Par

Marie Neaud

Publié le

9 mars 2026 à 15h55
; mis à jour le 9 mars 2026 à 15h58

Aux Halles de Toulon, le climat s’est fortement tendu entre les commerçants et la société gestionnaire Biltoki. Pendant trois ans, les commerçants disent avoir tenté de régler la situation discrètement afin de préserver l’image de ce lieu gourmand et emblématique qui fait rayonner le centre-ville. Mais désormais « la situation n’est plus tenable », explique le président de l’association des commerçants des Halles, Thomas Cladera, et il le fait savoir. Les commerçants dénoncent une forte hausse des charges, un manque de transparence dans la gestion et des problèmes d’entretien du site.

Des charges qui ont augmenté de 400%

Au cœur du conflit figure l’évolution des charges communes. Selon une dizaine de commerçants, le prévisionnel présenté lors de leur installation a fortement augmenté.

« Depuis 2021, les charges ont augmenté d’environ 400 % », explique Nicolas, le responsable de la criée Raynier (la poissonnerie dans les Halles).

Ces charges comprennent notamment le ménage des halles, l’entretien du bâtiment, les « runners » chargés de débarrasser les tables, l’électricité des parties communes ou encore certains travaux. Mais la liste des dépenses facturées se serait progressivement élargie sans que Biltoki ne puisse le justifier

« Nous voulons simplement travailler dans de bonnes conditions » explique la secrétaire de l’association des commerçants des halles et patronne du stand Molinari, Anne-Sophie Caradec. Pour les commerçants concernés, l’objectif n’est pas de quitter les halles, mais de retrouver un modèle économique viable.

On passe pour des enfants capricieux, mais les gens doivent savoir que chaque stand coûte entre 5 000 et 7 000 euros par mois. Et nous, on ne peut plus augmenter nos prix.

Nicola
Patron de la Criée Rayneer (poissonnerie des Halles de Toulon)

Concernant l’augmentation évoquée, le représentant de Biltoki à Toulon, Pablo Franco, explique que les charges reflètent le niveau d’activité et les prestations mises en place : « Le chiffre d’affaires global des commerçants des Halles atteignait 6,2 millions d’euros en 2024 et 6,5 millions d’euros en 2025, soit des résultats supérieurs aux prévisions initiales »

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Les commerçants déplorent une mauvaise gestion

Les exploitants des stands des Halles évoquent, eux, des problèmes d’entretien du bâtiment : canalisations, suivi des installations, hottes de ventilation ou encore climatisation.

Des problèmes d’odeurs et de fumées seraient récurrents, ce qui engendrerait une baisse de fréquentation du lieu. Au-delà des aspects financiers, ils dénoncent un manque de concertation avec le gestionnaire.

Les commerçants évoquent aussi un changement d’horaires d’ouverture décidé sans les consulter. Alors qu’au départ seules deux soirées d’ouverture étaient prévues chaque semaine, les Halles accueillent désormais le public du mardi au samedi jusqu’à 22 h 30.

Ce à quoi le gestionnaire rétorque « qu’ils sont libres d’adapter leur carte aux nouvelles plages horaires ».

Fatigués par la situation, les commerçants estiment que le projet d’origine, centré sur la diversité des métiers de bouche, a progressivement évolué vers un modèle davantage dominé par la restauration et le bar. Selon eux, « l’esprit initial du projet n’est plus respecté ».

L'intérieur des Halles de Toulon.
L’intérieur des Halles de Toulon. (©Photo / Marie Neaud)Un turnover important

Les commerçants pointent le départ de nombreux stands depuis l’ouverture du lieu en 2021. Seulement cinq d’entre eux sont restés en place depuis l’ouverture des Halles.

Selon Pablo Franco, ce phénomène reste toutefois classique dans le secteur : « Le turnover existe dans le secteur de la restauration et les Halles n’y échappent pas ».

Contrairement à des centres commerciaux accueillant de grandes enseignes, les Halles fonctionnent essentiellement avec des artisans et des entrepreneurs indépendants.

« Nous travaillons avec des commerçants locaux et des petites structures. Ce sont des entreprises fragiles », précise le représentant de Biltoki.

Des procédures judiciaires en cours

Depuis 2024, plusieurs décisions du tribunal judiciaire de Toulon ont condamné le gestionnaire à respecter certaines obligations concernant l’entretien des installations, la gestion des déchets et la sécurité. Des astreintes financières ont également été prononcées pour contraindre à l’exécution de ces décisions.

Une expertise judiciaire est en cours afin d’examiner la gestion des Halles et les charges facturées aux commerçants.

Par la voix de leur avocate, Constance Brisou, les commerçants affirment ne pas demander de traitement particulier, mais simplement le respect des obligations contractuelles et des décisions de justice, ainsi qu’une gestion transparente permettant d’exercer leur activité dans des conditions normales.

Leur objectif, expliquent-ils, est de rétablir des conditions d’exploitation équitables afin d’assurer la pérennité de leurs commerces et la réussite du projet des Halles de Toulon.

Plusieurs commerçants indiquent avoir reçu une assignation visant la résiliation de leur bail. L’audience est prévue le 12 mai 2026. « S’ils nous mettent dehors, ce sera le même problème pour ceux qui prendront notre place », conclut Thomas Cladera.

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