Les banquiers français font aujourd’hui les yeux doux à un pays, l’Allemagne. Son marché de 80 millions d’habitants, son tissu de PME et la place laissée par les banques locales, de tailles modestes, ont de quoi attirer leurs convoitises.

« Il y a une logique assez implacable à se développer en Allemagne », résume auprès de l’AFP Julien Grandjean, spécialiste des institutions financières au sein de l’agence de notation Fitch.

C’est surtout le cas pour les géants bancaires français, aux marques connues internationalement, capables de proposer un large éventail de services pour les particuliers et pour les entreprises, et aux poches remplies.

Traverser le Rhin est par exemple tout naturel pour l’Alliance fédérale du Crédit mutuel, installée à Strasbourg.

La banque mutualiste compte faire de l’Allemagne un marché comparable à la France, en combinant ses forces existantes – sa filiale historique locale Targobank, la compagnie d’assurance ACM Deutschland et le CIC – avec sa dernière emplette: la banque Oldenburgische Landesbank (OLB), qu’elle s’est offerte l’an dernier.

L’Allemagne « est de très loin le pays qui est le plus ouvert aux banques étrangères » parmi les pays de l’OCDE, explique Patrick Rioual, fin connaisseur des banques allemandes chez Fitch.

La concurrence, faite de petits établissements bancaires régionaux et d’acteurs spécialisés dans le crédit, y est très fragmentée.

Et les deux grands acteurs nationaux, Deutsche Bank et Commerzbank, n’ont jamais vraiment réussi à combler le retard pris sur leurs concurrents français après la crise financière de 2008.

– Rêve de Mittelstand –

Le gouvernement allemand est venu apporter l’an dernier une raison supplémentaire aux financiers de s’intéresser au pays: le lancement d’un programme de relance massif pour moderniser l’Allemagne, doté de plusieurs centaines de milliards d’euros.

« C’est de l’argent public qui devrait ruisseler auprès des grandes sociétés allemandes (…) et donc qui pourrait par ricochet bénéficier aux banques », estime Baptiste Reuillon, spécialiste du secteur chez Natixis.

Le Mittelstand, concept local désignant un tissu dense de PME et d’entreprises familiales industrielles, qui forment la colonne vertébrale de l’économie allemande, fait saliver les banques françaises.

En reprenant l’an dernier la filiale de financement de biens d’équipement de la Société générale, le groupe BPCE, qui rassemble notamment les Banques populaires et les Caisses d’épargne, a par exemple mis la main sur un acteur local dédié aux entreprises: Gefa Bank.

Présent historiquement en Allemagne dans les activités de crédit à la consommation via la marque Creditplus, le Crédit agricole travaille également sur une offre à destination des entreprises, en associant le réseau LCL et sa banque de financement et d’investissement.

Le Crédit agricole souhaite aussi profiter de l’épargne abondante des Allemands.

« Le premier niveau de notre plateforme digitale d’épargne européenne va être lancé en Allemagne le 1er avril 2026 », avait indiqué le directeur général de Crédit agricole SA, Olivier Gavalda, lors de la présentation des résultats du groupe, début février.

Elle « sera complétée au fur et à mesure des mois à venir et enrichie de toutes les dimensions de services aux particuliers pour créer Crédit agricole Deutschland », avait-il ajouté.

– Clientèle fortunée –

L’Allemagne est aussi « un sujet d’intérêt très fort » pour le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé.

La première banque de la zone euro a repris en octobre 2025 les activités allemandes de banque privée (destinées à des clients aisés) de son concurrent britannique HSBC.

Sa cible? Les fortunes familiales du Mittelstand.

« Il y a plein d’entrepreneurs qui sont riches à millions et qui vont transmettre énormément de capital dans les années qui viennent », observe M. Rioual.

L’Allemagne reste la plus grosse économie européenne, rappelle M. Reuillon, et elle présente l’avantage d’être relativement stable politiquement et d’offrir aux banques françaises une diversification bienvenue des revenus.

Mais les chances de réussite sont loin d’être certaines, notamment du fait de la concurrence féroce que se livrent les acteurs locaux, prévient M. Rioual. « Il y a très peu de candidats qui réussissent sur le long terme à vraiment établir une structure de taille significative en étant profitable », note-t-il.

Sans compter les appétits d’autres acteurs, comme la banque italienne Unicredit, présente via sa filiale HVB, ou le géant américain JPMorgan Chase, qui veut se tailler une place sur le marché de la banque en ligne.