« Yes, we Cem » : quand il était devenu le président du parti écologiste allemand en 2008, Cem Özdemir s’était permis d’emprunter le slogan mondialement connu de Barack Obama. Seize ans plus tard, il a de nouveau rencontré un succès assez inespéré : doubler sur le fil le parti chrétien-démocrate allemand pour conserver le Land du Bade-Wurtemberg, puissante région allemande de 11 millions d’habitants située à la frontière avec la France. Longtemps distancés dans les sondages, les écologistes ont réussi à inverser la tendance lors du scrutin de dimanche en passant juste devant la CDU (30,2 contre 29,7 %). Selon toute vraisemblance, Cem Özdemir va désormais s’allier avec la droite pour prendre la succession de son collègue Winfried Kretschmann qui tenait la seule région écologiste d’Allemagne depuis quinze ans. Mathématiquement, une alliance d’un de ces partis avec l’extrême droite (en forte hausse à 18,8 %) serait également possible, mais cette alternative est politiquement exclue.

Cem Özdemir, une figure bien connue de la politique allemande

Cem Özdemir s’apprête donc à écrire l’histoire en devenant le premier président d’origine turque d’une région allemande. Né il y a 60 ans en Allemagne de travailleurs immigrés, Cem Özdemir a obtenu la nationalité allemande à sa majorité. Celui qui se désigne lui-même comme « Souabe d’Anatolie » devient en 1994 l’un des deux premiers membres de la forte communauté turque à siéger au Bundestag. Passé par le Parlement européen puis la présidence du parti écologiste, Cem Özdemir avait fait la joie des photographes en arrivant à vélo chez le président de la République pour récupérer son acte de nomination en tant que ministre de l’Agriculture en 2021.

Membre de l’aile modérée des Grünen, Cem Özdemir a su dévier de la ligne plus à gauche de son parti pour conquérir une région à la tradition longtemps conservatrice, touchée par la crise du secteur automobile. Il devra continuer à tenir cet équilibre pour trouver un terrain d’entente avec des conservateurs frustrés d’avoir échoué d’aussi peu à reconquérir ce territoire stratégique.