plus. Ce match extraordinaire nous donne une semaine de plus pour finir notre boulot. » Finir le boulot c’est gagner à Dublin, ce qui n’est plus arrivé depuis 2010. Et l’Écosse reste même sur onze revers de rang face à l’Irlande.