La campagne des élections municipales de Marseille semble déchaîner les passions. Il faut dire que tous les éléments sont rassemblés dans notre si belle ville : l’extrême droite qui pourrait l’emporter (avec, s’il fallait un seul exemple pour rappeler ce qu’est fondamentalement l’extrême droite, le projet de son représentant d’interdire les plages marseillaises aux jeunes. Si on en doutait, voilà ce qu’est le projet de ces gens-là), une candidate de droite-macroniste qui ne sait plus ce qu’elle raconte (“travail, famille, patrie” comme valeurs) et le trop lassant duel fratricide des gauches dites irréconciliables.
Heureusement, nombreux sont ceux qui appellent encore à la fusion au second tour (le billet en question le fait, ainsi que S.Delogu, les collectifs “Faisons Front Commun”, “Victoires Populaires” et sans doute bien d’autres).
Alors dans cette situation que faire pour un électeur de gauche ?
Dans son billet, H. Davi nous donne quatre arguments pour inciter à voter B. Payan, étrangement ceux-ci peuvent se lire à l’exact inverse et amener à un choix différent. Je m’explique.
Pour son premier argument, il propose un détour par le contexte national. Faisons-le. L’objectif de la campagne menée par LFI serait de “démontrer qu’entre le RN et lui, il n’y a rien.” C’est sans doute vrai. Pourtant, la campagne du PS est l’exacte miroir de celle-ci. Le PS refuse obstinément toute alliance de second tour avec LFI (et B.Payan a carrément osé demander le retrait de la liste S.Delogu dès le premier tour) ce qui est tout bonnement incompréhensible pour un électeur de gauche. La stratégie du PS lors de ces élections municipales est bien de se débarrasser de LFI en ne lui permettant pas d’avoir des élus, afin de se retrouver le seul représentant de la gauche. Triste constat de les voir plus occupés à se compter plutôt que de chercher à gagner. Rappelons, pour finir sur le contexte national, que le PS s’est empressé de trahir la confiance des électeurs du NFP en votant avec les Macronistes pour les maintenir au pouvoir en ce début d’année 2026.
Le deuxième argument serait que la liste du Printemps Marseillais serait la plus unitaire à gauche. Quand on demande à d’autres forces de gauche de se retirer sans proposer de fusion, c’est quand même une vision assez étriquée de l’unité à gauche et de la diversité : unitaire quand on est d’accord avec moi. H.Davi note d’ailleurs honnêtement la propension à la verticalité du mode de gouvernance de B.Payan.
Troisième argument : le bilan du Printemps Marseillais. La qualité de bilan est indéniable, mais il apparaît tout aussi clairement que sans un pôle de gauche remuant et connecté aux votes populaires, l’équipe en place peut vite oublier ses promesses. Avoir à ses côtés un groupe fort et populaire serait une garantie d’équilibre.
Quatrième argument : celui plus tactique du vote, c’est-à-dire s’assurer de la première place face au RN, lors du premier tour. Ici encore l’argument s’entend, mais il est aussi évident que pour forcer la main à B. Payan et avoir une fusion “technique” des listes au second tour, il faut que la liste “Marseille Fière et Populaire” soit forte. Et au-delà, comme pour le Nouveau Front Populaire, il faudra une pression des électeurs pour pousser à la fusion, qui semble le plus court chemin vers la victoire.
Ainsi, même si tous les arguments évoqués dans le billet évoqué s’entendent, l’intransigeance de B. Payan à accepter une alliance, positionnement téléguidé par une volonté du PS d’éliminer la concurrence à gauche, me pousse à voter pour la liste de S. Delogu.
Croire en la diversité ce n’est pas simplement une valeur de gauche pour faire “joli”. C’est la conviction que la diversité est source de richesse, d’efficacité et la garantie d’éviter des comportements autoritaires. Seule une gauche riche de sa diversité peut sauver Marseille du risque RN.
Et pour finir avec une touche d’humour, car le contexte nous le demande un peu : j’hésite à mettre un bulletin de chacun dans l’urne, puisque nous aurons deux votes à Marseille en raison du nouveau mode de scrutin.