On se sent abandonnées. À Nantes, La Maison des femmes Simone-de-Beauvoir redoute de mettre la clé sous la porte. Né en 1992 par la volonté de la municipalité socialiste, le lieu solidaire se meurt, faute de soutien financier. En 2022, la ville de Nantes (le principal financeur) a subventionné le site à hauteur de 107 000 €. En 2024, cette aide est descendue à 45 000 €. Cette année, l’aide s’élève seulement à 14 000 €.

Les autres financeurs (Département, Région, État) ont, eux aussi, baissé drastiquement leur contribution. Si rien n’est fait, on ne pourra plus faire tourner la structure, déjà en sous-effectif »,alerte Vanesse Renaud, l’une des trois salariées du local prêté par la Ville. On nous dit d’aller chercher des sous dans le privé. Malaise. Ce n’est pas notre métier. On ne veut critiquer personne, mais nous voulons une solution.  À la veille du premier tour des municipales, le SOS tombe à pic.

« Si la Ville nous lâche, en juin, tout peut s’arrêter »

Œuvrant notamment dans des quartiers sensibles, La Maison des femmes, qui regroupe vingt-deux associations adhérentes, compte plus de 6 000 visites à l’année. Fermer Simone-de-Beauvoir pénaliserait aussi les associations qui utilisent le local ou travaillent avec nous, considère Vanessa Renaud.

Lutte contre les violences et les discriminations, défense des droits, laïcité, égalité… Engagé contre la prostitution, le tiers lieu féministe sensibilise également les scolaires. Ancré depuis 2015 quai des Salorges, près du port de Nantes, ce laboratoire d’idées organise une cinquantaine d’événements par an. Jusqu’à quand sera-t-il en capacité de le faire ? Il y a une quinzaine de jours, le commissaire aux comptes a prévenu. Le déficit est tel que le conseil d’administration de Simone-de-Beauvoir doit trancher. Si la Ville nous lâche, en juin, tout peut s’arrêter, préviennent les salariées.

Le dialogue n’est pas rompu, assure, de son côté, la municipalité nantaise. Mais la mise en sommeil de la structure, en 2024, a changé la donne. Beaucoup d’associations féministes n’adhèrent plus à La Maison des femmes, dont l’activité a baissé. On a donc effectué un rééquilibrage du partage des subventions, explique Mahaut Bertu, adjointe en charge de l’égalité. La subvention actuelle accordée à Simone-de-Beauvoir reste néanmoins l’une des plus importantes du réseau, à égalité avec le Planning familial, précise celle qui est missionnée pour faire de Nantes « la première ville non sexiste de France ».

Une pétition appelant à soutenir La Maison des femmes est en ligne. À ce jour, elle a récolté plus de 1 000 signatures.